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Interpellation à Paris de François Compaoré : Le fantôme de Norbert aux trousses du « petit président »

François Compaoré, le frère cadet de Blaise Compaoré François Compaoré, le frère cadet de Blaise Compaoré

« Et pourtant le mandat d’arrêt a été délivré. » Telle est la manchette avec la photo de François Compaoré qui barrait la Une de notre édition n°9457 du vendredi 29 septembre 2017.

Quelques jours auparavant, dans une interview accordée à Jeune Afrique, la toute première depuis qu’il a dû s’exiler suite à la chute de Blaise, le frère cadet de l’ex-chef de l’Etat burkinabè avait affirmé que contrairement à ce que la justice laissait entendre, aucun mandat d’arrêt international ne lui avait été délivré dans le cadre de l’instruction du dossier Norbert Zongo, assassiné le 13 décembre 1998 alors qu’il enquêtait sur la mort suspecte de David Ouédraogo,  chauffeur de François. Un dossier qui avait, on se rappelle, été l’objet d’un enterrement de première classe avant d’être ressuscité après l’effondrement de la Maison Compaoré.

Pour mémoire, voici ce que celui qui fut conseiller spécial de son frangin avait répondu au journal panafricain : « Mes avocats ont investigué sur cette question auprès des autorités de France et de Côte d’Ivoire, deux pays dans lesquels je séjourne régulièrement. Ils n’ont trouvé aucune trace de ce mandat. Je suis donc serein et continue à vivre normalement. » « Et à circuler librement ? » avait relancé le journaliste.

Réponse : « Je voyage sans problème. Je suis la plupart du temps à Paris auprès de ma femme et de mes enfants, mais je me rends tous les deux mois à Abidjan. J’y rencontre les plus hautes autorités ivoiriennes si cela est nécessaire. » Mais comme notre rubricard du vendredi l’affirmait alors, « ou bien les conseils de François [qui ont investigué sur la question] n’ont pas bien enquêté ou bien il y a de petits arrangements avec la réalité, car le mandat en question a bel et bien été délivré». 

Cette sérénité affichée et cette vie presque normale d’un homme ordinaire ont brutalement pris fin hier, dimanche 29 octobre, à l’aéroport Charles de Gaulle de Paris alors que le « serein » revenait de la lagune Ebrié à bord du vol Air France 703. Celui que ses compatriotes avaient surnommé le « petit président » a en effet été cueilli au petit matin à Roissy, où le fameux mandat dont il disait encore ignorer l’existence lui a été notifié.

Après quoi, il a été gardé au centre de rétention aéroportuaire pour être présenté au procureur. Son sort est donc, depuis 24 heures, entre les mains du juge, qui décidera de le remettre en liberté ou de le détenir dans l’optique d’une éventuelle extradition, dont les autorités burkinabè disent vouloir faire la demande.

Pour une mauvaise surprise dominicale donc, c’en était une pour quelqu’un qui disait ne pas être inquiété outre mesure mais dont la liberté d’aller et de venir a été brusquement contrariée, en tout cas momentanément. Tous ceux qui rêvent de voir François pendu à un croc de boucher pour sa responsabilité présumée dans la boucherie de Sapouy  devraient  cependant se garder de se réjouir trop  tôt car entre une interpellation à Roissy et son transfèrement pieds et poings liés à Ouaga, il y a encore un grand pas et on se demande si les autorités françaises  auront le courage de le faire dans une affaire aux connexions forcément  politiques ; sachant qu’Abidjan remue ciel et terre depuis hier pour sortir son protégé du pétrin et que « la patrie des droits de l’homme »  peut se montrer réticente à expédier le précieux colis  dans son pays où la peine de mort (article 324 du Code pénal) n’est pas encore abolie même si, dans les faits, on ne l’applique plus depuis fort longtemps. Nul doute du reste qu’eu égard à l’évolution de la situation, cette affaire  pourrait  s’inviter lors du prochain séjour au Burkina du président Emmanuel Macron, attendu mi-novembre à Ouagadougou.

Mais que le prestigieux pensionnaire de la « zone d’attente » de Roissy, aujourd’hui pourchassé par le fantôme de Norbert, retrouve ou pas sa liberté de mouvement, trois ans après les « Quatre Glorieuses » qui ont mis fin au long règne des frères Compaoré,  c’est un joli cadeau d’anniversaire qui vient  d’être offert au peuple insurgé et aux ayants droit du défunt directeur de publication de l’Indépendant.  Pour François, plus rien ne sera peut-être comme avant. Et si l’exécution du fameux mandat d’arrêt devait aller à son terme, ce qui vient de se passer serait aussi une grosse alerte pour l’autre Compaoré, qui regardera désormais par deux fois un guide touristique avant d’aller se dorer la pilule quelque part.

 

Ousseni Ilboudo

Commentaires   

0 #5 Alex 30-10-2017 15:05
A l'annonce de la nouvelle, je n'en croyais pas mes yeux et mes oreilles sur l'écriteau qui s'affichait devant moi sur Burkina Info et que j'apprenais quelques petites minutes plus tôt sur RFI. François Compaoré interpellé en FRANCE ! Pour une surprise, c'en ait une. On serait au mois d'avril que j'aurai cru à un joli poisson d'avril pour faire rêver les burkinabè. Du côté d'Abidjan, il faudrait qu'ADO ne mette pas sa bouche dans les affaires de la justice pour essayer d'extirper François, car ce qui lui arrive est la juste compensation de ses actes et ADO pourrait avoir sa part à un moment où sa puissance lui échappera. Vivement que François soit extradé pour que la lumière sur l'odieux assassinat de Sapouy soit faite et bien d'autres choses où son nom est cité. Emmanuel Macro a intérêt à se boucher les oreilles face à toutes les pressions d'Abidjan. Sinon, le peuple burkinabè lui demandera des comptes et certainement Dieu aussi.
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0 #4 Neilson 30-10-2017 14:22
Sans rigoler, le fantôme de Norbert va les rattraper tous, petit ou grand, et les emporter avec lui là où eux l'ont précipitamment envoyé; et le temps des comptes c'est pour très bientôt. Macron n'a aucun intérêt à garder ou protéger les assassins et/ou les commanditaires; chacun gère ses actifs et ses passifs, doit se dire le Président français.
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0 #3 rabo 30-10-2017 09:18
Amateur d'une célèbre émission radiophonique "les maitres du mystère" dont les auteurs jouent des tours pendables, toujours, aux auditeurs, je me surprend à me demander que nous réserve celui qui a organisé ce scénario, ce nouveau scénario?
Que les burkinabè songent à ne pas dormi
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0 #2 rabo 30-10-2017 09:18
Amateur d'une célèbre émission radiophonique "les maitres du mystère" dont les auteurs jouent des tours pendables, toujours, aux auditeurs, je me surprend à me demander que nous réserve celui qui a organisé ce scénario, ce nouveau scénario?
Que les burkinabè songent à ne pas dormir debout!!!!!!!
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0 #1 Sidzabda 30-10-2017 08:53
Ousséni, voilà que je te reconnais pour cet article. l'interpellatio n de François, même si on ne l'extradait, c'est un pas de géant qui est franchi car lorsqu'il a affirmé qu'il n'y avait aucun mandat lancé contre lui, tout le monde regardait d'un mauvais œil le président Roch et toute sa clique. mais cela c'est une véritable avancée qu'il faut saluer. il reste que la justice va-t-elle se hâter lentement pour en finir avec ce dossier qui empoisonne notre climat politique.
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