Logo
Imprimer cette page

Esdras Ndikumana primé : Un Burundais à la une de la presse diplomatique

Esdras Ndikumana primé : Un Burundais à la une de la presse diplomatique

Esdras Ndikumana a été la vedette, hier lundi 11 janvier 2016, de la cérémonie de vœux au ministère français des Affaires étrangères.

Le correspondant au Burundi de Radio France internationale(RFI) et de l’Agence France presse(AFP) a, en effet, reçu le prix de la presse diplomatique francophone. Il devient ainsi le premier étranger à être honoré par cette distinction qui reconnait « sa compétence et son courage » selon les propres mots de Laurent Fabius, le chef de la diplomatie française.

C’est une récompense certes médiatique, mais ô combien politique ! Au regard des circonstances dans lesquelles elle intervient. En effet, le Burundi est englué depuis de longs mois dans une crise politique née de l’obstination d’un seul homme, le président Pierre Nkurunziza, qui, contre vents et marées, mais surtout en dépit de la constitution et de l’accord d’Arusha, a brigué et obtenu un troisième mandat à la tête de son pays.

C’est d’ailleurs dans ce contexte que celui dont des millions d’auditeurs de la Radio mondiale connaissent si bien la voix a été arrêté le 2 aout dernier alors qu’il était en train de couvrir l’assassinat du général Adolphe Nshimirimna avec toute l’impartialité et le ton mesuré que ses compatriotes lui ont toujours reconnu.

Séquestré et passé à tabac par des éléments du Service national du renseignement (SNR), le journaliste a frôlé le pire. Et jusque là, malgré les plaintes répétées de ses employeurs et les promesses de Bujumbura, ses tortionnaires courent toujours.

Alors il faut croire qu’au-delà du lauréat de ce lundi, c’est un clin d’œil qui est fait à la presse burundaise libre qui, il faut le dire, a payé et continue de payer un lourd tribut à cette crise. Intimidations, pressions de toutes sortes, violences et même meurtre sont devenus le lot quotidien des journalistes dont beaucoup, à l’instar du correspondant de RFI et de l’AFP, ont dû fuir leur pays pour tout simplement sauver leur peau.

Un véritable médiacide dans lequel le quatrième pouvoir se meurt à petit feu sous les coups de boutoir des dirigeants de cette satrapie qu’est devenue le Burundi.

A travers ce prix, c’est donc un message politique qui est envoyé à l’actuel titulaire du fauteuil présidentiel dont le programme de gouvernance s’articule autour d’un seul axe, violence et répression sauvage. Ce weekend les rues de Bujumbura ont vu couler beaucoup de sang, dont celui d’un jeune cameraman, le dernier en date d’une longue liste, abattu par la police selon certains témoins. Un dommage collatéral à en croire les forces de l’ordre.

Ainsi, pour un Esdras Ndikumana dont on s’occupe et se préoccupe du fait de sa notoriété et de ses connexions françaises, combien d’autres journalistes burundais souffrent dans l’anonymat ce martyr infligé par les soudards du régime ?

On comprend alors pourquoi le lauréat de ce lundi a tenu à partager sa distinction avec ses confrères « qui font un travail formidable sur le terrain, au jour le jour, même si on l’oublie parfois un peu. » Hélas.

 

H. Marie Ouédraogo

Dernière modification lemardi, 12 janvier 2016 06:43

Ajouter un Commentaire

Recopiez le code dans la cage au bas du formulaire avant d'enregistrer votre message. Merci!

Code de sécurité
Rafraîchir

© 2011-2014 - Observateur Paalga - Tous droits réservés I Conception: CVP Sarl.