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Présidentielle guinéenne : Goutte-à-goutte électoral

C’est un procédé de micro-irrigation utilisé en zone aride. Il est aussi un dispositif médical qui permet la distribution régulée de médicament par voie parentérale, plus connu sous la forme de perfusion. Il s’agit ici de ce qu’on appelle communément le goutte-à-goutte. Mais il n’y a pas que l’agriculture et la médecine qui sont les domaines exclusifs de l’application de cette méthode détournée d’apport en substances.

 

En Afrique, depuis plus de trois décennies, la politique, notamment la période de traitement du suffrage, est devenue un nouveau champ d’application du goutte-à-goutte.

C’est le cas en Guinée où jusqu’à hier, on était toujours dans l’attente des premiers résultats de la présidentielle du 11 octobre dernier. Une attente aussi longue que stressante quand on sait que sept candidats opposés au président sortant, Alpha Condé, rejettent d’ores et déjà le verdict des urnes qui ne serait rien d’autre, selon Cellou Dalein Diallo et ses camarades, qu’une parodie électorale.

Alors que le peuple guinéen, inquiet et mémoratif de la grave crise postélectorale de 2010, s’interroge sur l’issue de ce nouveau bras de fer entre l’opposition et le pouvoir, le processus de compilation des voix avance, lui, à la godille. Tant ça rame, tels des galériens, pour acheminer les procès- verbaux des votes au niveau de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) en charge de la proclamation des résultats provisoires.

Insuffisance endémique en infrastructures routières et ferroviaires, état pitoyable du réseau de télécommunication, carence en logistique, et nous en passons. C’est dans cet univers de déglingue que pataugent les pauvres agents électoraux pour faire remonter des quatre coins du pays les procès-verbaux des décomptes des 14 000 bureaux de vote vers la capitale, Conakry, souvent au moyen de pirogue.   Besogneux ! Et dire que le résultat de tout ce boulot abattu dans des conditions dantesques est par avance remis en cause.

Cette misère électorale guinéenne n’est pas un cas isolé. Elle est symptomatique d’une Afrique, dans son ensemble, incapable, trente ans après le renouveau démocratique, d’offrir au monde une élection potable digne de ce nom.

Alors que dans les pays développés, les grandes tendances d’une élection sont connues dès la fermeture du bureau de vote et les résultats au cours de la nuit électorale, sur le continent noir, il faut attendre plusieurs jours, voire plusieurs semaines, l’aboutissement du vote avec son lot de contestations tous azimuts et ses risques de crises postélectorales.

C’est à se demander si ceux qui disaient que l’Afrique n’était pas encore prête pour la démocratie, et sur lesquels nous avons crié haro, n’avaient pas finalement raison quelque part.

La démocratie, ce n’est pas seulement la profusion de partis politiques ni l’inflation de candidats à la magistrature suprême. Ça va au-delà de ça. Il y a bien d’autres conditions qui la rendent véritable.

Quand à chaque échéance électorale, il faut tendre la sébile vers les partenaires techniques et financiers, on ne peut se prévaloir d’être prêt pour la démocratie.

Quand à chaque vote, il faut compter sur le matériel électoral venu de l’étranger, on ne peut se targuer d’être prêt pour la démocratie.

Quand, à chaque élection, il faut redouter les germes d’une crise postélectorale, c’est qu’on n’est pas encore prêt pour la démocratie.

Certes, la démocratie est un long apprentissage, dit-on. Pour cela, il faut donc y aller malgré les imperfections et autres handicaps.

Mais quand tous les rendez-vous avec les urnes tournent à un éternel recommencement, c’est qu’il y a problème.

 

Alain Saint Robespierre

  

Dernière modification lejeudi, 15 octobre 2015 20:24

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