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«L’assassinat d’un homme d’honneur» : Les Méditations poétiques1 de Justin Daboné

« Thomas Sankara : L’assassinat d’un homme d’honneur. Suivi de : A celle qui repose à Zaka » est un recueil de poèmes signé de l’ancien chef du desk sport de L’Observateur Paalga,  Justin Daboné. La dédicace de cet ouvrage qui se veut un hommage au père de la Révolution burkinabè a eu lieu le samedi 14 octobre 2017 au Centre national des archives, à Ouagadougou.

 

Justin Daboné. Pour les lecteurs de Lobs, c’est d’abord le journaliste sportif qui pendant une vingtaine d’années livrait dans nos colonnes des comptes rendus fidèles des rencontres de  football. C’est aussi et surtout celui dont on guettait la parution des carnets de voyage après chacune de ses pérégrinations. Il était devenu, au fil du temps, le spécialiste maison de cet exercice dont il avait la haute maîtrise.

Un an après son départ à la retraite, «Le Gourou», comme on le surnommait affectueusement, est désormais « Le poète de Zaka ». Il vient en effet de publier un recueil de poèmes réunis sous ce titre hommage : «Thomas Sankara : L’assassinat d’un homme d’honneur».

Le 4 août 1983, à l’avènement des jeunes capitaines, Justin Daboné se trouve à des milliers de kilomètres de Ouagadougou. Depuis  Abidjan, il observe ce qui se passe dans son pays. Le jeune étudiant est surtout séduit par le discours de celui qu’il admire : Thomas Sankara.

Il caresse même l’espoir de le rencontrer un jour. Un rêve qu’il  n’a jamais pu réaliser. Il n’était pourtant pas loin. En vacances au pays en 1985, le futur chef du desk sport de Lobs. assiste à un meeting de Sankara à la place de la Révolution, aujourd’hui place de la Nation.  Mû par une force intérieure, il voulu s’approcher de plus près de Thomas et lui dire l’admiration qu’il éprouvait pour lui. Mais il se ravisa, dissuadé par les nombreux hommes en armes qui ceinturaient la place ce jour-là. Dans le public, le vacancier écouta avec passion le discours du « Che africain ».

« Il avait parlé d’un ton pénétré. Sa voix chaude ajoutait encore à la force convaincante de ses arguments », écrit aujourd’hui Justin Daboné, 32 ans après ce meeting. Il se souvient être retourné à Abidjan avec une profonde conviction : un rayon d’espérance luit sur son pays dirigé désormais par un homme intègre qui faisait le pari d’une gouvernance vertueuse.

Mais il était loin d’imaginer  que le torchon allait brûler  deux ans plus tard entre les leaders de la Révolution et que cette crise ouverte allait se terminer de la plus tragique des manières avec l’assassinat de Thomas Sankara et de 12 de ses camarades  en ce funeste après-midi du 15 octobre 1987. Lorsqu’il apprend la nouvelle de ce drame à la télévision, le jeune Daboné reste «morne et silencieux», traversé par l’incompréhension et le sentiment d’une grande perte pour son continent. 

Il se fit la promesse de rendre un hommage à cet homme qui a «préféré une mort glorieuse à une longue vie.» Et quel meilleur moyen  pour le passionné de belles lettres qui a dévoré les grands classiques que l’écriture mais pas n’importe laquelle : la poésie, ce genre difficile qui transforme l’homme en «créateur». D’aucuns s’étonneront de ce choix pour un diplômé en chroniques sportives obtenu à Liège en Belgique.

Mais la vérité est que celui qui a promené sa forte silhouette dans presque tous les grands stades du continent a toujours été un poète dans l’âme.  Et cela se ressentait par la profondeur de certains de ses articles de presse. Pour la petite histoire, Justin Daboné a même déjà remporté plusieurs prix littéraires dont le premier date de 1983, lors du Festival de poésie (FESPO) de Grand-Bassam.

 

Poète de la vie et de la mort

 

Si le projet qui lui tenait à cœur n’a pris forme que maintenant, c’est aussi parce que l’ancien journaliste a pris son mal en patience, attendant le bon moment. La sortie de ce recueil a en effet lieu au moment où le Burkina et le reste du monde célèbrent le trentenaire  de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons d’infortune. Au cours de cette dédicace, l’auteur a tenu à préciser qu’il n’est pas sankariste. Ce concept, pour lui, est galvaudé. Il a admiré Sankara et continue d’avoir pour lui « un grand fonds d’estime ».

L’œuvre, de 80 pages, est subdivisée en trois parties : la première, composée de 15 poèmes (comme 15 octobre), entièrement dédiée au père de la Révolution burkinabè, et intitulée « L’assassinat du président » avec pour épigraphe  « C’était lui ou nous »,  retrace à la manière d’un reportage  ce terrible après-midi du 15 octobre. Mais la différence avec un reportage, ce sont les rimes qui se suivent avec une certaine force. L’auteur nous plonge également  dans  l’effort de délation dont a fait montre la Rectification pour ternir l’image du président défunt. Sa visite  au cimetière de Dagnoën sur la tombe des suppliciés, la mémoire de Sankara, la chute de Blaise Compaoré sont d’autres sujets que  «Le Gourou» aborde avec finesse et émotion.

Le lecteur qui entame la seconde partie de l’ouvrage : « A celle qui repose à Zaka» est saisi par un doute : et si finalement  Thomas Sankara n’était pas la raison d’être de ce livre ?  Et si c’était quelqu’un d’autre ? Cette seconde partie, bâtie autour de 12 poèmes, est  en effet dédiée à sa tendre épouse, Martine Pauline Congo, morte dans ses bras le 14 mai 2011 après 19 années de mariage. Elle repose à Zaka, le village de son époux, à une dizaine de kilomètres de Tenkodogo. La moitié de son âme, Justin Daboné l’a «aimée jusqu’au tombeau ».

Il y a des blessures dont on ne se remet jamais et l’ancien journaliste laisse transparaître dans chaque strophe une tristesse inextricable. On retrouve un homme mélancolique bouleversé jusqu’au plus profond de son être. On a parfois envie de marquer un arrêt pour laisser échapper une larme  et essayer d’imaginer toute la douleur qui est la sienne.

Le poète de Zaka  achève son opus en rendant hommage à tous ces grands maîtres qui lui ont donné envie d’ouvrir sa porte aux muses : André Chénier, Alfred de Vigny, Alfred de Musset et Alphonse de Lamartine.

Avec «L’assassinat d’un homme d’honneur», Justin Daboné a  réussi la prouesse d’une œuvre  accessible. Toute la grandeur de l’opus réside dans sa simplicité tout en respectant les règles de la versification : rimes, alexandrins, sonnets, acrostiches, licence poétique… Ecrits entre 1988 et 2015, les poèmes,  comme un bon cru, ont bien vieilli et on s’en délecte. Les pièces de vers incitent le lecteur à aller jusqu’au bout et il y a des vers qui  vous font frissonner l’âme. Et on en redemande. Le livre est disponible et vendu à 5 000 FCFA au secrétariat de  L’Observateur Paalga.

 

Hugues Richard Sama

 

  • Titre du premier recueil de poèmes d’Alphonse de Lamartine, un des auteurs classiques qui ont marqué l’ancien journaliste sportif

 

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