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Elections nigérianes : Ne pas ajouter du chaos au chaos

Boko Haram avait menacé de faire échouer les élections générales de ce week-end au Nigeria, et on peut dire que, mettant à exécution sa menace, elle aura beaucoup fait pour y arriver : la secte a tantôt attaqué des bureaux de vote samedi (au moins sept morts), tantôt tiré sur les files d’attente devant les bureaux de vote de Birin Bolawa et de Birin Fulani dans l’Etat de Gome (2 morts) en criant : «On ne vous avait pas dit de rester à distance de l’élection ?»

 

Idem contre les électeurs qui attendaient au bureau de vote de Dukku (3 morts) toujours dans l’Etat de Gombe avant qu’ils n’exécutent un représentant du Parlement de l’Etat et le chef traditionnel du village de Tilen. Et ce n’est pas tout, car, dit-on, dans la nuit de vendredi à samedi, des hommes armés susceptibles d’être des insurgés  ont décapité 23 personnes et incendié des maisons» à près de 200 km de Maiduguri, la capitale de l’Etat de Borno.

C’est que, pour un islamiste borné comme Shekau, pour qui déjà l’éducation occidentale est un péché, le processus électoral de ce week-end est «non conforme à l’islam». Dans une vidéo postée sur Twitter, n’avait-il pas déclaré le mois dernier : «Ces élections n’auront pas lieu, même si nous sommes tués. Même si nous ne sommes plus en vie, Allah ne vous le permettra jamais».

A Tilen, les attaques ont interrompu l’opération d’identification des élections, puis certains bureaux de vote ont rouvert après le départ des assaillants, mais d’autres étaient restés fermés, car les électeurs avaient fui et étaient trop effrayés pour y retourner. Malgré Boko Haram, les scrutins ont, selon Mike Omeri, porte-parole du gouvernement, atteint un « taux de participation record», chiffres non indiqués au moment où nous bouclions la présente.

Si ce taux record se confirmait, ce serait là un échec cuisant pour Boko Haram, qui a joué des attentats et des menaces pour dissuader les électeurs de se rendre aux urnes. Chapeau bas donc aux Nigérians qui n’ont pas cédé d’un iota face aux jappements du « Chacal », ainsi qu’on désigne le chef de Boko Haram. Les Nigérians ont donc voulu de ces élections, Allah les a permises et même bénies. Honni soit alors l’imposteur Shecau qui ne fait plus peur et continue d’accumuler les défaites militaires sur le terrain.

Revenons donc au scrutin, dont le tenue constitue déjà en soi une victoire sur la pieuvre islamiste pour rappeler que ce sont 69 millions d’électeurs qui étaient appelés aux urnes pour choisir 360 députés, 109 sénateurs et le chef de l’Etat entre Goodluck Jonathan (sortant) et Muhammad Buhari, au pouvoir de 1983 à 1985.

C’est la première fois que le Nigeria expérimente le vote biométrique, vu comme un moyen de limiter les fraudes, mais qui aura été source de désordre et d’approximations que certains ont assimilés à des tricheries, et qui ont provoqué le report à hier dimanche des élections dans 300 bureaux de vote. Le plus cocasse est que le président sortant, Goodluck Janathan a lui-même fait les frais des cafouillages techniques le 28 mars : le lecteur censé reconnaître sa carte n’a pas fonctionné quand il s’apprêtait à voter.

Après avoir patienté près de 50 mn, le candidat à sa propre succession et son épouse, Patience, remettent leur vote à plus tard. De retour vingt minutes après, échec de nouveau, et finalement, on les identifie manuellement et ils votent.

« Il aurait dû y avoir un test, lors d’une plus petite élection, avant qu’on déploie ce système pendant une élection de cette ampleur », a estimé le porte-parole de campagne de Goodluck Jonathan, Femi Fani-Kayode. Ah bon ? Et pourquoi le président du Nigeria, votre candidat, n’a pas fait cela ?

Excepté donc au Nord, sous la férule de Boko Haram, vu la nouveauté du vote biométrique, on peut estimer que le processus électoral s’est bien passé : lors du dernier scrutin général, en 2011, les violences n’avaient-elles pas causé plus de 800 morts ?

Le hic, c’est que souvent sous nos tropiques, c’est le jour d’après qui est source de dangers. Surtout qu’en l’occurrence, rarement scrutin présidentiel aura été aussi serré que bien malin est celui qui prédira le nom du prochain chef d’Etat. Que ce soit l’un ou l’autre qui gagne, que les deux candidats à la course au palais d’Aso Rock respectent les engagements pour éviter des troubles postélectoraux qu’ils ont signés sous l’égide d’Abdoul Salami (1) en :

  • acceptant le verdict des urnes ;
  • tenant leurs troupes en laisse. Car ajouter l’instabilité institutionnelle au péril islamiste serait favoriser l’évolution du géant aux pieds d’argile vers le chaos.

 

Ahl-Assane Rouamba

 

(1) A la fois chef d’état-major et successeur du feu président Sani Abacha

Dernière modification lelundi, 30 mars 2015 09:08

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