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100 jours d’Adama Barrow : Trop tôt pour dresser le…bûcher

« Attention au syndrome du messie ! » Tel était le titre de notre éditorial, prémonitoire, s’il en fut, paru le jeudi 26 janvier 2017. Jour même du retour triomphal à Banjul, sur fond de liesse, du président gambien nouvellement élu, Adama Barrow.

 

Ce dernier, on se rappelle, a été contraint à l’exil dans la capitale sénégalaise après l’annonce de sa surprenante victoire face au dictateur  Yahya Jammeh à l’issue de la présidentielle du 1er décembre 2016.

Il a fallu donc l’intervention de la CEDEAO, avec l’opération militaire « Restauration de la démocratie », pour que le nouvel impétrant, qui a dû prêter serment dans les locaux de l’ambassade de la Gambie à Dakar, regagne le bercail. Son prédécesseur, de guerre lasse, s’étant finalement résolu à débarrasser le plancher de la State House pour emprunter à son tour le chemin de l’exil.

« Le syndrome du messie », craignions-nous donc, car l’Histoire des peuples, de l’Antiquité à nos jours,  révèle qu’il n’y a effectivement pas loin du « Capitole à la Roche Tarpéienne », comme on le  prévenait au temps de la Rome antique.

Cela dit, la grande marée humaine qui a déferlé dans les rues de Banjul pour accueillir Adama Barrow le jour de son retour en disait long sur les attentes de ce peuple martyrisé  durant deux décennies de totalitarisme sous la férule du fantasque ex-tyran de Kanilai. Et celui qui arriverait à l’écarter du trône  ne pouvait vivre que ce que vivent  les rédempteurs présumés : répondre aux attentes ici et maintenant ou être voué aux gémonies.    

Hélas, Adama Barrow semble victime de ce syndrome du messie.

Hier dimanche 28 mai 2017, cela faisait exactement cent jours qu’il a effectué la session de rattrapage de sa prestation de serment au Stade de Banjul le 18 février après celle tenue à l’ambassade de son pays à Dakar.

Nonobstant les circonstances de son arrivée au pouvoir, il a été soumis au symbolique bilan des cents jours, une évaluation si chère aux nations démocratiques.

Ce fut une occasion pour, d’une part,  l’ancien parti au pouvoir, l’APRC, de lui faire porter à raison une couronne d’épines, et, d’autre part, ses nombreux compatriotes de bonne foi qui attendent encore les fruits du changement de faire l’inventaire des trois premiers mois du nouveau président. Et les comptes semblent se rejoindre.

C’est qu’exception faite de la liberté d’expression retrouvée, du retour du pays à la CPI (ce qui est tout sauf une priorité des Gambiens), de la libération de prisonniers politiques ainsi que du gel des avoirs de l’ancien dictateur, rien ne semble avoir véritablement évolué dans le vécu des populations.

Qu’il s’agisse des secteurs sociaux comme la santé, l’éducation et l’emploi, ou de celui des infrastructures ou encore de l’énergie, les vertus tant rêvées de l’alternance n’opèrent toujours pas.

Plus grave, le nouveau chef de l’Etat manquerait de vision, lui qui est arrivé aux affaires à la surprise générale si bien qu’on a l’impression qu’il n’est pas encore apte à exercer la plus haute charge de l’Etat. 

Faut-il pour autant charger le président Barrow du fardeau de cet immobilisme alors qu’il n’est pas arrivé au pouvoir une baguette magique à la main ?

Que voulez-vous qu’il fît en si peu de temps ?

 Certes on comprend l’impatience des Gambiens. Mais ces derniers doivent comprendre à leur tour qu’on ne nettoie pas les Ecuries de… Jammeh du revers de la main. Corriger  les laideurs des deux décennies de yayisme nécessitera beaucoup d’efforts, beaucoup de temps et par conséquent beaucoup de patience.  Et aussi beaucoup d’engagement des pays partenaires.

Sur ce dernier point, que ce soit à la communauté internationale ou à la CEDEAO, il faut rappeler qu’il ne suffit pas de chasser le tyran de Banjul pour que le pays tout entier s’en porte mieux. Il faut aussi et surtout assurer le service après-vente, c’est-à-dire  garantir au nouvel élu  toutes les conditions  nécessaires à la réalisation du changement tant attendu.  

Cela est d’autant plus vrai que le nouveau locataire de la State House a trouvé les caisses de l’Etat vides, siphonnées en partie par l’ancien président et, qui plus est, a hérité d’un pays paria de la communauté internationale, particulièrement de l’Union européenne qui lui avait coupé l’aide.  

Au regard de tout cela, il est donc  trop tôt pour indiquer au président Barrow  le chemin du bûcher.  Et ceux qui croyaient  que dès le lendemain de son accession au pouvoir on raserait gratuit doivent revoir leur chronogramme.

La Rédaction

Dernière modification lelundi, 29 mai 2017 08:51

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