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Le Sud-Soudan face à lui-même

L’Union africaine vient de s’enrichir d’un nouvel Etat partie, son cinquante-quatrième, et l’ONU de son cent quatre-vingt-treizième.

 

Après près d’un demi-siècle de lutte, d’abord contre la puissance coloniale anglaise, puis contre le pouvoir central de Khartoum, capitale du Soudan auquel il était rattaché, le Soudan du Sud est devenu un Etat souverain avec tous les éléments constitutifs qui s’y rattachent : un territoire, une population et une autorité politique.

Samedi 9 juillet 2011, Djouba, la capitale du nouveau pays, a abrité, dans la ferveur, la proclamation officielle de cette indépendance acquise au terme d’un référendum d’autodétermination tenu du 9 au 15 janvier passé.

Une trentaine de chefs de délégation étrangère ont communié avec les sécessionnistes  sudistes cet événement tant attendu par un peuple qui, depuis, n’en pouvait plus d’être le laissé-pour-compte des différents gouvernements qui se sont succédé à Khartoum.

Mais la célébration terminée, l’euphorie retombée, et les étrangers repartis, voilà le Sud-Soudan face à lui-même. L’indépendance politique acquise, même au prix exorbitant de deux millions de morts et de quatre millions de déplacés, le plus dur reste à venir : la bataille économique et la construction d’une nation.

Dans le dossier spécial paru dans notre livraison du week-end dernier, nous nous interrogions, au sujet de l’avenir du jeune Etat, en ces termes : «Les nouvelles autorités sud-soudanaises parviendront-elles, quant à elles, à transformer l’essai ? C’est-à-dire à faire de cette indépendance politique le tremplin à la lutte pour le développement socio-économique» ? C’est que le Sud-Soudan est à faire, tant il entre dans le concert des nations miné par de lourds handicaps.

Le nouveau pays dispose de nombreuses ressources naturelles, comme le pétrole (85% de la production soudanaise), le fer, le cuivre, l’or, le chrome, le sésame, la banane et la gomme arabique, mais est confronté à un manque criard de personnel qualifié.  Trois quarts des adultes sont analphabètes, 80% de la population est rurale et l’incidence de la pauvreté y est parmi les plus élevées au monde.

La situation sanitaire est la plus dramatique de la planète avec seulement 120 médecins pour les 8 millions de Sud-Soudanais. Oui, vous avez bien lu : 120 médecins pour 8 millions d’âmes. Sans compter le spectre d’une catastrophe humanitaire avec le retour probable des réfugiés.

Sur le plan économique, la situation n’est guère meilleure. Insuffisance des infrastructures de communication et de télécommunication, insuffisance des moyens de transport, et  pas d’industries. Très faible productivité de l’agriculture et de l’élevage, qui emploient pourtant l’essentiel de la population active.

C’est dans ce contexte de dénuement quasi total  que les Sud-Soudanais attendent pourtant des nouvelles autorités une amélioration rapide de leur quotidien. Désormais indépendants, c’est donc avec légitimité qu’ils aspirent à des conditions de vie meilleures que celles connues sous le joug  du régime de Khartoum. Et ce n’est pas ce dernier qui s’en souciera outre mesure. Bien au contraire. L’avènement du Sud-Soudan représente pour le Nord une perte de 20% de population, 25% de territoire et 35% de ressources financières.

Pour cela donc, l’ancien régime tutélaire, au-delà des discours officiels et de la présence de son numéro un, Omar el-Béchir, ne ménagera aucun effort pour faire payer aux sécessionnistes leur crime de lèse-Khartoum. Par exemple en jouant sur les hostilités tribales larvées à même de mettre à mal la nécessaire construction de la nation sud-soudanaise.

Aussi, sur le pétrole, dont les gisements sont au Sud et les oléoducs au Nord, l’ex-pouvoir central, par des moyens légaux (selon les termes de l’Accord de paix global, le Sud-Soudan devait recevoir 50% des redevances pétrolières du Soudan mais aucun accord n’a encore été négocié à ce sujet entre les autorités des deux pays) ou illégaux, cherchera à en tirer les meilleurs profits.

Autre défi à relever par les dirigeants du jeune Etat, l’émergence de la démocratie. Ne pas céder à la tentation, comme naguère les pères des indépendances africaines qui, sous prétexte d’unité nationale, ont mis leurs pays en coupe réglée de partis uniques. Le président Salva Kiir, dont l’équipe est jusque-là pointée du doigt pour sa mauvaise gestion financière, doit travailler à imprimer son action dans la bonne gouvernance, seul gage de réussite des paris qui l’assaillent. A la communauté internationale d’accomplir pleinement son devoir  d’accompagnement afin d’asseoir les bases du développement économique et d’un Etat de droit véritable.

 

Alain Saint Robespierre

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