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Tripatouillages constitutionnels en Afrique : Au suivant de ces messieurs

Tripatouillages constitutionnels en Afrique : Au suivant de ces messieurs

Au début ils disent tous ça, serinant inlassablement le même refrain. Quand, à force de foncer droit dans le mur contre lequel Blaise Compaoré le mettait cependant en garde, le président nigérien Mamadou Tandja a fini par se casser la gueule en voulant déverrouiller le nombre de mandats pourtant cadenassé, à Ouagadougou où les velléités de tripatouillage se précisaient chaque jour davantage, on chantait à qui voulait bien prêter une oreille attentive que le Burkina n’est pas le Niger ; que contrairement à ce pays, l’article 37 de notre constitution n’interdisait pas qu’on le torture ; que la loi fondamentale se veut dynamique et non figée ; et patati et patata.

 

Jusqu’à ce que, en plein midi de ce 31 octobre 2014, l’homme fort et enfant terrible de Ziniaré soit emporté par la bourrasque populaire qui s’était déclenchée la veille pour faire pièce à ses ambitions monarchiques. Et que croyez-vous qu’on pensât dans les autres pays où les chefs d’Etat souffraient de la même tripatouillite aigüe ? Ouagadougou, ce n’est pas Brazzaville, ce n’est pas Kinshasa, encore moins Kigali. Sans doute. Mais quand bien même la politique ne serait pas une science exacte, les mêmes causes peuvent produire les mêmes effets, et ces derniers temps il y a une drôle de ressemblance entre le Burkina et le Burundi qui, comme par hasard, se suivent du reste dans l’ordre alphabétique des Etats africains.

La contestation contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza,en flagrante violation de la constitution et des Accords d’Arusha,   qui avait atteint son paroxysme depuis trois semaines avec son lot de martyrs, a viré ce mercredi 13 mai 2015 , alors que le chef de l’Etat sortant était en Tanzanie pour un sommet consacré justement à la crise dans son pays, à la tentative de coup d’Etat par le général-major Godefroid Niyombaré. Ancien patron de la Grande Muette puis des Renseignements généraux,il avait été, on se rappelle, décagnoté de ce dernier poste pas plus tard qu’en février, précisément parce qu’il avait pondu un rapport qui ramait à contre-courant de l’évangile selon saint Pierre (Nkurunziza) .

Hélas, l’opération est loin d’avoir été chirurgicale, et ce qui devait être un putsch salutaire s’est mué en bataille rangée entre putschistes et loyalistes conduits par le chef d’état-major général des armées . Un vrai foutoir dont on ne savait toujours pas hier au moment où nous traçions ces lignes qui l’emporterait sur l’autre, les pourparlers entre les deux camps entamés mercredi nuit n’ayant pas permis de rapprocher les différentes positions. Du coup, après une brève accalmie, les combats ont repris de plus belle avec comme principal enjeu stratégique, le contrôle des médias, qui n’en finissent pas de payer un lourd tribut aux présentes vicissitudes politiques. Une situation tellement volatile qu’elle pouvait à tout moment pencher d’un côté ou de l’autre.

Ce qu’il faut en fait redouter, c’est que le pays ne replonge dans la guerre civile avec son cortège de malheurs, de déplacés, de réfugiés et de massacres ethniques comme il en a déjà fait l’amère expérience il y a quelques années. Tout cela parce qu’un dirigeant ne s’est pas suffisamment goinfré et entend jouer les prolongations, quitte à entraîner de nouveau sa patrie dans l’abîme.

En fait, une partie de ce bras-de-fer se joue loin de Bujumbura, et c’est le président tanzanien, Jakaya Kikwete, qui doit être gêné aux entournures, lui qui se retrouve avec un colis encombrant entre les bras et qui devient bon gré mal gré un acteur direct de cette tragédie burundo-burundaise : qu’il empêche en effet son refugié de luxe de rentrer, et ce serait un sacré coup de pouce aux putschistes qu’il a pourtant condamnés le plus fermement du monde ; qu’il le laisse partir, et ce serait catastrophique, car si par malheur ce satrape devait reprendre la main, les représailles qui vont s’abattre sur ses contempteurs seraient impitoyables.

Voilà en tout cas où nous mènent immanquablement ces mandats à durée indéterminée, au chaos. Que le pronunciamiento burundais réussisse ou pas, ça devrait à tout le moins faire enfin réfléchir les Sassou, Kabila, Kagamé et autres qui s’apprêtent, eux aussi, à s’embarquer dans cette voie sans issue, convaincus qu’après eux c’est le déluge.

On pense toujours que ça n’arrive qu’aux autres, mais ils seraient bien inspirés de passer un petit coup de fil à notre Blaisot national. Lui aussi et ses ouailles professaient à perdre haleine le culte de son indispensabilité. Ça fait maintenant six bons mois qu’il est parti, et si tout n’est pas rose, le Faso ne s’est pas effondré. Et ses thuriféraires reconnaissent aujourd’hui qu’il s’est trompé, et eux avec. Trop tard. Au suivant de ces messieurs donc, à moins qu’ils soient visités par une sagesse providentielle pour épargner à leur pays les affres de l’instabilité.

 

Ousseni Ilboudo

Dernière modification ledimanche, 17 mai 2015 12:43

Commentaires   

0 #3 neilson 16-05-2015 08:14
Trop facile de condamner les coups d'état, messieurs de l'UA et de la communauté Internationale! Que faites-vous pour empêcher Nkurunziza de briguer un troisième (illégal) mandat? Empêchez-le ainsi que tous ceux qui s'entêtent comme lui à vouloir rester au pouvoir et vous verrez qu'il n'y aura plus de coup d'état nulle part, car les coups d'état ne sont faits qu'en désespoir de cause! Assi, messieurs les "bien pensant", soignez la cause du mal, pas seulement les symptômes!
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0 #2 Bellefamille 15-05-2015 14:36
C'est vraiment regrettable pour le peuple burundais. Le salut était au bout des doigts mais les thuriféraires de N'Kuruziza les en ont privé. Nous leur souhaitons beaucoup de courages et de détermination car la victoire finale est proche. Les autres fossoyeurs qui sont sur la liste ne peuvent pas s'inspirer de l'exemple des autres car ils sont obnubilés par la boulimie du pouvoir. Il faut un éveil des populations africaines pour nous débarrasser de ces monstres lugubres qui nous sucent le sang.
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0 #1 Megd 15-05-2015 10:24
Les putschistes ont joué d'un amateurisme criard et ils paient les pots cassés présentement. Sans le savoir les putschistes ont renforcé la légitimité de Nkurunziza et ils donneront raison aux autres présidents africains qui armeront conséquemment leurs gardes prétoriennes.

La population a été timide dans sa réaction et lorsque la société civile demande aux gens de reprendre la rue, je rigole. Si les militaires n'ont pas pu dégager ce Mr, que pourront faire les civiles?

A mon avis, tout est plié car les militaires fidèles à Nkurunziza ont démontré qu'ils sont prêts à n'importe quel sacrifice pour maintenir leur mentor.

Nkurunziza massacrera autant qu'il voudra sa population surtout que les médias privées sont "HS" pour très longtemps.
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