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Cinéma : Ma Mère ou ma Femme d’Ibrahim Olukunga La critique impossible

On a appelé le nouveau cinéma ou cinéma émergent les films faits à partir des années 2000. Ibrahim Olukunga, producteur de musique et de cinéma, réalisateur prolixe, fait partie de la seconde génération de ce cinéma né du numérique.

 

Il enchaîne les films comme des petits fours. En qualité et en quantité. Sept films en deux ans ! Nous avons vu le dernier du réalisateur qui connaît un succès public. Mais comment en faire la critique ?


La question de la critique en face d’un tel objet filmique est celle-ci : comment se saisir d’un objet filmique qui ne lui offre aucune surface de préhension ? La critique veut évaluer un film au regard de sa qualité d’œuvre d’art. Si le film ne prétend pas à cette qualité, il disqualifie l’entreprise critique et la renvoie à ces marottes, les films d’auteur. Si elle persiste à vouloir se saisir d’un tel objet, elle connaîtra l’échec, tel le lépreux qui veut prendre une calebasse de lait avec ses moignons pour la porter à ses lèvres.


Le dernier long métrage d’Ibrahim Olokunga est l’histoire d’un jeune musicien confronté à un dilemme. Sa mère et sa femme ont besoin d’une greffe de rein et il lui revient de choisir à qui donner l’organe salvateur. Floby, Dez Altino et Améty Meria sont les comédiens principaux de cette comédie dramatique.
Ce film ne repose pas sur des comédiens parce que ce sont d’abord des vedettes de la chanson qui le portent et vedettes, elles le restent. Floby est Floby, même s’il s’appelle Trésor Zongo dans le film.  Même pour casser du bois, Amity Méria est sur son trente-un comme si elle s’apprêtait à monter sur scène ! De toute façon, ni le réalisateur ni le public ne demandent à Amity d’être une autre.


 Il faut savoir que le fait de recourir à des vedettes de la chanson au cinéma pour faire de l’audience n’est pas nouveau. Les réalisateurs faisaient tourner 3 à 4 films par an à Elvis Presley, le King du Rock et ces films, malgré qu’ils ne soient pas de grands films,  drainaient du monde. Les spectateurs  venaient voir l’icône du rock, on se souciait du reste comme d’une guigne.


Mais la plupart des réalisateurs faisaient ces films avec Elvis Presley pour engranger de l’argent dans le but de faire de grands films. Espérons qu’Olukunga s’inscrit aussi  dans ce projet du grand film à venir.


Pourtant malgré l’absence de comédiens à même d’incarner fortement des personnages bien caractérisés, malgré la faiblesse des dialogues et de la composition des images, ce film est déjà un succès public. Tandis qu’il était concomitamment à l’affiche au Nerwaya et au Burkina, les salles étaient pleines. Et c’était un public conquis, qui applaudissait à chaque séquence, à chaque saillie de Floby ou d’un autre. Le film déclenchera certainement la même liesse dans les salles périphériques de la capitale  et en province.


Pourquoi ces films ont du succès malgré qu’ils soient bricolés avec très peu de moyens techniques et des budgets si bas que les producteurs se gênent d’en dire le montant ? Certainement que sans ces films, il n’y a plus de cinéma burkinabè et les salles du pays, au lieu de vivoter, fermeront.


Toutefois, la qualité d’un film n’est pas tributaire de son budget. Il y a actuellement  une vraie révolution de cinéma avec des films à petit budget,  tournés à la va-vite mais avec une totale liberté. D’ailleurs, la logique voudrait que la modicité du budget soit compensée par une plus grande inventivité. Mais on n’est pas toujours logique lorsque l’on est au cinéma.


Ibrahim Olukunga est à son septième film en deux ans. Dans ce dernier, il y a une volonté manifeste de création. D’abord, dans l’organisation du récit en abyme à travers le rêve qui est intéressante. Ensuite, il y a une amorce d’utilisation de la rhétorique de l’image avec cette plongée sur le médecin même si elle n’est pas très porteuse de sens. On peut espérer qu’il se bonifie avec le temps et au fil des films pour joindre au souci de rentabilité, le plaisir de la créativité.


C’est pourquoi devant ces films, la critique doit être planquée et attendre que le nouveau cinéma burkinabè né de la révolution numérique devienne juste du cinéma, c’est-à-dire des films soucieux de la poétique de l’image.

Saïdou Alcény BARRY

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