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Crise togolaise:Scénario burkinabè à Lomé

On ne sait pas si l’épilogue sera le même, mais la crise qui est en train de se nouer au Togo a une furieuse ressemblance avec ce qui s’est passé au Burkina il y a trois ans. Les raisons ne sont pourtant pas les mêmes. Au pays des hommes intègres, il s’agissait pour un président qui avait déjà passé plus d’un quart de siècle au pouvoir de déverrouiller l’article 37 de la Constitution pour régner ad vitam aeternam. On sait ce qu’il est advenu de cette volonté les 30 et 31 octobre 2014.

Au Togo, c’est tout le contraire et on devrait même s’en réjouir, puisqu’il s’agit d’introduire une clause limitative du nombre de mandats à deux tout au plus et d’instaurer un scrutin à deux tours à la présidentielle au lieu du « coup K.-O. » actuellement en vigueur.

Mais qu’il s’agisse du tripatouillage façon Blaise Compaoré ou de la réforme a priori vertueuse de Faure Gnassingbé, les effets seront les mêmes puisque le présent projet de révision constitutionnelle devrait permettre au président togolais de se refaire une virginité politique et de repartir gaillardement pour un bonus de 10 ans à l’issue de son mandat actuel, qui expire en 2020.

La ressemblance avec le précédent burkinabè, on en a encore eu un aperçu hier lorsque les deux camps ont battu le pavé pour défendre leurs causes respectives et tenter un maximum de soutiens. A la manifestation d’une dizaine de partis de l’opposition menés par le PNP de Tikpi Atchadam et l’ANC de Jean-Pierre Fabre a répondu la contre-manif des partisans du pouvoir et de sa réforme constitutionnelle. C’est donc à qui mobilisera le plus, comme ce fut le cas au Burkina où aux rassemblements monstres des opposants à la modification de l’article 37 répondaient invariablement celles de la majorité présidentielle. On a ainsi battu le pavé à Ouaga et dans les autres villes avant de remplir les stades recto verso et même avec intercalaires.

Ce sont les prémices de tels face-à-face tendus que l’on a observés hier au Togo, où l’impossible dialogue parlementaire a définitivement quitté l’enceinte de l’hémicycle pour prendre ses quartiers à Lomé, Sokodé ou Bafilo. Difficile, pour l’instant, de dire jusqu’où ira ce bras de fer lourd de tant de dangers. Mais on ne voit pas trop comment il pourrait ne pas se durcir et dégénérer dans un pays qui commence à compter ses morts. Déjà lors des manifestations du 19 août, 2 manifestants (7 selon les opposants) avaient été tués. Hier encore on déplorait la mort d’un enfant ainsi qu’une vingtaine de blessés. Mais si cette mare de sang qui sépare les deux camps devait grossir au fil des échauffourées, elle rendrait plus insoluble un différend politique qui semble déjà inextricable.

Sans doute qu’en multipliant les manifestations de rue dans un contexte passablement délétère l’opposition veut pousser à la faute un pouvoir qui n’aura pas d’autre choix que celui de la répression. Reste à savoir si Fabre et les siens seront suffisamment armés pour une guerre d’usure au cours de laquelle le plus dur sera de ne pas céder au découragement et de maintenir vive la flamme de la contestation.

 

Marie Ouédraogo

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Force commune du G5 Sahel : Branle-bas de combat

Ibrahim Boubacar Keïta n’aura pas pris son bâton de pèlerin en vain. Dans la perspective de l’Assemblée générale des Nations unies, en marge de laquelle doit se tenir un mini-sommet sur la force commune sous-régionale du G5 Sahel, il a en effet sonné le rassemblement des troupes. C’était lors d’une tournée dans les quatre autres pays du Groupe en vue de convaincre ses pairs d’effectuer le voyage de New York.

Il est vrai que certains traînaient les pieds et se faisaient même tirer littéralement les oreilles, à l’exemple du Tchadien Idriss Déby, du Mauritanien Ould Abdel Aziz et du Nigérien Mahamadou Issoufou. Quel mauvais signal, en effet, si les principaux concernés avaient donné l’impression de négliger eux-mêmes cette grande affaire en n’effectuant pas ce déplacement !

Mais la réunion tant attendue a eu lieu hier nuit sans qu’aucun président ne manque à l’appel. En plus des chefs suprêmes de nos armées, ont pris part à cette grand-messe leur homologue français, Emmanuel Macron, le président en exercice de l’Union africaine, le Guinéen Alpha Condé, la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, et le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. A l’heure où nous tracions ces lignes, le niveau de représentativité des Etats-Unis demeurait inconnu. Tout laissait cependant penser que nos présidents allaient se contenter d’un obscur conseiller Afrique de la Maison-Blanche ou du secrétariat d’Etat en lieu et place de Donald Trump lui-même et de Rex Tillerson qui ont, sans doute, d’autres chats à fouetter comme le matou nord-coréen qui montre ses griffes depuis plusieurs mois.

Si cette rencontre au sommet a eu le mérite de se tenir, la question qui se pose est de savoir ce qui va en sortir. L’objectif au premier chef est en effet de mobiliser la communauté internationale pour le financement de la force multinationale, les premières opérations étant censées commencer en octobre. Les trois quarts des quelque 420 millions d’euros nécessaires pour faire rouler la mécanique de cette armée transnationale restent à trouver. Si Paris a déjà annoncé vouloir contribuer à l’effort de guerre à hauteur de 8 millions d’euros, l’UE avec 50 millions et que les pays du G5 Sahel promettent d’injecter chacun 10 millions d’euros, on reste quand même très loin du compte. Or, les Américains et leurs inconditionnels alliés britanniques semblent avoir des oursins dans la poche, redoutant ce qui risque d’être à leurs yeux un gouffre financier dont ne sortirait pas forcément grand-chose.

C’est donc à l’aune des contributions, sinon des promesses, qu’on pourra juger de la réussite de cette opération marketing à Manhattan. Mais c’est véritablement en décembre qu’on saura si ces pourparlers ont été efficients puisqu’à cette date aura lieu la conférence des donateurs en marge du Conseil européen de Bruxelles. Un tour de table prévu initialement en octobre et dont le report ne peut qu’avoir des répercussions sur le début effectif des opérations.

Certes, les Etats n’attendent pas de réunir la totalité de l’enveloppe avant de commencer à poser les jalons de ce contingent fort de 5 000 hommes. La preuve, avant même de s’envoler pour la « Tour de verre », IBK a inauguré le samedi 9 septembre 2017 à Sévaré le quartier général de la force. Mais si le nerf de la guerre devait finalement faire défaut, tout le monde se retrouverait au milieu du gué dans l’incapacité d’avancer et pas davantage de reculer.

En fait, il n’y a pas qu’à New York que se joue ces jours-ci l’avenir de la task force censée nous sortir du guêpier terroriste, puisqu’à des milliers de kilomètres de « la grosse pomme », précisément à Berlin, un atelier technique regroupant les représentants des ministères de la Défense de l’Union européenne et des pays du Sahel se tient en vue de déterminer des contours plus précis des besoins logistiques.

Cela dit, il ne faut pas attendre que tout soutien nous vienne de l’extérieur alors que nous sommes les premiers concernés. Un proverbe bien de chez vous ne dit-il pas que « si on te lave le dos, il faut savoir te laver le ventre » ? Même si c’est avec les moyens du bord, on devrait sans plus attendre mettre en route cette force. C’est peut-être là la meilleure façon de vaincre la résistance de ceux qui sont sceptiques sur la véritable capacité de nos armées à venir à bout de l’hydre terroriste.

 

Hugues Richard Sama

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 Enfance et cancer . ccw.eu