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Crise libyenne : Le coq gaulois veut réparer ce qu’il a « gnagamé »

Les deux principaux rivaux libyens, le civil Fayez al-Sarraj et le militaire Khalifa Haftar avec Macron au centre Les deux principaux rivaux libyens, le civil Fayez al-Sarraj et le militaire Khalifa Haftar avec Macron au centre

C’est déjà un petit pas par rapport à la rencontre d’Abu Dhabi. Dans cet émirat pétrolier du golfe persique, le maréchal  Khalifa Haftar, qui contrôle l’est du pays et Fayez al-Sarraj, le chef du gouvernement d’entente  nationale (reconnu par la communauté internationale) s’étaient séparés début mai  sans parvenir à se mettre d’accord sur un communiqué conjoint. Le petit miracle se sera finalement produit hier à la Celle-Saint-Cloud  en région parisienne.

 

Sous l’égide du président Emmanuel Macron et des Nations unies, les deux hommes forts qui se disputent  la dépouille de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste comme on l’appelait  jadis  se sont en effet entendus  sur une feuille de route pour sortir -enfin- du bourbier dans lequel le pays est enlisé depuis la chute et la mort de Mouammar Kadhafi en 2011.

Un texte en dix points, qui s’inscrit en droite ligne dans l’Accord de Skhirat signé en 2015 et  qui prévoit notamment un cessez-le-feu, l’inclusion des différentes parties au conflit, la réinsertion des combattants dans une nouvelle armée réunifiée et, au bout du compte, l’organisation  d’élections générales entre mars et mai 2018.

Un petit pas donc  vers la sortie de ce long tunnel dans lequel la Libye se débat depuis maintenant six longues années. Mais pour  « historique » qu’il soit,  pour reprendre le mot du locataire de l’Elysée,  cet arrangement politique  est loin d’être un boulevard  qui mènera  à la paix. Macron ne se fait du reste pas d’illusion sur les obstacles qui joncheront ce parcours. « Beaucoup reste à faire. Les rivalités politiques et militaires risquent de mettre à mal ces efforts »,  prévient-il en effet.

Il faut de ce fait faire preuve d’un optimisme mesuré, surtout quand on sait que la déclaration conjointe a certes été agréée par les deux parties mais pas formellement signée, comme si elles se réservaient le droit de la dénoncer au moindre couac.    

Le plus difficile  dans cette affaire  pour que l’échafaudage tienne sera en réalité de faire respecter d’abord  le silence des armes par toutes les factions et milices dans ce grand bazar qu’est devenue  la Libye et où  Haftar et  al-Sarraj  règnent sur quelques arpents de terre  de ce territoire vaste de  1, 7 millions de kilomètres carrés.

En s’impliquant davantage dans la résolution de la crise libyenne, Paris cherche quelque part à payer une dette politique et morale ;  Nicolas Sarkozy, un peu pour des raisons personnelles, ayant choisi en 2010 de se jeter à corps perdu dans le conflit et de liquider Le Guide sans se préoccuper le moins du monde de ce que deviendrait ce conglomérat de tribus où les bédouins ne voient pas toujours plus loin que le bout de leur tente.

 Le coq gaulois veut donc  réparer ce qu’il a aidé à « gnagamer », entendez à mélanger. Et qui sait s’il ne dispose pas aussi pour l’avenir. Car un jour ou l’autre, il faudra bien reconstruire sur les ruines, et comme la diplomatie est  souvent au service des affaires, l’Accord de la Celle-Saint-Cloud pourrait bien être un cheval de Troie pour les multinationales françaises  sur ces sables  mouvants certes mais combien  riches en pétrole.

Mais  au-delà de Tripoli, Benghazi, Tobrouk, Syrte, Misrata et autres,  c’est la stabilité de toute une  région qui est en jeu,  le délitement de l’Etat libyen ayant contribué à mettre sens dessus-dessous  la bande sahélo-saharienne et une partie du Maghreb  voire de l’Europe. Car n’eût été cette déflagration, les narco-djihadistes n’auraient  peut-être pas fait aussi facilement main basse sur le septentrion malien et les routes de l’immigration clandestine auraient été mieux surveillées.

 

Ousseni Ilboudo  

Dernière modification lemercredi, 26 juillet 2017 12:36

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