Menu
TANGUI IMMOBILIER SARL
FLASH INFOS

Zimbabwe : Le vieux Bob dans le couloir de… l’impeachment

Ceux qui avaient parlé de déni de réalité n’ont peut-être pas eu tort. En psychanalyse, cette expression désigne un mode de défense qui consiste à nier l’évidence d’une action perçue comme dangereuse ou douloureuse pour le Moi, qui se trouve ainsi protégé. Ce doit être l’option prise par le Robert Mugabe.

Pour avoir été mis théoriquement en joue par l’armée de son pays, qui refuse toujours de parler de coup d’Etat, désavoué par son parti, la ZANU-PF, qui l’a relevé de sa fonction de président, conspué par la population, notamment les étudiants qui ont marché hier à Harare, l’on pensait que le président nonagénaire tirerait toutes les conséquences de cette folle semaine zimbabwéenne. Mais non. Alors que tout le monde s’attendait à ce qu’il rende dignement le tablier dans son allocution tant attendue de dimanche soir, il est apparu sur le petit écran, entouré de la crème de l’armée, pour dire qu’il a compris les raisons de la colère de son peuple mais qu’il restait malgré tout à son poste. Le « camarade Bob » a aussi annoncé qu’il présiderait en décembre prochain le congrès de son parti dont il n’est pourtant plus le premier responsable. Allez y comprendre quelque chose.

A l’évidence donc papy Bob ne veut pas partir de lui-même comme le lui suggèrent avec insistance les différentes couches socioprofessionnelles de son pays. Et puisqu’il feint de ne pas voir le doigt qui lui indique la porte, ceux qui le ménagent depuis une semaine une sortie, malgré tout digne en raison de son passé glorieux, auront-ils d’autre choix que de le défenestrer ?

On s’achemine en tout cas vers cette solution. Et comme on aurait dit en Côte d’Ivoire, « aujourd’hui, c’est aujourd’hui » ou, en pidgin nigérian, « today na today ». Le vieil homme avait en effet jusqu’à hier midi pour quitter le pouvoir. Le deadline ayant expiré, c’est maintenant une procédure de destitution qui doit être enclenchée aujourd’hui même au Parlement. Voilà donc Bob qui, à 93 ans, se trouve, au soir de sa vie et de sa carrière politique, dans le couloir de l’impeachment dont on ne sait pas s’il en sortira indemne.

Déjà un projet de motion qui circule dresse un sévère réquisitoire contre le héros de la lutte pour l’indépendance, taxé désormais de « source d’instabilité du pays » et présenté comme responsable « de la chute sans précédent de l’économie ces 15 dernières années ». Et péché inexpiable s’il en est, il aurait « renoncé à son mandat constitutionnel » au profit de son épouse, Grace. Avec de telles charges qui pèsent contre l’accusé Robert, il lui sera difficile de se tirer d’affaire.

Mais quand bien même la procédure d’éviction serait engagée aujourd’hui et que la majorité l’emporterait à l’Assemblée et au Sénat, il faudra ensuite attendre la mise en place d’une commission mixte formée par les deux chambres du Parlement qui devra dire si le chef de l’Etat doit être destitué ou pas de ses fonctions pour incapacité ou violation de la constitution et pourquoi. Après quoi, sa décision sera soumise aux deux chambres et l’exécution politique du « dinosaure » ne sera prononcée que si les 2/3 des parlementaires votent oui.

On le voit, il faudra encore un peu de temps pour que cet impeachment à la zimbabwéenne aboutisse. Ce n’est donc pas demain que le vieux combattant poussé dans ses derniers retranchements quittera le palais présidentiel qu’il a occupé pendant 37 ans. Sauf si les militaires décident finalement de l’en déloger de force.

Mais une telle éventualité est-elle seulement envisageable après la déclaration faite par la Grande Muette  hier en fin de journée ? Alors qu’on s’attendait plutôt à un discours musclé de la soldatesque après cette duperie du camarade Bob, les nouveaux maîtres du Zimbabwe se sont contentés de remercier le peuple pour son sens de la discipline et ont appelé la population au « calme » et à la « patience ». Avant d’indiquer qu’un contact avait été établi entre Mugabe et son vice-président déchu, Emmerson Mnangagwa, le « crocodile », qui est déjà à l’affût pour prendre la place du « dinosaure ».

Tout se passe comme si la soldatesque redoutait les conséquences qui pourraient découler d’un putsch dans les règles de l’art et c’est peut-être pour cette raison que Papy fait de la résistance pour les pousser à la faute. Il faut pourtant sortir de ce drôle de pronunciamiento qui n’arrange pas le pays dont l’économie est déjà suffisamment exangue.

 

Hugues Richard Sama

Dernière modification lemardi, 21 novembre 2017 22:16

Ajouter un Commentaire

Recopiez le code dans la cage au bas du formulaire avant d'enregistrer votre message. Merci!

Code de sécurité
Rafraîchir

Retour en haut