Logo
Imprimer cette page

Infrastructures publiques : 502 chantiers en souffrance des milliards de perdus

Infrastructures publiques : 502 chantiers en souffrance des milliards de perdus

Chantiers abandonnés, infrastructures sinistrées du fait de la mauvaise réalisation ou inadaptées aux besoins réels. Ce sont, entre autres, les insuffisances relevées par la Commission d'enquête parlementaire sur la réalisation d'infrastructures publiques et l'acquisition d'équipements par les maîtrises d'ouvrage déléguées (CEP-MOD) qui a rendu ses conclusions le 7 décembre 2017.

 

C'est le 23 mai 2017 que la Commission d'enquête parlementaire sur la réalisation d'infrastructures publiques et l'acquisition d'équipements par les maîtrises d'ouvrage déléguées (CEP-MOD) a été créée, composée de 10 membres, soit 6 de la majorité et 4 de l'opposition. Elle avait, entre autres objectifs : vérifier la conformité de la réalisation des infrastructures et de l'acquisition des équipements par la MOD aux dispositifs législatifs et réglementaires ; vérifier l'état d'exécution des conventions approuvées de 2010 à 2016 ; relever les insuffisances et irrégularités liées aux MOD de 2010 à 2016 et situer les responsabilités des acteurs intervenant dans le processus.

Mais qu'est-ce que la maîtrise d'ouvrage déléguée ? C'est une technique par laquelle l'Etat recrute une personne morale de droit public ou de droit privé et met à sa disposition des fonds publics pour la réalisation d'ouvrages publics ou l'acquisition d'équipements. Avant cette formule, l'Etat réalisait directement lui-même ses ouvrages publics. C'est dans ce sens que l'agence Faso Baara a été créée en 1991. S'en sont suivis, pour des impératifs de libéralisation, d'autres agences publiques ou privées comme AGETEER, AGETIB, FOCUS SAHEL, SOGEMAB, SONATER, Faso KANU, AGEM, PLAN BURKINA...

Malgré le recours à celles-ci, la corruption et le laxisme limitent les bons résultats sur le terrain ; d'où l'enquête menée par les députés.

Selon le président de la commission, Moussa Tindano, 598 personnes représentant 109 structures ont été entendues dans les 13 régions du pays, et 166 infrastructures et équipements visités. Les incohérences constatées dans le fonctionnement des MOD sont nombreuses (voir encadré).

Conséquences : biens des infrastructures effondrées, des chantiers abandonnés et des réalisations de qualité douteuse : ainsi, 502 chantiers en souffrance ont été enregistrés, et sur un échantillon de seulement 11 ouvrages, l'Etat a subi un préjudice de plus de 5 milliards de nos francs et 2,5 milliards sous forme de pénalités liées à la mauvaise réalisation des infrastructures, soit un total de plus de 7 milliards.

«Cette situation illustre à souhait l'irresponsabilité et l'inconséquence des acteurs qui interviennent dans le processus de réalisation des ouvrages publics. Elle interpelle au plus haut point non seulement la représentation nationale mais aussi la communauté entière à une prise de conscience collective afin qu'il soit légué non seulement à la génération présente mais aussi à celle future des infrastructures de qualité», ont souligné les enquêteurs avant de noter : «Les infrastructures ne durent pas dix ans, néanmoins les efforts d'investissement qui engloutissent de plus importantes ressources que celles réalisées depuis l'indépendance, par les ONG et certains partenaires, résistent au temps et aux intempéries.»

Les parlementaires ont formulé 21 recommandations dont : la réalisation d'un audit technique, financier et comptable de la MOD au Burkina Faso, l’institution d'un contrôle du contrôle, l'apurement du passif de la MOD et l'application des sanctions.

 

Abdou Karim Sawadogo

 

 

 

Encadré

Les goulots d'étranglement des MOD

 

- L'inexistence de dispositions pour la mise en concurrence entre MOD publics et MOD privés ;

- l'obligation faite aux MOD de publier les avis d'appel d'offres dans la revue des marchés publics, ce qui fait qu'elles ne maîtrisent pas le temps mis à sélectionner leurs prestataires ;

- l'absence de constitution de garanties par les bureaux de contrôle ;

- l'inadaptation des plans types nationaux à toutes les situations géographiques ;

- le principe de l'annualité budgétaire alors que certains projets s'étalent sur plusieurs années ;

- l'insuffisance de l'avance de démarrage de 30% du montant de la convention ;

- le principe du moins-disant,   ce qui entraîne des offres anormalement basses qui jouent sur la qualité des ouvrages et des équipements ;

- l’application des sanctions aux prestataires et non aux MOD.

 

 A.K.S.

Commentaires   

0 #2 Sacksida 09-12-2017 14:51
Alors, « 502 chantiers en souffrance, 57 entreprises épinglées, plus de 7 milliards jetés par la fenêtre ». Ces faits qui sont concrets et en plus d’autres précédemment constatés sont la preuve palpable que la mauvaise gouvernance ou la mauvaise gestion que les citoyens n’ont cessé de dénoncer depuis des années sont loin d’être une vue de l’esprit. Comment un pays comme le Burkina Faso dont les ressources sont limitées, et qui est ployer sous le poids de l’endettement peut-il être autant legé dans l’utilisation des ressources financières ? Du reste, l’économie c’est quoi en réalité ? Lorsqu’une personne, un agent économique ou l’état même utilise une partie de son argent pour faire des dépenses qui doivent être judicieuses et qu’il arrive à sauvegarder l’autre partie dans sa caisse ou à la banque, on dit qu’il fait de l’épargne ou une économie. De plus, dans le cas du Burkina Faso, quand trois cent mille (300.000) personnes en gros pompent à eux seules en matière salariale 45% du budget de l’état sur 18 millions de personnes où se trouve la justice et la solidarité nationale ? Mais bref ! Il faut dare dare appliqué des sanctions fermes à tous ceux qui sont coupables dans cette gabegie ou ces crimes économiques. Courage et Salut !
Citer
0 #1 Megd 08-12-2017 05:04
Tant que les délinquants ne seront jamais condamnés,

Tant que la justice se montrera laxiste,

Tant que le politique s'immiscera dans les affaires avec des prêtes noms, ce phénomène continuera.

Il ne suffit pas d'attraper les alevins pour laisser les gros poissons.
Citer

Ajouter un Commentaire

Recopiez le code dans la cage au bas du formulaire avant d'enregistrer votre message. Merci!

Code de sécurité
Rafraîchir

© 2011-2014 - Observateur Paalga - Tous droits réservés I Conception: CVP Sarl.