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Invalidation de la présidentielle kényane:Retentissante leçon d’indépendance de la Cour suprême

Courageuse, audacieuse, historique… les observateurs ne manquent pas de qualificatifs élogieux pour décrire la décision d’invalidation de l’élection présidentielle du 08 août dernier au Kenya. En effet, cette première en Afrique est assurément une affirmation de l’indépendance du pouvoir judiciaire par rapport à l’exécutif, un cri de liberté des juges qui résonne bien au-delà du Kenya. Comme on voudrait qu’en matière de contentieux électoral, à la suite de cet exemple kényan, «plus rien ne soit comme avant» sur le continent ! Ce, pour reprendre un slogan cher aux insurgés burkinabè des 30 et 31 octobre 2014. On attend de voir, non sans croiser les doigts pour que l’audace de David Maraga, le président de la Cour suprême kényane, et de ses collègues fasse tache d’huile auprès de leurs pairs du continent. Dans cette espérance, tous les défenseurs de la vision du président Obama d’une Afrique qui a besoin d’institutions fortes et non d’hommes forts doivent boire du petit lait comme l’opposant kényan Raila Odinga. Avec lui, ce sont tous les opposants africains qui n’ont cessé de crier à la fraude et au vol de leurs victoires aux élections présidentielles et autres qui exultent. Suivez notre regard au Gabon, au Congo Kinshasa, au Togo et on en oublie, ces capitales africaines où le respect du suffrage des électeurs se meurt sous les coups de boutoir de ceux pour qui la démocratie est une camisole occidentale de luxe, trop étroite pour les populations de nos tropiques. Non, la démocratie, les élections propres ne sont pas un luxe pour l’Afrique et il faut saluer sans réserve le courage de la Cour suprême kényane, qui remet les compteurs à zéro à propos de la dernière présidentielle dans ce pays.

De fait, quelle que soit l’issue de la nouvelle élection, prévue dans deux mois, sa décision fera jurisprudence dans le processus de démocratisation des Etats africains. Du moins, c’est ce que nous souhaitons. Au nom du droit, du principe d’un homme une voix et de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes, l’Afrique doit rompre avec ses élections bricolées, aux résultats préfabriqués où qui perd gagne et où les manifestations de protestation sont réprimées dans le sang tandis que des juges acquis à la cause des puissants du jour, leurs conscience et professionnalisme bus, avalisent des résultats taillés sur mesure. L’Afrique mérite mieux que les turpitudes de ces républiques bananières où les peuples sont les otages de politiques vénaux, aux idées courtes, égocentriques et machiavéliques qui font le lit des autocraties. Certes, la démocratie ne se décrète pas, elle ne s’acquiert pas en un jour, en un an ni même en un quinquennat. Mais c’est désespérant d’assister à ces éternelles farces, parfois sanglantes, en matière électorale où les leçons de l’histoire ne sont jamais apprises par les mêmes acteurs qui livrent ainsi leurs pays à des crises cycliques et à une instabilité dommageable au développement. Les peuples africains paient ainsi un lourd tribut à la démocratie et aux droits de l’homme, si bien qu’une certaine communauté internationale s’accommode des scrutins dévoyés au nom de la paix civile et des impératifs de développement d’où leurs intérêts économiques ne sont pas absents.

Il en va ainsi du Kenya et des dernières élections que le pays a organisées le 08 août dernier. Raila Odinga et sa coalition, la Super alliance nationale, avaient beau crier à la fraude, la majorité des observateurs, nationaux et internationaux, n’avaient pas donné l’impression de les entendre. C’est à la limite si Odinga n’avait pas suscité les railleries sur sa propension jugée psychopathique à voir des fraudes partout. Même le respectable John Kerry, ancien secrétaire d’Etat américain, à la tête d’un groupe d’observateurs, avait déclaré que « l’opposition devrait éviter ses commentaires et attendre la fin du scrutin ». Dans la même logique, après l’annonce des résultats, des  diplomates en poste à Nairobi s’étaient hâtés de faire pression sur l’opposant afin de le dissuader de pousser encore ses partisans dans la rue, émettant des doutes sur ses soupçons de fraudes, c’est le cas de le dire, mais plaidant pour la coexistence pacifique des Kényans. Feront-ils de même aujourd’hui sur Uhuru Kenyatta qui accepte le verdict de la Cour suprême sur la reprise de l’élection présidentielle du bout des lèvres et ne veut pas entendre parler de la refonte de la commission électorale ? En tout cas on a entendu certains se féliciter, pénauds, du contre-pied magistral que l’équipe de Maraga vient de leur administrer. Pourtant la question est simple : si la responsabilité de cette dernière est engagée dans tout ou partie des irrégularités dénoncées par l’instance judiciaire suprême du pays, pourquoi la garder dans son rôle d’organisatrice avec le risque que les mêmes causes produisent les mêmes effets ? Odinga s’était illustré plus constructif en se montrant sensible aux appels à la pondération des diplomates. On se souvient qu’en 2007, il avait été plus radical, appelant ses partisans à manifester dans la rue contre le vol de sa victoire. La suite on la connaît assez : 1200 morts et 600 000 déplacés. Dix ans plus tard, la commission électorale n’a pas cru aux déclarations de Raila Odinga sur les fraudes, elle qui avait proclamé Uhuru Kenyatta vainqueur avec 54,27% des suffrages exprimés contre 44,74% au « serial loser ». Mais ce dernier avait persisté dans ses accusations d’irrégularités du scrutin, dénonçant des bourrages d’urnes, un mauvais décompte des voix, des bulletins de votes préremplis distribués à des analphabètes qui devaient les glisser dans les urnes le jour du vote. Mais le plus grave des griefs d’Odinga contre le scrutin portait sur un piratage informatique pour modifier les résultats qui devaient être transmis par Internet à la commission électorale. Cette dernière irrégularité aurait été facilitée par l’assassinat du responsable du service informatique de la commission une semaine avant le scrutin.  Ce meurtre non encore élucidé, dont on se doute qu’il est lié aux grands enjeux du scrutin du 08 août dernier, achève de convaincre que les irrégularités qui l’ont entaché n’étaient pas fortuites mais commanditées et orchestrées par des ennemis de la démocratie kényane, pour ne pas dire des partisans de la Jubilee Alliance au pouvoir à Nairobi.

On attendra les 21 jours prévus par la loi kényane pour que les juges de la Cour suprême étayent leur verdict d’invalidation de l’élection d’Uhuru Kenyatta. Mais d’ores et déjà en reconnaissant des irrégularités dans le décompte des voix, ils frappent fort les esprits sur leur indépendance vis-à-vis du pouvoir politique. Et les démocrates africains se mettent à rêver. Il reste alors à l’ensemble des acteurs du processus électoral et de la démocratie kényane de transformer l’essai en corrigeant les points faibles qui ont pu favoriser ces péchés commis par intention, inattention ou par omission. Ainsi, ils éclairciraient les zones d’ombre et de désespérance de la construction d’Etats de droit et d’institutions fortes en Afrique.

 

La Rédaction

Commentaires   

0 #2 Nidale 04-09-2017 09:29
Bravo à ses héros de la démocratie en Afrique. Au Gabon, Marie Madeleine la patronne de la Cour constitutionnel le a manqué l'occasion d'inscrire son nom dans l'histoire en choisissant d'être la mère d'Ali Bongo plutôt que d'être la mère de la Nation.
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0 #1 ANTA 03-09-2017 23:11
C'est la "Révolution française" de la Justice, le point de départ d'une vraie émancipation des juges par rapport aux présidents en exercice. Je souhaite que nos juges en tirent leçon immédiatement
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