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Situation nationale : 2014, l’année la plus longue Spécial

Dans quelques heures, les Burkinabè, à l’instar des autres peuples ayant en partage le calendrier grégorien, entreront dans le nouvel an 2014. Une nouvelle tranche de temps pour laquelle chaque individu, chaque société, chaque communauté de Terriens, ira de ses vœux, de ses espérances, de ses aspirations. Au pays des «hommes intègres», on entamera 2014 la tête déjà à 2015, déterminant rendez-vous de la nation avec elle-même. C’est que  2013 aura porté les germes, ô combien pernicieux, de 2015, année redoutable, dont la gestation tout au long de 2014 s’annonce tumultueuse, convulsive et douloureuse.

En effet, si au plan social et économique, l’année qui s’achève  n’a pas apporté le moindre changement dans cette vie de galérien qui n’en finit pas d’être à nos trousses, dans le domaine de la politique par contre, il y a une évolution, notamment sur l’horizon politique de celui qui a actuellement notre destinée entre les mains. Lentement mais sûrement, le capitaine du navire semble avoir choisi de changer de cap. L’échéance de 2015 ? Repoussée.

D’ailleurs, depuis que le président Compaoré a prêté serment le lundi 20 décembre 2010 au Palais des sports de Ouaga 2000, on se demandait si c’était vraiment son dernier acte républicain d’investiture, comme le prévoit la Constitution dans ses dispositions actuelles. Pour beaucoup de ceux qui ont suivi l’événement, la question ne mérite plus d’être posée. Car dans sa symbolique et dans sa pantomime, confient-ils,  la cérémonie a tourné en requiem pour l’article 37, la disposition constitutionnelle limitant de nombre de mandats présidentiels à deux.

En effet, ce jour-là, celui qui rempilait officiellement pour un second et dernier bail et dans l’ensemble pour une quatrième fois a été installé, certes suivant les canons des usages républicains, mais sur fond de rites traditionnels, pour ne pas dire monarchiques. Les tambourinaires de Koupéla sont entrés en scène et ont célébré l’impétrant à travers un langage tambouriné. Comme on le ferait pour un monarque africain de droit divin.

La messe était-elle pour autant dite pour la clause limitative du nombre de mandats présidentiels ? Depuis, chacun y est allé de ses commentaires et de ses convictions. Des interprétations et des convictions qui ont varié au gré des signaux contradictoires envoyés par le premier concerné par la question de l’article 37.

Mais en 2013, les choses ont commencé à se préciser pour s’accélérer vers la fin de l’année.

Tout est parti avec cette réforme de la loi fondamentale instaurant le bicaméralisme avec le projet de mise en place d’un Sénat. Une remise de l’ouvrage sur le métier puisque cette institution a été supprimée du paysage institutionnel en 2002 pour des raisons économiques et pratiques.

En effet, la conclusion de l’exposé des motifs de la dissolution de la seconde Chambre est sans appel : «Enfin, l’expérience des parlements bicaméraux révèle une lourdeur administrative source de lenteur, en sus des coûts de fonctionnement très élevés pour les fragiles économies de nos Etats.

Dans notre pays, l’option prise de lutter contre la pauvreté commande que nous tenions compte de la question des coûts tout en ne perdant pas de vue la nécessité d’élargir la base du débat démocratique […]».

Mais cette remise au goût du jour de la chambre haute aura un goût de cendre au niveau de l’opposition, d’une partie de la société civile et des confessions religieuses, notamment de la hiérarchie de l’église catholique. Pour cette composante de la vie nationale, le Sénat n’est rien d’autre qu’un cheval de Troie pour atteindre le verrou constitutionnel. Donc une Chambre avec vue sur 2015.

La suite on la connaît : mobilisation sans pareille, en tout cas depuis la fin de la phase éruptive de la mort de Norbert Zongo, des anti-Sénat le 29 juin et le 28 juillet 2013 ; contremarche des pro-Sénat le 6 juillet. La rue s’emballe, rappelant les temps forts des affrontements entre la CFD et l’ARDC au sujet de la conférence nationale souveraine.

Si malgré la démonstration de leur force de mobilisation, les contempteurs de le seconde Chambre ne sont pas parvenu à mettre un terme à l’aventure sénatoriale, force est de constater que le projet avance aujourd’hui à un rythme de sénateur : lent, prudent et mesuré.

Mais en vérité, Sénat ou pas, rien ne semble pouvoir venir à bout des desseins politiques de Blaise Compaoré de faire à nouveau un sort à la clause limitative. Lui qui était passé maître dans l’art de botter en touche à chaque fois qu’on lui posait la question visiblement agaçante sur ses intentions après l’échéance de 2015 a finalement tombé le masque avec la fameuse déclaration de Dori. Interrogé sur la polémique autour de l’article 37 par la presse nationale au lendemain de la célébration du 11-Décembre dernier, le chef de l’Etat a, pour une des rares fois, ouvert son ventre, comme on le dit chez nous : «Nous avons une Constitution dont la référence est le peuple. Ce qui veut dire que si sur une question il n’y a pas de consensus, le peuple sera appelé à dire ce qu’il pense. Le peuple sera consulté s’il y a nécessité».

Même s’il ne nous convie pas explicitement à un référendum, point besoin d’être un de ses visiteurs du soir pour savoir qu'il n’y songe pas moins. Puisque de toute évidence, de consensus il n’en sera point question sur un sujet qui a fini de cristalliser toutes les passions.

A quelque deux ans de cette échéance dont la seule évocation nourrit bien d’appréhensions sur la paix sociale, tout semble indiquer qu’une cinquième candidature de Blaise Compaoré n’est plus qu’une question d’échéance.

Alors, la  question reste maintenant de savoir par quelle  voie ils vont à nouveau violer la pauvre disposition restrictive.

Mais si l’on s’en tient à la déclaration de Dori, ce sera par la procédure référendaire. Toutefois, rien n’interdit, si le Sénat venait à être installé, de privilégier l’option parlementaire.

Certains politologues parlent aussi de l’éventualité d’une Cinquième République et d’autres parient sur un régime parlementaire avec un président élu au suffrage indirect par l’Assemblée nationale et la Chambre haute réunis en congrès. Ce dernier scénario ne vous rappelle rien ? Bien sûr que oui : celui proposé par Salif Diallo dans sa mémorable interview parue dans «L’Observateur Paalga» du 9 juillet 2009 et qui lui vaut jusqu’aujourd’hui disgrâce du grand chef et acrimonie des camarades d’hier.

Quelle que soit l’option retenue, tout va probablement se jouer dans les douze mois qui viennent. Alors, 2014 sera l’année de toutes les manœuvres politiques pour garantir à l’hôte de Kosyam un boulevard nabal qu’il empruntera aussi longtemps que cela  lui plaira.

Ces partisans, qui sont depuis à la besogne, rivalisant de lamentos pour le supplier de renouveler son bail au palais et y demeurer, entreront dans une nouvelle phase de leur stratégie qui consiste à avancer  par petites touches successives.

En effet, le 11 janvier 2014 à Bobo-Dioulasso est prévu le lancement officiel de la pétition pour la révision de l’article 37. Une opération de la FEDAP/BC certes, mais qui n’en demeure pas moins une initiative conçue, élaboré, pesée et soupesée au niveau du saint des  saints.

Du côté des défenseurs du maintien du verrou constitutionnel, l’heure n’est pas à la résignation. Loin de là.  Dans le camp du chef de file de l’opposition (CEFOP), c’est plutôt le conseil de guerre avec la mise en place d’un état-major permanent de crise (EMPC). Au niveau des activistes de la société civile, les cors du rassemblement sont ressortis et attendent de sonner l’«insurrection populaire».

Au regard de tout ce qui se trame de part et d’autre de la ligne de front et de la détermination dont fait montre chaque groupe de protagoniste, on peut affirmer, sans pour autan jouer aux oiseaux de mauvais augure, que la bataille rangée s’annonce féroce et impitoyable. Alors, on ne peut que retenir son souffle et craindre pour la paix sociale.

Au vu de tout cela, le moins qu’on puisse dire, c’est que 2014 sera, chez nous, l’année la plus longue. Comme dans de nombreux pays, va-t-on flirter avec l’abîme ou saura-t-on trouver les ressources nécessaires, comme cela a été le cas jusque-là, pour éviter l’irréparable ?

C’est dans ce climat d’anxiété  et de vive tension à l’issue incertaine que l’on annonce, avec insistance et précision, la création très prochaine d’un nouveau parti dissident du CDP. A l’origine de ce schisme politique sans précédent dans l’histoire du parti au pouvoir, trois des grands brûlés du cinquième congrès du CDP, tenu début mars 2012 : il s’agirait, selon des sources concordantes, de Roch Marc Christian Kaboré, de Salif Diallo et de Simon Compaoré. Ce retour annoncé des «dinosaures» au devant de la scène, s’il venait à être confirmé, constituerait sans nul doute un des grands événements de 2014. Même si on ne peut prévoir actuellement l’ampleur du séisme qu’il provoquera dans le microcosme politique, pour sûr, la donne politique s’en trouvera affectée. Et pas besoin d’être un grand clerc pour savoir que le «trio de naufragés», après une si longue traversée du désert, s’affranchira de l’ombre tutélaire de celui qui l’a livré et abandonné à la curée des militants de la «25e heure», pour faire dans la vulgate du CDP.

Pour autant Roch et Cie vont-ils rejoindre avec armes, bagages et militants, le camp des défenseurs du principe de limitation des mandats ? Une question cruciale qui trouvera, si l’on en croit certaines indiscrétions, réponse dans les semaines à venir.

Mais en tous les cas, l’architecte du projet de modification de l’article 37, son contremaître, Arsène Bongnessan Yé, et l’armée d’ouvriers qui besognent sur le chantier de la révision constitutionnelle seront obligés de revoir leur copie.

Alors au regard des gros nuages noirs qui s’amoncellent à l’horizon de l’année naissante, s’il y a quelque chose qu’on doit ardemment souhaiter à notre pays pour 2014, c’est vraiment la paix sociale. Mais il ne suffira pas de se perdre en incantations et autres prêchi-prêcha pour que la paix soit sauvegardée. Il faut d’abord savoir s’en donner les moyens : se délivrer soi-même du mal. 2014 sera ce que nous voudrons qu’elle soit. Si nos vieux démons accompagnent son déroulement, nous  trinquerons tous.

Mais en attendant, trinquons au nouvel an même s’il s’annonce fou.

Alain Saint Robespierre

 

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