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Double attentat à Mogadiscio : Ce paradoxe bien africain

On est encore étonné que ce soit seulement dimanche que le grand public ait eu l’écho de la double explosion survenue la veille à Mogadiscio. Rien à voir donc avec la fulgurance médiatique avec laquelle certaines informations « planétaires » comme le décès de Michael Jackson, la naissance du prince George, le contrat stratosphérique de Neymar ont fait le tour du monde. Mais quand un carnage sans nom se déroule dans la Corne de l’Afrique, les médias perdent étonnement le sens de la réactivité.

On est encore plus interloqué par le caractère plutôt tardif des réactions car ce n’est véritablement qu’hier que le concert d’indignations s’est emparé de la planète entière. De l’UA à Washington en passant par New York au siège des Nations unies et Paris, chacun y est allé de sa gueulante et de son tweet pour manifester sa solidarité et sa compassion avec les Somaliens et condamner l’horreur qui venait de se produire deux jours plus tôt.

Car pour être horribles, ces attentats intervenus à quelques minutes d’intervalle le sont à n’en pas douter, en particulier celui intervenu au « Kilomètre 5» lorsqu’un camion bourré d’explosifs, que les policiers ont tenté vainement d’arrêter, a explosé. C’est ensuite un spectacle effroyable qui a été donné à voir : corps déchiquetés, bâtiments soufflés, véhicules calcinés. La cible n’a pas été choisie au hasard puisque ce carrefour, qui présente désormais un visage lunaire, était l’un des endroits les plus fréquentés de la capitale. D’où ce bilan qui fait froid dans le dos : 300 morts et autant de blessés. Un inventaire macabre sans doute provisoire, de nombreux corps étant encore sous les décombres.

Qui a bien pu commettre l’innommable ? Même s’il n’y a toujours pas de revendication officielle, les regards ne pouvaient naturellement se tourner que vers les Shebab, qui commettent depuis maintenant un quart de siècle des attentats presque quotidiens dans ce non-Etat de la Somalie. Un pays livré à lui-même dans l’indifférence quasi générale et que tentent de maintenir en vie les quelque 22 000 hommes de la mission de l’Union africaine (AMISOM). Mais visiblement les soldats de la paix ne peuvent pas grand-chose face à une bête immonde qui est d’autant plus difficile à traquer qu’elle n’agit pas à visage découvert.

  1. Vous avez dit 300 ? On a beau chercher dans les musées de l’horreur, excepté l’hécatombe du 11 septembre 2001 avec ses quelque 3 000 morts et, les attentats de Qahtaniya en Irak le 14 août 2007 (près de 800 victimes), difficile de trouver acte terroriste aussi meurtrier. A titre d’exemples, les attentats de Madrid, le 11 mars 2004,  "n’avaient fait que" 191 morts ; ceux de Paris, le 13 novembre 2015, "tout juste" 130 morts et l’attaque de l’université de Garissa au Kenya, le 2 avril 2015,  " seulement "148 morts.

C’est donc une tragédie qui restera longtemps gravée dans la mémoire des Somaliens et des Africains en général. Vous avez dit Africains ? On se demande en vérité si nous n’avons pas enterré depuis longtemps cet Etat qui n’existe que sur la carte, tant les réactions sont aussi inaudibles que rares. Où sont ceux qui sont si souvent prompts à aller marcher au bord de la Seine ou à écraser une larme devant la dépouille d’un toubab injustement fauché par la pieuvre tentaculaire djihadiste ? On se souvient en effet des images de six chefs d’Etat africains marchant aux côtés de François Hollande pour un hommage aux victimes de l’attaque contre le journal Charlie Hebdo. Certes, on ne demande pas à nos princes d’aller battre le pavé à Mogadiscio, où d’ailleurs leur sécurité ne sera pas assurée, on ne leur refuse pas non plus le droit d’aller exprimer leur solidarité en France ou à Navarre, on attend seulement d’eux qu’ils mettent fin à cette compassion sélective. Mais comme c’est souvent le cas, nos dirigeants savent si bien compatir aux douleurs des autres qu’ils en viennent à oublier les leurs.

Et comme toujours, il faut aller chercher ailleurs de vrais actes de solidarité, même symboliques, comme la décision prise par la maire de Paris, Anne Hidalgo, d’éteindre les lumières de la tour Eiffel la nuit dernière, ou plus concrètement le soutien médical que s’est empressé de proposer Ankara, dont Mogadiscio est l’un des alliés dans la région.

 

Hugues Richard Sama

Dernière modification lemardi, 17 octobre 2017 10:42

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