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Déclarations de Mahmoud Jibril dans Asharq Al Awsat : Attention aux germes de pogroms Spécial

Après des semaines d’âpres combats, Bani Walid est tombée, et Syrte, malgré la résistance farouche des soldats de Kadhafi, comme un fruit mûr, finira par tomber également. D’ailleurs les hommes du Guide n’occuperaient plus que deux quartiers de cette ville.

Une fois les derniers bastions kadhafistes, Bani Walid et Syrte, dans l’escarcelle du CNT (Conseil national de transition), la Libye entière sera sous l'emprise du nouveau pouvoir. Mais ces victoires auront toujours un goût inachevé tant que Kadhafi demeurera dans la nature. Le Bédouin de Syrte, comme on le sait, s’est volatilisé depuis la prise de son quartier général de Bab al-Azizia à Tripoli en août dernier. Depuis, l’homme est introuvable ; personne ne sait où il se cache ;  mais du coup, voilà, Mahmoud Jibril, le N°2 du CNT, croit avoir des nouvelles de l’ancien leader de la Jamahiriya arabe libyenne : il a en effet claironné sur tous les toits que le Guide, habité par la vengeance,  est en train de parcourir les déserts du Sahara et les confins du Darfour pour recruter des Touaregs et des Darfouris dans le but de reprendre le pouvoir qu’il a perdu. Dans un entretien au quotidien arabophone Asharq Al Awsat,  il soutient que Kadhafi, qui n’est pas un homme à reconnaître sa défaite, est en train de planifier son retour avec l'aide de combattants touaregs et darfouris. Ainsi, 10 à 15 000 mercenaires auraient déjà été enrôlés pour la sale besogne.

Ce qui est curieux dans cet entretien, c’est que le patron en second du CNT ne sait pas où le Guide se cache, mais semble bien savoir ce qu’il fait. Alors on aimerait savoir à travers quelle boule de cristal il lit et voit son ennemi juré agir. N’empêche, plus que jamais, il devient urgent de mettre la main sur le fugitif de Bab al-Azizia.

Ces propos de Jibril sont-ils crédibles ou est-ce simplement des déclarations pour demander davantage de soutien militaire aux Occidentaux ? Car le CNT, surtout après les manifestations des pro-Kadhafi à Tripoli même, sait pertinemment que son pouvoir est encore fragile ; brandir la menace d’un possible retour du Guide pourrait donc être un bon moyen de convaincre l’OTAN de ne pas encore plier bagage.

Si le stratagème peut faire mouche auprès de ceux à qui il est destiné, il reste tout de même que ces déclarations posent un gros problème, puisqu'en tenant de tels propos, Mahmoud Jibril jette du même coup en pâture à ses hommes des communautés entières, les Touaregs et les Darfouris. On sait déjà la nocivité de ce genre d’affirmation et d'accusation, qui ont souvent été le point de départ de pogroms.

Rien qu’en Libye, au début de la rébellion, lorsque les ressortissants de l’Afrique au sud du Sahara ont été montrés comme des mercenaires à la solde de Kadhafi, on se rappelle qu’ils avaient été victimes d’exactions atroces de la part du même CNT au point qu’il ne fit pas bon être basané à Tripoli. Les combattants du CNT ont même poussé l’absurdité jusqu’à attaquer leurs propres concitoyens tout simplement parce que ces derniers sont noirs. Pourtant, tout le monde sait qu’il y a des Libyens de race noire.

Pour toutes ces raisons, la fin ne doit pas justifier les moyens, et Mahmoud Jibril devrait faire très attention avec ces termes-là qui peuvent jeter l’anathème sur  des membres d’une communauté et même provoquer leur mort. Alors quand on prétend être un homme d’Etat, il faut manipuler ce genre de concept avec précaution.

 

San Evariste Barro

Dernière modification lemercredi, 19 octobre 2011 21:02

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