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Démissions en cascades au MPP: «Le parti a été plutôt déparasité» (Dr Emile Paré)

Il était essoufflé, ses griffes étaient devenues moins acérées, le «Chat noir du Nayala» puisque c’est de lui qu’il s’agit était devenu presqu’une espèce en voie de disparition dans la faune politique burkinabè.  Pire, il avait été même atteint par l’explosion de l’OBU (l’Opposition burkinabè unie) qui avait coûté quelque 30 millions de FCFA en 2004. Et voilà qu’avec l’arrivée du MPP et à l’instar de l’emblème de son nouveau parti, un soleil nouveau s’est levé  pour Emile Paré  qui, tel un sphinx,renaît de ses cendres. Il est désormais le secrétaire à la formation politique et civique du Mouvement du peuple pour le progrès, le parti des RSS.  Le volubile Emile Paré, dans cette interview qu’il nous a accordée le mardi 9 septembre 2014 à L’Observateur, sans détour, revient sur son nouvel engagement, la  situation politique nationale, le projet de référendum sur  l’article 37 et les supposées ou réelles  bisbilles entre Roch, Simon et Salif. Mais aussi sur les récentes  démissions en cascades au MPP qui ne seraient, selon lui, que la résultante du processus de purification et de décantation entamée par le parti depuis son congrès constitutif. Le parti aurait été  plutôt  expurgé et même déparasité des taupes, des opportunistes et des chercheurs de postes.   Lisez plutôt le diagnostic du Dr Emile Paré sur l’état du Faso et la médication qu’il prescrit pour ce grand corps malade.  



Lors de votre dernière conférence de presse, certains de vos militants s’en sont pris à un journaliste qui aurait posé une question «bête» à leur goût. Vous qui êtes le  responsable à la formation politique et civique,  que pouvez-vous faire pour que vos  conférences de presse ne se transforment pas en meeting ?

• C’est vrai, la conférence de presse est une rencontre entre des leaders d’opinion et les journalistes.  Mais les gens pensent qu’il faut 20, 100 militants à une conférence de presse pour que l’on dise qu’elle a réussi. Vous avez vu quand la question a été posée par le journaliste et que  les militants ont commencé à crier, c’est moi, en tant que secrétaire à la formation politique et civique,  qui me suis levé pour aller dire que le militant qui réagirait encore à une question de la presse, je le mets dehors. Depuis cette mise au point, la presse a continué à poser ses questions sans problème. Nous allons revoir tout car  on n’est pas obligé de faire venir les militants. Je crois qu’on va mieux s’organiser pour éviter de tels débordements.   

Vous avez déménagé avec armes et bagages au MPP. La greffe a-t-elle pris ? Y avez-vous trouvé votre compte  au contraire d’autres qui ont déjà quitté le navire ?

Beaucoup ont dit qu’Emile Paré a déménagé avec armes et bagages au MPP, puisque j’étais depuis longtemps  de ce courant qui a créé le MPP. Si vous voyez un peu la direction du MPP, ce sont des gens que j’ai côtoyés dans le mouvement étudiant.

En intégrant le MPP, le chat noir du Nayala a-t-il retrouvé ses griffes qui étaient devenues moins acérées ?  

Il faut le dire, j’étais un peu essoufflé, mon parti aussi mais cela est dû aux attaques acerbes de l’adversaire contre ma personne, mes camarades et mon parti. Dans une dynamique politique, nous avons à la création du MPS dit que nous sommes prêts à fusionner avec tout parti qui a la même option humaine et idéologique que nous. Et aujourd’hui, mon  parti est intégré dans la direction politique jusqu’au sommet et je crois que la mayonnaise a bien pris.

Le MPP est traversé ces derniers temps par des vagues de démissions de militants qui retournent au CDP. Selon eux, ce que d’aucuns avaient dès sa naissance qualifié de CDP bis reproduit les mêmes tares de la majorité. Fadaises que tout ça, dites-vous à l’envi.

Le parti n’a que six mois et je ne vois pas  vraiment comment quelqu’un peut démontrer que ça fonctionne comme au CDP ? Quelle tare ils ont dénoncée ? Aucune. Nous sommes actuellement dans la phase de la structuration du parti, nous avons émis des directives sur l’ensemble du territoire. Nous avons convenu de façon originale du centralisme démocratique et de la démocratie centralisée.  
Nous avons décidé que le parti sera structuré de haut en bas. Ce qui veut dire que c’est le bureau exécutif qui va désigner les trois premiers  responsables de la fédération, c'est-à-dire ceux qui vont présider les régions. Ces fédérations vont désigner les trois premiers d’une province, les secrétaires généraux, qui vont désigner les trois premiers des sous-sections, notamment les SG et les SG adjoints, qui par la suite vont  désigner les responsables au niveau des villages. Il s’agit d’un système pyramidal. Vu que nous n’avons pas de militants a priori, donc je ne vois pas  sur quelle base les démissionnaires peuvent prétendre être des militants du parti.

Mais les trois ténors sont partis avec des vagues de CDpistes entières. Donc, on peut dire que  ce sont vos  militants.

• N’ayant pas encore de cartes de militants, nous disons scientifiquement qu’ils ne sont pas encore militants puisqu’il y a des critères pour cela : avoir une carte de militant, adhérer aux statuts et règlement intérieur, au programme et militer dans une des organisations. Mais pour le moment, le parti n’a pas de militants au sens  propre.  C’est pour cela que nous avons refusé ça. La deuxième remarque que nous avons faite,  c’est parce que le MPP vient comme une fracture très importante au sein du parti majoritaire le CDP, pour ne pas dire qu’ils ont tué le CDP. Donc, il y a en commun tout un tas de monde, des opportunistes, des chercheurs de poste. C’est un grand qui l’a dit, à tout changement qualitatif, il accourt tout un tas de monde et c’est dans le processus qu’il y a la décantation et la purification.  C’est de cela qu’il s’agit.

Donc si on vous suit bien, autant ceux qui sont partis ne sont pas vos militants, autant ceux qui sont toujours là ne sont pas des militants en plus ?

• Mais c’est ce que nous disons. C’est pour cela que nous disons actuellement que tant que tu n’as pas eu la carte de militant, tu es au stade de pré-militants. Nous sommes tous des pré-militant. Mais moi, j’ai ma carte en tant que membre de la direction politique ;  j’ai payé 10 000 F CFA  pour avoir ma carte, il en est de même pour tous les membres du bureau politique. Nous sommes dans un processus et c’est pour cela que les démissionnaires n’ont pas pu brandir de cartes.   

Qu’à cela ne tienne, les démissionnaires ont dénoncé les mêmes tares qu’Emile Kaboré qui, lui-même, n’a pas fait 3 mois au MPP.
 • Quelles tares ?

Les compétitions entre les leaders, le manque de liberté, de démocratie interne…

• C’est faux. Emile Kaboré est resté à la porte du MPP, il n’est même pas venu au congrès. Le concernant, c’était  une question de divergence au sein de son ancien parti, la CNPB au sujet de  la désignation des membres pour faire partie de la direction politique du MPP. La préférence est allée à Pierre Tapsoba, Boly Moussa et un autre. N’étant pas choisi, il a décidé de ne pas aller à la fusion. Il n’est même  pas entré au MPP, il est resté à la porte et il crie. Quant aux démissionnaires,  où est-ce qu’il y a l’absence de démocratie pour qu’ils se plaignent ? En réalité, la situation actuelle nous permet de voir tous ceux qui sont des opportunistes, des infiltrés, des chercheurs de postes.  Et quand les gens parlent de divergences au sommet, de quelles divergences s’agit-il ? Le camarade Salif Diallo a animé  la dernière  conférence de presse  alors qu’on dit qu’il n’est pas là.  Le parti fonctionne, la dernière fois,  Salif et Roch étaient à Abidjan pour discuter avec ceux qui veulent un dialoguisme inutile mais Simon a présidé la réunion en leur absence. Le parti fonctionne actuellement de manière démocratique.
On dit souvent qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Le parti n’aurait-il pas intérêt à méditer certaines des critiques au lieu de les balayer toutes du revers de la main ?

• Je vous dis qu’il s’agit d’une stratégie de liquidation du MPP dès sa naissance, ourdie par Blaise Compaoré, le CDP et la FEDAP-BC. Il ne faut pas se faire des illusions si vous avez bien lu la récente interview du président à Jeune Afrique. Il dit que les gens sont libres d’adhérer à des partis, d’en démissionner et d’y revenir. Difficile d’être plus clair, c’est  la méthode Blaise.  

Mais pourquoi s’en priverait-il après le tour pendable que ses anciens fidèles lui ont fait ?

• Le SG du CDP a dit qu’il y aura des gens qui vont  revenir et même de gros bonnets et toute cette dynamique a commencé par Ouaga. Est-ce que  vous trouvez sérieux de faire venir un militant de Banfora aux fins de donner une conférence de presse dans un hôtel à Ouaga pour dire qu’il a démissionné.  Est-ce que c’est sérieux que des militants qui viennent  de Pabré, à 25 km de Ouaga,  prennent  un hôtel ici et fassent une conférence de presse à Ouaga pour dire qu’ils ont démissionné ? Et ensuite, ils ont dit que d’autres démissions allaient suivre ; le lendemain, ce fut Bobo, Ouaga. C’est une stratégie montée par le CDP  mais au  MPP, on s’y attendait.  

Mais puisque vous vous y attendiez, quelle stratégie avez-vous développée pour l’atténuer ?

• Nous sommes de grands stratèges politiques et de grands tacticiens. On ne va pas dévoiler nos stratégies en  public. Nous avons déjà développé une stratégie pour les contrer. Mais pourquoi d’ailleurs c’est le MPP qui est l’objet  d’acharnement du CDP ? Ils n’ont qu’à débaucher des militants de l’UPC ou d’autres partis.
Si un militant quitte mon parti, va dans un autre  et revient après, je le chasse.   

Admettons qu’il y ait un processus de déstabilisation,  votre président ayant  déclaré même que les démissionnaires sont l’œuvre «des officines secrètes» du CDP. Il doit savoir de quoi il parle. Ce sont de nouvelles officines ou ce sont celles qu’il a laissées quand il quittait le CDP ?

 • Notre président connaît les méthodes du CDP,   c’est évident, il doit en avoir géré. Moi-même j’ai été victime des démissions quand j’étais dans l’opposition. Roch, Simon et Salif  ont dit au congrès qu’ils font leur mea-culpa au peuple burkinabè pour les erreurs et les fautes commises politiquement et qu’ils sont comptables des insuffisances et des acquis du régime. Donc ils sont conscients que dans la méthode CDP, il y a des officines pour déstabiliser les autres partis mais peut-être que depuis leur départ, ces officines se sont restructurées. Et aujourd’hui, ils ne savent pas en quoi  consistent ces officines.

Quand on entend Salif Diallo parler aujourd’hui de déstabilisation, «d’intestins fragiles» au sujet des démissionnaires, ça fait sourire car lui-même, du temps de sa «toute-puissance», n’hésitait pas, dit-on, à appâter les «intestins fragiles» pour… fragiliser l’opposition. Vous êtes bien payé si on ose le dire pour le savoir avec l’affaire dite des 30 millions qui a fait exploser l’OBU en son temps.  

• Les gens ont une lecture autre de l’action de Salif Diallo. Du point de vue de la démocratie libérale, c’est normal de déstabiliser les adversaires. Moi, si je peux faire sortir Blaise Compaoré du CDP pour le MPP, je ne m’en priverai pas.  Il donne des conditions, si je peux y répondre favorablement... Je cherche toujours à faire venir de hauts dirigeants du CDP au MPP. Actuellement, je suis en contact avec certains, je leur démontre qu’il faut venir parce qu’aujourd’hui, il n’y a rien au CDP. Qu’ils laissent François et sa FEDAP-BC et nous rejoignent dans la lutte historique pour l’alternance en 2015.  

On vous a quand même déstabilisé puisque l’OBU a explosé et avec Laurent Bado vous êtes devenus «chien et chat».

• On ne m’a pas  déstabilisé  puisque je suis resté à l’opposition. Dans l’affaire des 30 millions, je n’ai rien perdu.  Ils ont réussi à déstabiliser l’OBU. En quittant le parti du Pr Joseph Ki Zerbo, le PDP, j’avais  dit que j’ai glissé, j’ai titubé, j’avais peut-être  commis des fautes mais je ne suis pas tombé. Je crois qu’aujourd’hui, le peuple burkinabè comprend ma position. Je défie quiconque de dire que depuis l’affaire des 30 millions, Emile Paré a changé de position politique et idéologique. Mieux, j’ai affronté le président Blaise Compaoré aux élections présidentielles en dépit de cette déstabilisation. Mais voyez, Laurent Bado a tout perdu, tous ses députés sont partis, lui-même n’a pas pu être candidat après, mais Emile Paré est toujours resté dans sa ligne. Ce que les gens oublient, l’OBU était un regroupement de partis politiques, et non un parti politique, qui voulait répondre aux attentes du peuple, lequel  pensait qu’il y avait trop d’émiettements. C’est cette volonté qui nous a amenés dans cette faute que j’ai eu à commettre avec l’OBU. Je suis désormais un intégriste politique  et si je devais recommencer, je ne m’allierais plus avec quelqu’un qui n’a pas les mêmes options politiques et idéologiques que moi.

Certains estiment que depuis la création du MPP, c’est pardon par-ci, mea culpa par-là… Ce n’est pas trop facile à votre avis pour absoudre les péchés et les fautes ?

• J’ai commis une faute et je demande pardon. Vous voulez  que je dise quoi d’autre ? Maintenant, dans la mise en œuvre et la suite du pardon, il ne faudrait pas faire comme Blaise Compaoré et sa suite dans leur faux pardon du 30 mars parce qu’ils sont retombés dans les mêmes travers. Au MPP, il y a  certes eu le pardon mais nous sommes en train de veiller au grain pour que ce pardon soit suivi maintenant de comportements aux antipodes des pratiques antérieures.  

Ce sont les RSS, comme on dit, qui ont créé leur affaire avec les «75  historiques», c’est eux qui ont les moyens et qui savent sans doute où ils veulent aller…Dans ces conditions, tout le monde a-t-il vraiment voix au chapitre ?  
• Ce n’est pas un parti de moyens. Je peux vous révéler que depuis que je suis au MPP, on ne m’a jamais donné 5F.  Nous sommes en train d’installer les structures sur l’ensemble du territoire national sans une contribution expresse du parti. Ce sont les militants engagés dans leurs provinces respectives qui le font. Au Nayala, par exemple, ce sont les moteurs tels que Dieudonné Bonané,  Toé Jean Yado,  Emile Paré, Zan André, Toé Pierre… avec d’autres camarades qui s’organisent pour mettre en place les structures. Il en est de même dans d’autres provinces. La question d’argent, de financement n’est même pas encore posée. Vous pensez réellement que c’est sur la base de l’argent des RSS que nous allons construire le parti ? D’ailleurs, je n’aime pas trop ce sigle c’est vous qui l’avez inventé sinon chez nous, il n’y a pas de RSS. Il n’y a pas d’hommes forts au MPP, il n’y a que des institutions fortes. Roch  n’est pas fort, Salif n’est pas fort, Simon n’est pas fort, Emile ne l’est pas non plus. Ou alors  Roch, Salif, Simon, Emile sont tous  forts… tout le monde est fort chez nous. En fait, les RSS ont créé  et accompagné le parti mais aujourd’hui, depuis le congrès,  il n’y a plus de RSS.

Lundi vous étiez au siège du PDC de Saran Serémé que l’on s’attendait à voir rejoindre le MPP lors du congrès constitutif. Allez- vous bientôt accueillir votre sœur,  elle, une ancienne du CDP, qui a démissionné avant les RSS.

• Pour les alliances, c’est le camarade Jean Marc Palm, vice-président du parti, qui dicte la politique. Nous avons construit une route que nous sommes en train de suivre. On ne se lève pas le matin pour adhérer au MPP comme si c’était au CDP.
Nous avons deux types de rapports d’ordre démocratique  avec tous les partis qui se réclament de la démocratie oppositionnelle  (UPC ; ADF/RDA…) et  des rapports d’ordre politique et idéologique avec les partis qui sont de la grande famille social-démocrate et du socialisme. Saran en fait partie comme l’UNIR/PS ; le PDS/Faso Metba, le FFS... Nous entretenons des rapports dynamiques avec tous ces partis pour voir comment nous pouvons réaliser l’alternance en 2015.
Donc Saran est une alliée objective  du MPP. Il  y a eu des discussions avec elle pour voir comment on peut fusionner mais les tractations n’ont pas abouti et c’est normal. C’était la même chose avec le RDS du Dima de Boussouma mais nous avons gardé de bons rapports. Et c’est la même chose avec le PDS et bien d’autres partis. Saran entre dans ce cadre.
Nous irons ensemble à la conquête du pouvoir en  2015. Soit dit en passant, les gens parlent de Kosyam mais moi je dis plutôt la conquête de Koulouba. Mais ça va être tranché après. Kosyam sera un zoo que vous irez visiter.

Décidemment, vous aimez  revenir en arrière chaque fois.
 • Si vous allez aux Etats-Unis, la Maison-Blanche est petite depuis 200 ou 300 ans. A L’Elysée, au Quai d’Orsay, c’est la même chose, on n’a pas besoin du luxe insultant de Kosyam. Le  Burkina n’a pas encore atteint ce stade de développement.  Pour le moment, Blaise est à Kosyam mais quand nous allons prendre Kosyam, nous serons libres de nous installer où nous voulons. Voilà !

Sauf que pour ça il vous faut d’abord conquérir le pouvoir.

• C’est pour cela que je dis que la lutte c’est de conquérir d’abord Kosyam. Une fois que ce sera fait, libre à nous de nous installer où nous voudrons.  

Pourquoi pas dans une méchante case du Nayala ?

• (Rires) pourquoi pas ? On peut même déplacer la capitale à Toma qui, du reste,  est une très  belle ville. Mais comme on subira le courroux des Mossi, on va garder la capitale à Ouagadougou durant les deux mandats.

Plus sérieusement, le 28 août dernier, le MPP était au siège de l’UPC pour une visite de courtoisie. Derrière les apparences,  n’y a-t-il pas une sourde rivalité entre les deux partis qui se disputent le leadership de l’opposition ?

• Vous savez, nous sommes dans une démocratie multipartiste et nul n’a le monopole de la vérité,  et quand bien même nous sommes aussi convaincus de notre ligne, nous demeurons convaincus qu’il faut une union ou une unité des forces politiques de l’opposition pour réaliser l’alternance. Dans ce cas, il y a des questions de démocratie qui sont posées. Notamment celles de l’article 37, du référendum, du Sénat et bien d’autres que nous n’évoquons pas d’abord pour améliorer le processus démocratique.
Avec l’UPC, nous avons décidé d’échanger sur ces thèmes. Mais la rencontre du président Roch avec Zéph est d’abord une prise de contact. Plus tard, nous annoncerons les différents objets qui seront évoqués après.  C’est dans ce cadre qu’entrent les rencontres du MPP avec Zéph et Saran. C’est pourquoi je pense que Zéph est allé trop vite en besogne sur des questions que nous n’avons pas encore débattues quand il soutient  qu’il n’y a pas de courants idéologiques, on ne fait que de la politique seulement. Dans ce cas, faites un parti unique et des primaires au sein de ce parti unique avant d’aller aux élections. C’est une rencontre de prise de contact uniquement, on n’a pas discuté de quoique ce soit.

On s’achemine inexorablement vers un référendum sur l’article 37, avez-vous vraiment les moyens de vous y opposer  et sous quelles formes ?

• Pourquoi dites-vous qu’on s’achemine inexorablement vers un référendum ? Nous disons qu’il n’y aura pas de référendum dans ce pays. Nous sommes convaincus de cela.

Le président du Faso ne convoquera pas le corps électoral ? Ou bien c’est vous qui allez l’en empêcher ?

• Soit le président Compaoré ne le convoquera pas (je crois que  c’est la décision la plus plausible), soit il le convoquera et nous userons de toutes les voies pour dire que ce référendum est illégal et anticonstitutionnel. Tout est dans la Constitution.  Quand je lis un chef de parti, le président du PIB, dans votre journal qui dit qu’empêcher Blaise de réviser l’article 37 c’est lui faire la force, je réponds que personne ne l’empêche d’utiliser l’article 49. Mais l’article 49 parle des questions d’intérêt national. Et le titre 15 de la Constitution est clair, sur la procédure de révision. On est allé à l’école, nous aussi.

Et si le président respecte toutes les formes légales requises ?

• Il n’a qu’à engager la procédure de révision et nous irons au Conseil constitutionnel. La question sera la suivante : est-ce qu’aujourd’hui, Blaise Compaoré peut convoquer constitutionnellement le référendum ?  Le président est garant des traités que le pays a ratifiés. Et  il a signé le traité et les accords de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance qui interdisent toute modification constitutionnelle qui remet en cause l’alternance. Or l’article 37 touche à l’alternance. Vous êtes d’accord avec moi ?
Voilà un article qui a été voté par référendum en 1991 par le peuple, y compris Blaise lui-même et qui fait l’objet de multiples manipulations.   Pourquoi ce seul article, enfin ! Pourquoi le président n’use-t-il pas alors de ses prérogatives pour démissionner ? Alors qu’il y a un article prévu à cet effet.  Même si vous avez une prérogative, il faut éviter d’en abuser.
Si j’étais à la place de Blaise Compaoré, pour résoudre la crise actuelle, je dissoudrais le Parlement, voilà une autre de ses prérogatives dont il n’use pas.

Mais vous n’êtes pas à sa place ;  quelle sera alors l’attitude du MPP si le PF convoque le corps électoral pour le référendum ?

• D’abord quand les gens demandent au président de convoquer le corps électoral, ils ne connaissent  même pas la Constitution. Blaise ne peut pas donner une date, il peut tout au plus introduire un projet de révision par voie référendaire à l’Assemblée. Et l’Assemblée statuera. C’est ça la procédure normale. Ensuite, nous disons que comme ça touche à l’article 37 qui est un point important parce que touchant  à l’alternance, c’est anticonstitutionnel.
Vous pensez que  le juge Nébié est mort pour rien, il faut que le Conseil constitutionnel fasse preuve d’élégance et d’impartialité.

Il est mort pourquoi ?

• C’était un grand juge émérite. On le soupçonne d’avoir eu une position très très claire sur la question.

Vous pensez qu’à lui seul il pouvait changer le cours des choses ?

• Mais on a généralement peur de ce genre de personnes. Quand on l’a tué  Norbert Zongo, vous avez vu ce que cela a donné.  C’est pour dire qu’on a peur d’une personne qui dit la vérité. Alors qu’aujourd’hui, le régime n’aime pas la vérité, la vérité intellectuelle et politique. C’est clair aujourd’hui que constitutionnellement, Blaise ne peut pas appeler au référendum.  C’est illégal et nous allons utiliser toutes les voies légales pour le contrer.  Et nous avons les moyens politiques et juridiques pour ça. La Constitution  nous donne le droit d’aller jusqu’à la désobéissance civile. J’ai l’impression que Blaise sous-estime la situation politique actuelle du pays. Alors qu’il a vu la marche du 18 janvier et du 23 août.

Mais d’aucuns disent que ces marches  sont des phénomènes citadins qui n’intéressent pas le Burkina profond.

• La démonstration continue car la prochaine marche sera nationale. Elle se déroulera sur toute l’étendue du territoire,  dans tous les villages, dans toutes les communes et dans toutes les provinces. A cette occasion, nous allons demander aux uns et aux autres s’ils veulent le référendum. Vous verrez une marche populaire qui va sonner le glas du régime. Aujourd’hui, nous sommes devant un mouvement insurrectionnel dont on minimise l’importance. Mais les conséquences seront très dramatiques si le chef de l’Etat appelle au référendum. Quand le peuple entre en insurrection, nul ne peut l’arrêter dans sa marche vers son objectif. C’est ça la vérité !
Nous, nous avons toujours souhaité une alternance dans la paix, la discipline et la stabilité mais si Blaise appelle au référendum, le pays sera dans une situation très difficile.

Vous parlez du peuple, le camp d’en face  en fait autant. Vos adversaires soutiennent qu’on ne saurait se prétendre démocrate et refuser de s’en remettre au peuple souverain pour trancher un différend politique. Reconnaissez que l’argument ne manque pas de poids.  
• Ce n’est pas une histoire de peuple souverain.  Dites-moi quel est l’élément du peuple qui demande qu’on révise l’article 37 ?

Comme vous, ceux qui marchent et remplissent les stades pour le référendum…   les partisans de Blaise Compaoré.

• Ce sont tout simplement des manœuvres du CDP et rappelez-vous que le stade était vide quand le secrétaire  exécutif  national du CDP est monté sur la tribune pour parler. Blaise a dit qu’on discute par stade interposé mais ce que je veux dire c’est que le peuple est organisé dans un système de démocratie libéral. Il est aussi organisé à travers les partis politiques et la société civile. Mais lorsque vous regardez, le CDP est le seul parti significatif qui demande la révision de l’article 37. Quand vous observez le Front républicain, Hermann Yaméogo, Ram, Alain Zoubga, le PIB disent qu’ils voteront NON. Mais qu’est–ce que ça veut dire, je veux le référendum mais je vais aller voter NON. Regardez le gars du PIB, Maxime Kaboré, il a eu 1,48% à la dernière présidentielle, vous pensez que cette proportion de la population va empêcher la modification de l’article 37.

Vous, vous avez fait quel score ?  

• J’ai eu 0, 97% des voix. (Rires…)

Maxime vous a donc battu ?
 
• Vous savez, aujourd’hui, je cause souvent avec Simon, Roch et Salif. Ils disent  que ce sont eux qui fraudaient nos voix. C’étaient eux qui nous magouillaient  dans le temps. Dans certains bureaux, j’avais gagné peut-être 300 voix mais eux disaient  toujours « donnez lui 5 voix ». Maintenant, ils se sont repentis, ils ne fraudent plus.

Vous les avez confessés ?

• Je vous raconte une anecdote à propos de Blaise Compaoré. Du temps de  l’ARDC et la CFD pendant la transition, Soumane Touré a dit que Blaise a tué  mais qu’il ne tuera plus et après il y a eu des morts. Mais eux ont fraudé et ils ne frauderont plus.

Soit !  Vous êtes aussi forts, pourquoi ne pas aller aux urnes pour contraindre Blaise à partir définitivement ?

• Nous refusons le référendum par principe. La question de l’opportunité d’une telle initiative se pose même.  La dernière modification n’a pas empêché une bonne fraction du peuple de continuer le combat jusqu’à la gagner avec la mort de Norbert Zongo. Ensuite il y a : le consensus national. Tout le monde était d’accord avec le travail du Collège de sages. Il y a eu aussi le CCRP. La partie la plus significative de l’opposition à travers le CFOP n’y a pas participé. Il en est de même pour les centrales syndicales. Parce qu’on a dit là-bas qu’on peut toucher à l’article 37.  C’est dire que l’ensemble du peuple, en dehors du CDP qui n’est pas un parti parce que noyauté par la FEDAP/BC, est contre la modification de l’article 37.

Il est pourtant question d’une initiative parlementaire ces derniers temps appelant le chef de l’Etat à convoquer le corps électoral.

• Mais c’est ce que je dis depuis : ils sont perdus, ils ont perdu,  ils n’ont plus qu’à reconnaître leur défaite et abandonner cette affaire-là. Ils ont agité le référendum et nous avons sorti tous les arguments juridiques. Et parmi les plus éminents  constitutionnalistes du Burkina,  il n’y a pas un seul qui les soutient. Avez-vous déjà entendu un professeur de droit constitutionnel, un juge ou un avocat soutenir ce projet ? Alidou, Filiga, Loada vous les avez entendus sur la question ? Tout de même, respectons l’intellectualité de nos professeurs.  Ils ont d’abord été battus juridiquement puis politiquement.

L’un des arguments des tripatouilleurs est que Blaise Compaoré est irremplaçable parce que le Burkina n’aurait jamais produit un leader  de sa trempe. Quel effet ça vous fait d’entendre ça ?

• J’étais choqué d’entendre cela de  la bouche de mon jeune confrère Salam Dermé, docteur en pharmacie. La première question que l’on peut poser à ce jeune leader politique  c’est quand est-ce que le Burkina Faso va produire un leader de la trempe de Blaise ? Est-ce normal qu’après 28 ans de pouvoir, il n’ait pas préparé quelqu’un au Burkina puisque lui-même prétend être soucieux de l’avenir du pays après lui ?  
Si le Burkina n’a pas encore généré de leader de sa trempe, c’est grave ! Et puis, nous autres qui l’avons affronté à plus d’une reprise, nous ne sommes pas capables de diriger le Burkina ?  A l’intérieur du CDP, Naboho, Achille, Alain Yoda… font quoi ? Ne peuvent-ils pas remplacer dignement le président dans la conduite des affaires de l’Etat ? Le MPP regorge aussi de grands hommes pour cela : Roch ; Simon ; Salif, Emile, Basile Guissou, nous avons une multitude de leaders capables de diriger le pays.  

Propos recueillis par
Jean Stéphane Ouédraogo
& Joseph Bambara (stagiaire)

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