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Marche-meeting du Balai citoyen : Un mouvement brisé par une police

Marche promise, marche entreprise, et ce en dépit du refus catégorique des autorités municipales bobolaises d’ouvrir l’esplanade de la mairie au Balai citoyen pour sa marche- meeting du samedi 28 juin 2014. Et comme il fallait s’y attendre, le mouvement entamé par les jeunes manifestants depuis la station Shell route de Bindougousso n’a pu aller à son terme en raison d’une intervention musclée de la police, laquelle a d’ailleurs fait des blessés, dont un bébé de 24 heures. Retour sur une matinée cauchemardesque pour les habitants de Farakan, ce vieux quartier qui fut le théâtre d’affrontements entre policiers et manifestants du jour.


Lors de son point de presse à seulement quarante-huit heures de cette marche-meeting, le maire de la commune de Bobo, Salia Sanou, n’avait pas caché son antipathie pour le Balai citoyen. Un mouvement qu’il a d’ailleurs qualifié de partisan et de politique (cf. L’Obs. du vendredi 27 juin 2014).

Des propos qui n’étaient pas pour arranger les choses dans cette atmosphère déjà tendue entre les deux parties suite  à la fin de non-recevoir adressée par l’édile de Sya aux responsables du Balai citoyen et les invitant à surseoir à leur mouvement d’humeur. Mais face à la détermination des jeunes à investir les rues de la capitale économique à la date indiquée,  une réunion d’urgence fut convoquée la veille, c'est-à-dire le vendredi 27 juin dans l’après-midi, par la haut-commissaire de la province du Houet, Nandy Somé.

Rencontre à laquelle ont pris part des responsables de la police et de la gendarmerie, le maire de la commune et son directeur de cabinet ainsi que des représentants du Balai citoyen.

Mais la médiation engagée par la haut-commissaire a accouché d’une souris, a constaté avec amertume  le coordonnateur du Balai citoyen qui a déclaré : «Nous avons envoyé une première correspondance au maire le vendredi 20 juin pour lui signifier notre désir de tenir un meeting sur l’esplanade de la marie le 28 juin. Et c’est au moment où nous étions en train d’animer une conférence de presse le mercredi 25 dans l’après-midi qu’un coup de fil de la mairie nous apprenait que la réponse à notre lettre était disponible. Le temps de finir cette conférence, il était presque 18 heures. Et c’est le lendemain jeudi à la première heure que nous sommes allés récupérer le courrier, qui disait que nous n’étions pas autorisés à tenir notre manifestation sous prétexte que le site était déjà attribué à une association pour une cérémonie de remise de don. Immédiatement, nous avons repris la lettre et changé l’heure de tenue de l’activité. Et lorsque nous avons déposé cette deuxième lettre, on nous a fait savoir que nous étions hors délai. Nous avons alors compris qu’il y avait une volonté manifeste d’empêcher ce mouvement. Malgré tout, nous avons fait de nombreuses concessions lors des négociations chez la haut-commissaire, allant même jusqu’à décaler l’heure de la marche, ou encore en  invitant le maire lui-même à indiquer un autre site où il pouvait nous recevoir. Il est resté ferme sur sa position, déclarant que nous pactisions avec l’opposition. Nous avons alors décidé d’aller contre sa volonté parce que nous savons que la loi nous autorise à manifester», a expliqué Kaba Alexandre Diafodé.

Les enfants victimes collatérales

Ainsi donc, les négociations entreprises par Nandy Somé pour trouver un terrain d’entente entre Salia Sanou et le Balai citoyen  aura été un échec. Ce samedi 28 juin était désormais plein d’incertitudes avec un risque d’affrontements entre des autorités municipales qui disent vouloir appliquer la loi dans toute sa rigueur et des manifestants qui disent être dans leur droit. Toutes les conditions semblaient alors réunies pour une chaude journée.

Et dès les premières heures de la matinée, la mairie a été investie par une escouade de policiers. Des forces de sécurité qui se devaient également de suivre minutieusement tous les mouvements aux alentours de la mairie, de sorte à éviter d’éventuels regroupements de jeunes. Un dispositif sécuritaire qui n’était pas sans conséquence pour les nombreux usagers de la route, lesquels ont été soumis à des détours pour pouvoir rejoindre le marché central ou leurs services.

A environ deux kilomètres de là et plus précisément au niveau de la station Shell de Bindougousso, des jeunes visiblement révoltés contre le conseil municipal continuait à scander des slogans hostiles au maire de la commune. Et c’est le maire Salia Sanou qui était nommément pris pour cible par les manifestants, qui l’accusaient de non-respect de ses engagements dans des projets d’éclairage, de bitumage, d’assainissement, de construction d’infrastructures, etc., annoncés à grand renfort de publicité et qui sont restés sans suite.

Parti de leur point de ralliement, le boulevard de l’indépendance, peu avant 9 heures, les  «citoyens balayeurs» ont arpenté ensuite l’avenue Sakidi-Sanou et rejoint la mairie centrale. Mais ils seront stoppés dans leur mouvement à environ cinq cents mètres de leur destination finale par des équipes de la CRS embusquées dans leur véhicule et qui constituaient un mur infranchissable. Des policiers visiblement très tendus et qui ne supportaient plus de voir les marcheurs franchir la ligne rouge qu’ils semblaient s’être fixée.

Les marcheurs étaient juste au niveau du terrain Wara Wara quand soudain les gaz lacrymogènes commencèrent à pleuvoir. L’épaisse fumée suffoquante et insupportable qui se dégageait n’épargnera personne. Pas même les écoliers de l’école Farakan, des mômes venus pour les manifestations entrant dans le cadre des fêtes de fin d’année et qui ont fait les frais de ces tirs de grenades lacrymogènes à outrance. Certains se sont évanouis et d’autres, pris de panique, se sont blessés dans leur fuite. Pris aussi de panique et arrivés précipitamment sur les lieux étaient ces nombreux parents à la recherche de leurs rejetons.

L’équipe d’enrôlement de la CENI installée dans les locaux de cette école s’est vu, elle aussi, obligée d’interrompre ses activités pour trouver refuge dans un domicile à proximité. Et pendant ce temps, la course-poursuite entre policiers et manifestants ne faisait que s’accentuer, mais cette fois dans les ruelles de Farakan. Des concessions seront même visitées par des éléments de la CRS qui faisaient usage de gaz lacrymogènes à tout bout de champ.

C’était pratiquement le sauve-qui-peut dans le quartier. Mais pas pour cette femme et son bébé de 24 heures qui s’étaient refugiés dans leur chambre et qui ont reçu, malgré tout, leur dose de lacry.  Une situation qui a  irrité la famille et ensuite de nombreux habitants du quartier. Des jeunes sont d’ailleurs sortis nombreux se joindre aux manifestants pour exprimer leur ras-le-bol par des jets de projectiles face à des policiers surexcités et qui faisaient dans la démesure.

Fort heureusement, tout cela ne sera que de courte durée, des personnes-ressources du quartier étant intervenues pour calmer les esprits et inviter les «révoltés» à regagner leur domicile.  Progressivement le calme va revenir malgré l’omniprésence des forces de sécurité, qui continuaient à quadriller le quartier. Au moment où nous quittions les lieux, en fin de matinée, on ne déplorait fort heureusement aucune perte de vie humaine, seulement des blessés légers conduits à l’hôpital et libérés quelques instants après.

Jonas Apollinaire Kaboré

 

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