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Procès d’Obouf : Pour le profane, le droit est parfois… tordu

Procès d’Obouf : Pour le profane, le droit est parfois… tordu

Grâce à lobs.sms (*335#1#OK), on n’avait pas besoin d’être dans la salle d’audience du tribunal de grande instance de Ouagadougou pour suivre le déroulement du procès Obouf. Et au fur et à mesure que les alertes nous parvenaient ce vendredi 27 mars 2015 depuis le palais de justice de Ouagadougou, nous nous posions une question et nous n’avons pu résister à la tentation d’ouvrir un dictionnaire.

 

Et voilà ce qu’on y lit : « tromper : abuser volontairement quelqu’un ». Et le dico de donner un exemple fort à propos, «tromperie sur la marchandise». Alors dites-nous bonnes gens, peut-on monter une usine de falsification où les uns effacent méthodiquement les anciennes dates de péremption pendant qu’un expert tunisien, à l’aide d’un outillage ad hoc, en appose de nouvelles et soutenir devant le tribunal qu’on récuse le chef d’accusation de tromperie tout en reconnaissant la falsification ; au motif qu’on n’a pu trouver sur le marché la moindre trace des boissons périmées ou apporter la preuve de leur nocivité ?

A moins que le vocable tromper ait une acception particulière dans le jargon judiciaire, le droit sachant parfois être… tordu pour le justiciable Tartampion, que le produit soit impropre à la consommation humaine ou pas, la contrefaçon visait-elle un autre objectif que d’abuser le consommateur ? N’y a-t-il pas une corrélation directe entre les deux ?

C’était pourtant la ligne de défense du groupe Obouf poursuivi dans l’affaire dite des cannettes périmées qui défraie la chronique depuis quelques semaines. Dans tous les cas, les juges apprécieront et on verra le 3 avril prochain, jour du verdict, s’ils ont été convaincus de l’argumentaire du principal prévenu, qu’il soit fils de pasteur, eckiste (c’est-à-dire membre d’Eckankar), boudhiste, agnostisque ou «musulman pratiquant parti plusieurs fois à la Mecque» (Obouf dixit) comme si les crimes et délits avait une religion.

En attendant, le fait même que ce procès ait pu avoir lieu alors que se tenaient les états généraux de la justice est la preuve qu’un vent nouveau souffle sur l’institution judiciaire.

Comme nous n’avons cessé de l’écrire depuis le début de cette histoire, sous les soleils de la IVe République où les grosses légumes de l’acabit de Ouédraogo Boureima faisaient la pluie et le beau temps, on ne voit pas trop comment un tel gourou bien introduit dans les arcanes du pouvoir aurait pu être inquiété : un petit coup de fil et le reste auraient suffi à tuer dans l’œuf ce scandale avant même qu’il n’éclate.

Or entre-temps, pour avoir voulu jouer le match de trop que tant de gens lui déconseillait de disputer, Blaise Compaoré a fini par échouer dans les poubelles de l’histoire burkinabè. Et avec lui, ces flagorneurs du landernau politique et ces magnats du complexe économique qui, non contents de sucer goulûment toutes les mamelles de la République, pensaient souvent, du simple fait de leur puissance financière, avoir droit de vie et de mort sur les autres.

Or donc plus rien ne sera comme avant. Pour autant il ne faut pas que l’impératif de justice prenne les allures de la vengeance primaire du village ou d’une ordalie (1) et un tel procès doit d’abord se vouloir pédagogique, non seulement pour Obouf mais également pour tant d’autres de son espèce qui doivent enfin comprendre que le pouvoir et l’avoir n’autorisent pas tout. Faute avouée est à moitié pardonnée, dit-on.

Le richissime accusé ayant fait acte de contrition en demandant pardon au peuple, fût-ce pour des raisons de stratégie judiciaire, alors que les loups, avides de sang, hurlent à perdre haleine, on a beau vouloir donner l’exemple, il ne s’agit pas, à notre avis, de ruiner un opérateur économique qui, quoi qu’on dise, emploie des centaines de gens et contribue à la formation de la richesse nationale.

Et au demeurant les petites ficelles ou les failles juridiques du droit positif peuvent permettre de s’en tirer, en toute légalité, à bon compte puisque c’est la peine maximale prévue par la loi (1 an ferme et 10 millions de F CFA d’amende) que le parquet a requise. « Trop peu, trop faible, une broutille », jugeront sans doute bon nombre de nos concitoyens, mais peut-on tordre le cou à la loi juste parce que l’accusé est vampirisé ?

Au-delà de ce cas d’école, l’Etat devrait d’ailleurs se donner les moyens de traquer tous les fraudeurs et empoisonneurs artisanaux ou industriels qui pullulent dans la cité et qui nous fourgent, chaque jour que Dieu fait, des huiles, du lait, de l’eau et toutes sortes d’aliment pourris qui finissent par créer des problèmes de santé publique.

Car pour un Obouf alpagué, combien de fraudeurs et d’empoisonneurs professionnels de tout poil sont-ils encore dans la nature, s’adonnant impunément à leurs activités nocives et illégales parfois dans l’indifférence complice de l’Etat et des citoyens?

 

Ousséni Ilboudo

 

(1) Epreuve judiciaire employée au Moyen Age pour établir l’innocence ou la culpabilité d’un accusé

Dernière modification lelundi, 30 mars 2015 20:20

Commentaires   

+1 #1 Alex 30-03-2015 11:00
1 an maximum d'emprisonnemen t ferme avec 10 million d'amende ! C'est trop peu et cette loi doit être revue pour aller de 1 à 10 ans d'emprisonnemen t ferme et 10 à 100 millions d'amende. Ce n'est vraiment pas proportionnel avec les gens qui commettent des délits moins graves et qui écopent des années de prisons. Il faut réviser cette loi pour décourager tous ceux qui font comme lui en cachette.
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