Logo
Imprimer cette page

Assassinat de Mouammar Kadhafi : Nicolas Sarkozy, le bouc émissaire du FISPA

Assassinat de Mouammar Kadhafi : Nicolas Sarkozy, le bouc émissaire du FISPA

C’est une Lapalissade que de soutenir que l’assassinat du colonel Mouammar Kadhafi et la chute de son régime ont ouvert la voie à des crises majeures sur le continent ou les ont aggravées .

 

L’histoire ne s’écrit pas avec des « si », mais dans le déchirement de la Libye et l’invasion du Nord-Mali par de supposés djihadistes avec des épanchements dans les quatre autres pays du G5 Sahel, il y a forcément un « si Kadhafi était vivant », les choses seraient tout autre. Un si, conditionnel d’un grand regret du rôle d’homme fort de Kadhafi en Libye, gendarme du quasi-no man’s land des déserts sahéliens. Kadhafi occis, c’est comme un verrou qui a sauté au grand bonheur des groupes « djihadistes » comme AQMI et  le MUJAO qui tombèrent à bras raccourcis sur les pays du Sahel avec les armes pillées dans une Libye déchirée.

Pour le Front  international de la société civile panafricaine (FISPA), un regroupement d’associations de jeunes engagés pour défendre la dignité africaine, la démocratie et les droits de l’homme, l’ancien président français Nicolas Sarkozy est  le responsable de cette chienlit dans le Sahel. C’est ce qui ressort des conclusions de ses assises constitutives organisées ce 7 octobre à Bamako au Mali. Déduction de cette responsabilité présumée de Nicolas Sarkozy, une décision de porter plainte contre lui devant la Cour pénale internationale (CPI).

Il faut dire que cette volonté de porter plainte contre Nicolas Sarkozy pour déstabilisation de la Libye n’est pas une première. Avant le FIPAS, les « Clubs : penser la France », des associations de la société civile française, avaient imagé une pétition en ligne pour recueillir des signatures en vue de convaincre un collectif d’avocats français et étrangers de déposer une plainte contre  l’ancien président devant la CPI. Cette pétition a fait long feu sans qu’on sache pourquoi. L’initiative du FIPAS sera-t-elle plus convaincante avec plus de chances d’aboutir ?

Rien n’est moins sûr tant il est vrai que cette volonté relève davantage d’une mise en exergue des entraves extérieures à la prise en main du destin de l’Afrique par les Africains que d’une réflexion structurée, sous-tendue par des preuves qui peuvent prospérer devant un tribunal, qui plus est, la CPI. Dans cette logique, on se demande, primo, si le FIPAS a les preuves que Nicolas Sarkozy a donné l’ordre d’assassiner Mouammar Kadhafi.

Les rumeurs, les doutes et les fortes présomptions ne suffisent pas devant un tribunal ; secundo, à supposer même que ces preuves existent et soient en la possession du Front, le meurtre d’un chef d’Etat et la déstabilisation de son pays sont-ils des crimes susceptibles d’être connus de la CPI ? A moins que l’assassinat du Guide libyen et la perte de son régime n’aient été assimilés à un génocide, à un crime de guerre ou contre l’humanité !

Tertio, Nicolas Sarkozy avait-il agi de son propre chef en Libye ? La réponse est clairement non. A ce sujet, on rappellera opportunément que l’engagement de la France en Libye entre le 19 mars et le 31 octobre 2011 s’est fait sous le mandat de l’ONU et  avec l’appui d’autres pays dans la mise en œuvre de la résolution 1973 des Nations unies.

A ce titre, outre « l’opération Harmattan », nom de code de l’intervention militaire française en Libye, il faut signaler « l’opération Ellamy », portée par les Britanniques ; « Odyssey Dawn », lancé par les Etats-Unis ; « opération Mobile » du Canada et « United protector », porté par l’OTAN. On le voit bien, la France, et encore moins Nicolas Sarkozy, n’avait pas agi seule en Libye ; mieux, l’ONU avait donné son feu vert pour empêcher que le régime de Kadhafi noie dans le sang la révolte du peuple libyen inspiré du printemps arabe.

Cette onction onusienne aux interventions militaires qui ont perdu Kadhafi et son régime absout Nicolas Sarkozy de toute responsabilité intuitu personae. Même les pays qui ont envoyé des troupes et des armes pour combattre Kadhafi ne sont pas pénalement engagés devant la CPI, non seulement à cause du mandat de l’ONU mais aussi parce que certains d’entre eux, comme les Etats-Unis, n’ont pas ratifié le statut de Rome.

Nicolas Sarkozy, sur cette volonté du FIPAS de porter plainte contre lui au sujet de la Libye, peut donc dormir tranquille même si des rumeurs persistantes l’accusent d’avoir fait disparaître le Guide libyen pour l’empêcher de faire des révélations sur le financement occulte de sa campagne présidentielle de 2008. Cela suffit-il pour lui faire porter le chapeau de la disparition de Mouammar Kadhafi et de ses conséquences néfastes, notamment dans les pays du G5 Sahel ? Assurément non.

Comme on le  dit dans le jargon judiciaire, Tiken Jah Fakoly, parrain du FISPA, et ses filleuls devraient mieux se pourvoir. Leur volonté d’accuser Nicolas Sarkozy devant la CPI pour la déstabilisation de la Libye ne manque pas d’originalité dans le combat pour l’éveil des consciences pour l’indépendance totale du continent.

On peut même inscrire ce combat pour la dignité africaine, la démocratie et les droits de l’homme dans la continuité de ce qu’ont fait les poètes de la Négritude, les mouvements et autres partis politiques anticolonialistes  qui ont porté sur les fonts baptismaux, parfois dans le sang, l’indépendance des pays africains. Kwame Nkrumah, Patrice Lumumba, Amilcar Cabral, Thomas Sankara, Mouammar Kadhafi, et on en oublie, les progressistes, les panafricanistes et autres anticolonialistes seraient fiers de cette puissante extériorisation d’une nouvelle conscience africaine contre l’assujettissement de l’Afrique par les puissances colonisatrices.

Mais au-delà de cette éventuelle plainte contre l’ancien président français, le FISPA doit s’employer à balayer d’abord devant les portes de nos Etats africains. Un grand nombre d’entre eux reste soumis à la dictature d’antidémocrates notoires qui gèrent mal les ressources de nos pays, l’une des causes du sous-développement de nos pays. C’est connu, cette mauvaise gouvernance des pays africains est un terreau de la pauvreté endémique qui y règne, poussant des milliers de jeunes à l’aventure, souvent mortelle, à la recherche de l’eldorado au-delà des mers ou même à s’engager dans les mouvements « djihadistes » qui sèment la désolation ici et ailleurs. Qui a dit « avant de voir la paille dans l’œil du voisin, enlève la poutre qui est dans le tien » ?

La rédaction

Dernière modification lelundi, 09 octobre 2017 10:42

Ajouter un Commentaire

Recopiez le code dans la cage au bas du formulaire avant d'enregistrer votre message. Merci!

Code de sécurité
Rafraîchir

© 2011-2014 - Observateur Paalga - Tous droits réservés I Conception: CVP Sarl.