Logo
Imprimer cette page

Coup d’Etat raté au Burundi : Echec, on mate

Coup d’Etat raté au Burundi : Echec, on mate

Il y avait sans doute du cœur, mais pas conséquemment des hommes et du matériel pour mener à bien l’entreprise. Le tout servi par une impréparation manifeste. On s’en est réjoui donc trop tôt. Car en moins de temps qu’il ne faut pour tripatouiller une constitution ou lui faire dire ce qu’on veut bien entendre, les forces loyalistes burundaises ont fait pièce à la tentative de coup d’Etat ourdie mercredi par le général-major Godefroi Niyombaré.

 

On a beau professer le passage par les urnes comme seule mode de dévolution du pouvoir, on ne peut qu’applaudir les putschs salutaires quand ceux qui sont parvenus aux affaires par des voies «démocratiques» n’ont plus d’autre quête dans leur vie que de s’accrocher au fauteuil présidentiel comme s’ils y étaient nés.

Ainsi de Pierre Nkurunziza qui s’obstine à briguer un troisième mandat contre l’avis de la Constitution, des Accords d’Arusha et surtout d’une bonne partie de ses compatriotes. On aurait donc espéré que les militaires réussissent là où l’insurrection populaire a pour le moment échoué, à savoir provoquer le départ en quatrième vitesse de l’ancien prof d’EPS, surtout que, Dieu faisant bien les choses, il était déjà hors du pays, à Dar-es-salam la bien-nommée où les Etats d’Afrique étaient au chevet du Burundi. En vérité, même ceux qui, à l’image des Etats-Unis, ont condamné le coup de force mais qui sont pourtant opposés à la candidature indue n’auraient pas versé une larme sur la dépouille du régime vermoulu, mais puisque ça échoué, ils ne peuvent que condamner par principe, ne serait-ce que du bout des lèvres.

Après avoir senti passer le vent du boulet, l’autocrate est donc rentré et règle maintenant ses comptes à coup de confessions publiques et de procès, puisque 18 présumés conjurés sont attraits devant la justice pour « tentative de renversement des institutions de la République ». On sait comment ça se passe dans ces simulacres de jugements où le sort des prévenus, torturés physiquement et moralement, est d’avance scellé.

Malheur aux vaincus qui savaient dans tous les cas à quoi ils s’exposeraient si d’aventure ils échouaient. Déjà que les forces de défense et de sécurité tiraient à balles réelles sur les manifestants aux mains nues et que les Imbonerakure, ces miliciens au service du pouvoir, semaient la terreur dans les quartiers, les maîtres de Bujumbura ont désormais de bonnes raisons pour faire tourner la machine de la répression à plein régime. Echec, on mate.

Et pour démentir les rumeurs qui commençaient à circuler à son sujet, le miraculé a fait hier une brève apparition publique, la première dans la capitale depuis les événements, pour parler, tenez-vous bien, d’une menace des Shebabs qui pèserait sur son pays. Pas un seul mot sur l’actualité on ne peut plus brûlante. Véritable exercice d’enfumage qui procède de la bonne vieille technique d’invoquer un péril imaginaire pour susciter l’unité nationale ? Allez savoir !

Pour autant, Nkurunziza et ses sicaires ne perdent rien pour attendre, la partie étant juste remise, et ceux qui aspirent à une vraie démocratie au Burundi auraient tort de baisser les bras. Car ils ont perdu une bataille, pas la guerre pour emprunter ses mots à un grand homme. La preuve, les manifestations ont repris, fût-ce au petit trot, les barricades sont de nouveau érigées, et la tension toujours à couper au couteau.

Retour à la case départ donc. Avec comme conséquence immédiate le report prévisible des élections législatives et des communales, initialement prévues le 26 mai, et sans doute de la présidentielle du 26 juin, car on ne voit pas trop comment un scrutin pourrait se tenir dans un tel climat insurrectionnel et alors que les réfugiés et les déplacés commencent à se compter par dizaines de milliers.

Mais par-dessus tout, c’est le danger d’une nouvelle déflagration interethnique que fait courir au Burundi la boulimie du pouvoir d’un homme. Car elles ne sont pas encore totalement cicatrisées, les plaies ouvertes par la guerre civile consécutive à l’assassinat en 1993 du président Melchior Ndadaye et qui avait causé quelque 300 000 morts en une dizaine d’années.

Du temps où il faisait les ATR et les roulades avec ses élèves, Nkurunziza n’aurait jamais rêvé d’un destin présidentiel, mais voilà que, parvenu au sommet grâce ou à cause des brûlures de l’histoire, il ne veut plus en redescendre. Il faudra bien cependant qu’il s’y résolve de gré ou de force, car si le coup de semonce de la semaine dernière n’a pas donné le résultat escompté, il pourrait y avoir d’une manière ou d’une autre une session de rattrapage. Et cette fois…

 

La Rédaction

Dernière modification lelundi, 18 mai 2015 08:39

Commentaires   

0 #1 Nobga 18-05-2015 08:01
"...il pourrait y avoir d’une manière ou d’une autre une session de rattrapage. Et cette fois…" Ce sera la bonne inch'Allah!
Citer

Ajouter un Commentaire

Recopiez le code dans la cage au bas du formulaire avant d'enregistrer votre message. Merci!

Code de sécurité
Rafraîchir

© 2011-2014 - Observateur Paalga - Tous droits réservés I Conception: CVP Sarl.