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Musique : Black So Man : Quinze ans après, il est… vivant

Le 16 mars 2002, Black So Man disparaissait à 36 ans, en pleine ascension. Une mort dont le mystère demeure entier. Quinze ans après, un autre mystère ne s’est pas dissipé : qui était Black So Man ? Ceci n’est pas un portrait, ce sont   des fragments d’impressions disparates, des morceaux de puzzle qui, mis ensemble, pourraient être une holographie de l’artiste.

 

Nous avons reconstitué le parcours de l’artiste grâce à des fragments de témoignages, quelques extraits de  films et beaucoup d’écoute de sa musique. Une façon détournée mais pas inintéressante de découvrir un homme et son œuvre.

Dans les années 2000 alors que nous sommes attablés au Bar Le Calypso, en face du commissariat central, avec Méda Francis, enseignant et artiste musicien, celui-ci parle de Black So Man.  «Il fut  élève dans le collège que je dirigeais, mais il était beaucoup plus âgé que les autres élèves de sa promotion. C’était un bon danseur lors des sorties de masques. Il était un élève brillant mais quelque temps avant le BEPC, il a quitté l’école. Je crois qu’il est parti en Côte d’Ivoire, comme la plupart des jeunes villageois tentés par l’immigration…» Abandon des bancs de l’école pour, plus dure, la vie à l’étranger.

Ce qu’il devient après ce départ du village, nous le saurons en visionnant un docu-fiction  sur le chanteur : A l’ombre de Black de Gideon Vink. Un artiste, Bam Rady, qui fut son compagnon de galère, y  raconte les années de vaches maigres passées à Abidjan à enchaîner les petits boulots le jour et, la nuit venue, malgré le corps perclus de fatigue, le jeune homme gratouillait une guitare sèche et composait des chansons. Par ce témoignage, on apprend que Black So Man veut dire que « le Nègre est aussi un homme », un raccourci de Black is also a man. Déjà le besoin viscéral de porter une cause, celle de la race.

En 2009 au Mali, dans un taxi qui nous conduisait de Bandiagara à Sanga, dans le pays dogon, l’autoradio joue « On s’en fout» dans un paysage minéral fait de granit, et le conducteur dodeline de la tête tout en pianotant sur le volant, ses doigts dansant au rythme de la chanson. Quand nous lui demandons s’il aime le reggaeman burkinabè, il répond : « C’est notre frère, et les Burkinabè l’ont tué. » Ce chauffeur de taxi était un Bwaba comme Black So Man, mais un Bwaba du Mali. Car à ce moment-là, Black So Man n’appartenait plus à un pays, ses chansons étaient écoutées dans toute la sous-région.

Son succès fut phénoménal au Burkina. Une année avant sa mort, il a rempli la maison du Peuple.  Pour des gens de notre génération, c’était la première fois qu’une vedette nationale réussissait ce prodige ; malheureusement il sera victime d’un grave accident de la circulation. Il en décédera plus tard. Personne ne sait où s’est passé l’accident, beaucoup de questions restent sans réponse. Black So Man a-t-il été victime de son engagement ? Quand la vérité traîne les pas à se manifester, la légende prend sa place.

Il ne fait pas de doute que Black So Man était très engagé et que ses textes sont des brûlots politiques. J’étais au Procès est une attaque en règle contre le système politique maffieux. On s’en fout, qui se déclame sur un mode plus festif, est un hymne à la joie adressé aux  petites gens malgré les difficultés.

Ce jeune homme, qui a arrêté les études très tôt, qui s’est forgé à l’école de la vie avait des textes si forts, des métaphores si puissantes qu’à les comparer avec les textes  d’autres chanteurs, qui étaient sortis de l’université, on se dit que notre système éducatif est une fabrique de sots. Même sa chanson sur les Etalons reste, après plus d’une décennie, le meilleur texte jamais écrit sur les Etalons.

Une autre question qui fleurit  à l’esprit est pourquoi ce jeune homme, Bentogoma Traoré à l’état civil, malgré une voix peu mélodieuse, un peu trainarde, un peu nasillarde, a décidé de se lancer dans la chanson. Une hypothèse qui vaut ce que valent ces jeux de pistes. Il est né un 11 mai 1966 à Koudougou,  son anniversaire de naissance coïncide avec le jour où les mélomanes et les rastas célèbrent la mort de Bob Marley, l’icône du rastafarisme, très engagé dans la vie politique de la Jamaïque et dans l’émancipation de l’Afrique. Cela a-t-il été interprété comme un signe du destin, une transmission de témoin par le jeune Bentogma Traoré ? Rien n’interdit de le penser…

15 ans sont passés mais la musique de Black So Man a toujours la faveur des mélomanes. Grâce à des Best of de musique reggae ou des compils de chansons du Burkina, ses tubes continuent d’appeler à l’engagement. Il a certainement aidé, grâce à son engagement, à l’avènement d’une génération d’artistes politiquement engagés au Burkina Faso.

Quel avenir pour l’œuvre de Black So Man ? Il faut juste souhaiter deux choses : d’abord, que ses légataires veillent à protéger ses chansons des reprises malhabiles et destructrices d’artistes sans talent.  Rien de tel qu’un mauvais interprète pour assassiner une seconde fois le Mozart du Djandabi !

Ensuite, il faut espérer qu’un cinéaste inspiré fera un biopic sur Black So Man. Tous les ingrédients sont réunis dans le parcours de Black So Man pour construire la légende. Une enfance heureuse au village, une jeunesse difficile en exil,  le succès fulgurant, l’amour et la mort traîtresse qui le ravit en sa pleine jeunesse et sa pleine gloire. C’est un destin à la James Dean. Une vie à l’image de celle de Ritchie Valens, l’interprète de  la Bamba en rock’n’roll. Un biopic sur cet homme pourrait toucher les jeunes Africains et leur rappeler que des modèles existent autour d’eux :  Black So Man en est un.

 

Saïdou Alcény Barry

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