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Elections en RDC : Kabila ou l’art de se hâter lentement

 Corneille Nangaa, le président de la CENI de la RDC Corneille Nangaa, le président de la CENI de la RDC

On savait déjà que les délais n’étaient pas tenables. Ne restait donc que l’officialisation de ce secret de polichinelle.

 

C’est chose faite depuis le weekend passé : Corneille Nangaa, le président de la CENI, Commission électorale nationale indépendante de la République démocratique du Congo (RDC), a mis les pieds dans le plat, affirmant que les élections générales ne pourraient pas se tenir avant le 31 décembre 2017.

C’était pourtant le deadline fixé par l’accord de la St Sylvestre conclu entre les différents protagonistes de la crise née de la fin, en 2016, de l’ultime mandat de Joseph Kabila Kabengué.

Principale raison invoquée par le maître d’œuvre de cette délicate architecture, le retard qu’accuse le recensement électoral, en partie dû à l’insécurité endémique dans certaines régions du pays, notamment dans les Kasaï, ces provinces en proie à un cycle infernal de violences depuis bientôt une année.

Un argument sécuritaire bien frêle qui a du mal à passer dans les rangs de l’opposition congolaise de plus en plus excédée. Et comment d’ailleurs cette date butoir aurait-elle pu tenir alors même que l’arrangement politique sur lequel elle devait s’adosser n’existe plus dans les faits ?

Laborieusement obtenue par la Cenco, Conférence épiscopale du Congo, ce compromis n’aura jamais été appliqué, puisqu’après avoir mis les prélats hors-jeu, Mobutu light s’est installé au centre du jeu, s’érigeant en arbitre tout acquis à la cause de son propre camp.

Alors, si le texte lui-même a été soigneusement détricoté, qu’en est-il de ses annexes ? Ainsi, bien avant que la question du calendrier électoral soit à l’ordre du jour, s’était posée la question de la nomination du Premier ministre. Un poste qui selon les termes de l’accord mort-né devait échoir à la vraie opposition. Au lieu de cela, il a été successivement concédé à Sami Badibanga et à Bruno Tshibala, deux opposants certes, mais conviviaux.

Quid du Comité de suivi de l’accord du 31 décembre qui devait naturellement échoir à Etienne Tshissekedi avant que l’opposant historique ne décède ? Depuis lors, pas de remplaçant, le pouvoir ne voulant pas se coltiner une personnalité dont le visage ne lui reviendrait pas.

De ce point de vue, la sortie du sieur Nangaa est un non-événement et il n’est même pas sûr que ce scrutin reporté sine die puisse se dérouler en 2018. A l’évidence, l’entière responsabilité de cette promesse électorale qui ne sera pas tenue incombe au régime qui, comme dans tous les pays qui se respectent, devait se donner les moyens d’organiser les élections à bonne date.

Et voilà que six mois sont passés depuis la fin du dernier bail du locataire du palais de la Nation et rien ne semble indiquer qu’il soit particulièrement pressé de se trouver un successeur, bien au contraire, toutes ses actions ne visent qu’un seul objectif : gagner du temps afin d’opérer, au moment opportun, le charcutage constitutionnel qui lui permettra enfin de briguer un autre mandat.

Car, à quoi bon organiser une élection à laquelle il n’a constitutionnellement pas le droit de participer ? Le voici donc engagé dans une véritable fuite en avant qui elle aussi aura une fin.

H. Marie Ouédraogo

Dernière modification lejeudi, 13 juillet 2017 08:57

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