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Haine antimigrants : L’Europe dans son aquarium d’ivoire, défendu par des requins

La mésaventure de l’équipage du C-Star ressemble en tout point à celle de pirates xénophobes. Le butin avidement recherché n’est pas matériel mais humain. Sous couvert d’une intention louable, « ramener le nombre de morts en mer à zéro », cela fait un mois que la trentaine de flibustiers remue « cales et mer » pour repousser vers l’Afrique les embarcations de migrants qui viendraient à l’abordage du « vieux continent ». Les militants voyagent à bord d’un chalutier de 40 mètres, acheté grâce à une collecte controversée sur Internet et au soutien d’ultra-conservateurs étasuniens. Le groupe français d’extrême droite Génération identitaire est à l’origine de la mission, baptisée Defend Europe et qualifiée de « recherche et de sauvetage identitaire ».

 

Le 7 août, des pêcheurs tunisiens ont réussi la prouesse d’empêcher le navire d’accoster dans le port de Zarzis, situé au sud du pays. Auparavant, le président de l’Association des marins avait annoncé : « Nous allons fermer le canal qui sert au ravitaillement. C’est la moindre des choses, vu ce qui se passe en Méditerranée, la mort de musulmans et d’Africains. » Valéry n’aurait pu en effet cauchemarder pire « cimetière marin ». Selon l’Organisation Internationale pour les Migrations, plus de 11 morts par jour se sont produites seulement depuis janvier 2017, suite à des naufrages survenus durant la périlleuse traversée méditerranéenne…

Beaucoup d’autres personnes de multiples nationalités auraient pu périr, si elles n’avaient été secourues à temps. Des 111 514 migrants et réfugiés arrivés par voie maritime en Europe depuis le début de l’année, un tiers à en croire les garde-côtes italiens, a été aidé par des navires affrétés par des ONG. Dans ces conditions d’urgence, l’intervention humanitaire se révèle essentielle, pour pallier les carences tragiques des services de secours européens.

Pourtant l’armada d’identitaires n’hésite pas à dénoncer des « contrebandiers humains », de mèche avec les passeurs. L’intimidation menée contre l’Aquarius, affrété par SOS Méditerranée et Médecins sans Frontières, s’inscrit dans cette logique. Le C-Star a beau prendre l’eau de toutes parts sous les révélations du passé tumultueux de son capitaine suédois en tant qu’armurier au large de Djibuti, les accusations de faux et usages de faux et l’exploitation comble de demandeurs d’asile tamouls, le boulet lancé contre les ONG a des chances de faire mouche, car il peut compter sur un redoutable allié idéologique: l’Union Européenne (UE).

La Libye est le champ de bataille principal sur lequel les ministres de l’Intérieur de l’UE ont jeté leur dévolu depuis des mois, préconisant « renforcer les capacités des autorités » à stopper l’hémorragie des voyageurs clandestins. Ils ont appelé ainsi à mettre en place un « code de bonne conduite des ONG », extrêmement contraignant, imposant notamment la présence de policiers parmi les sauveteurs.

Les pays membres, l’Italie en première ligne, n’ont pas tardé à se laisser emporter par le courant. Le 2 août, la police transalpine a osé arrêter la « Iuventa » de l’ONG allemande Jugend Rettet, soupçonnée d’avoir favorisé l’immigration illégale et le même jour le Parlement a autorisé une mission navale au large des côtes libyennes avec l’envoi de 7 navires de guerre. Autant de poissons-pilotes aux dents acérées ne craignant pas d’assumer le retour du colonisateur, ou bien des têtes de pont pour de futurs investissements ? La France s’apprête à y mettre son grain de sel, puisque le président Macron a récemment préconisé créer de véritables centres de tri de réfugiés directement à Tripoli.

Serions-nous en présence d’un nouveau type de commerce triangulaire, échangeant rétention des migrants contre aide au développement et récoltant en retour bénéfices économiques et politiques ? Des côtes de Lampedusa, de Sicile et de Calabre aux confins des Balkans, ce sont les mêmes écluses migratoires au fond que l’Europe tente de fermer. Au nom de la sécurité et de la préférence communautaires, celle qui par ailleurs se veut le chantre du libre-échange se mure dans un « aquarium d’ivoire », où tout ce qui avait éclairé ses Lumières se noie sous une déferlante de haine de l’Autre. Au mépris du droit humanitaire, sa défense est confiée à des « requins », qu’ils soient institutionnels ou particuliers, socio-démocrates ou néo-fascistes.

L’Europe oublie de se regarder dans le miroir le plus fidèle à son Histoire, que représente la Méditerranée. Sur ces rivages, mille peuples ont versé leurs larmes et vibré ensemble. Une ode au brassage des cultures chante dans ces vagues. Comment dès lors rester dignes, tandis qu’est souillée de sang humain la source libertaire d’inspiration qui avait fait écrire à Baudelaire : « Homme libre, toujours tu chériras la mer » ?

 

Alejandro Llopart Corzo

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