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Proclamation de résultats au lycée Zinda : «Est-ce que bac c’est ton camarade ?»

Proclamation de résultats au lycée Zinda : «Est-ce que bac c’est ton camarade ?»

La session normale du baccalauréat, session de 2014, a débuté le 19 juin et prendra fin le 5 juillet  sur l’ensemble  du territoire national. Les résultats du premier tour ont été proclamés le samedi 28 juin dernier. Des moments riches en émotions que nous avons vécus avec les candidats des jurys logés au lycée Philippe-Zinda-Kaboré de Ouagadougou.

Calme olympien à la devanture du «Noble» Zinda ce samedi 28 juin 2014 alors qu’il est 9h 30 mn. Une sérénité qui a de quoi intriguer notre équipe de reportage venue couvrir la proclamation des résultats du baccalauréat, session de 2014, au lycée Philippe-Zinda-Kaboré de Ouagadougou, ce, d’autant plus que les premiers résultats étaient prévus pour 8h, comme l’indique un tableau à l’entrée dudit établissement. Pourtant, jusque-là «aucune délibération», nous confie un groupe de jeunes posté non loin de là et pour qui «l’heure africaine» ajoute à l’anxiété.

En attendant l’heure H, la cour de l’établissement est divisée en deux. D’un côté, des groupuscules de candidats et leurs accompagnateurs devisent sur leurs engins ; de l’autre, ce sont des racines d’arbres qui servent de banc à des candidats qui ont choisi de s’isoler. Cette zone, réservée à la proclamation, est par conséquent interdite d’accès aux voitures et aux engins à deux roues, indiquent des agents de sécurité postés là. Qu’ils soient en «meute» ou des «loups solitaires», tous les aspirants au bac 2014 regardent dans la même direction ; leur attention est focalisée sur  la salle de délibération, à une centaine de mètres d’eux. Dans cette pièce, se sont retranchés les membres des différents jurys pour travailler loin, ou plutôt à l’abri, des regards.

Le brin de causette semble le meilleur moyen pour évacuer leur stress. Et le moins que l’on puisse dire est que les sujets de leurs conversations, qui sont d’actualité, auraient pu figurer dans les épreuves 2014. Coupe du monde Brésil 2014, vicissitudes du bac 2014 au Burkina, … sont en effet passées en revue. De temps en temps, leurs conversations sont interrompues par des agents commerciaux qui distribuent soit des dépliants sur leur institut de formation, soit des flyers faisant la publicité de certaines motos. L’occasion s’y prête parfaitement et les futurs bacheliers sont de potentiels étudiants et clients que les commerciaux d’établissements supérieurs et de concessionnaires de motos ne veulent pas laisser filer. Cependant, avec la pression qui monte, tous ne sont pas réceptifs aux messages des commerciaux, et ces derniers se heurtent parfois à des niets catégoriques ou à des gestes sans équivoque qui les dissuadent de tenter toute approche commerciale.

Le téléphone de certains candidats ne cesse de sonner. A l’autre bout du fil, parents et amis s’inquiètent de leur silence. Vraisemblablement, l’adage selon lequel «pas de nouvelles, bonnes nouvelles» n’est pas partagé par ceux qui sont restés à la maison, visiblement pressés d’avoir des nouvelles. Et pour eux le silence près de deux heures après l’heure prévue pour les délibérations semble être un mauvais présage. Pour certains, le succès ou l’échec à cet examen n’est qu’une question de …probabilités (NDLR : module de mathématiques enseigné en Terminale). C’est le cas de Théodore Balima, candidat au bac D, qui avoue être traversé par plusieurs émotions dans l’attente de la délibération qui se fait…attendre : «La composition s’est très bien passée, même si j’ai rencontré des sujets vraiment difficiles, ce qui contribue à me stresser davantage».

L’attente est beaucoup moins angoissante pour Adama Sawadogo, parent d’élève ayant accompagné sa fille candidate. Assis sur un banc, il reste cool, une attitude tranchant avec l’ambiance d’à côté. A l’en croire, sa présence est une simple mesure de prudence, car l’euphorie en cas de succès ou la déception en cas d’échec peuvent causer un incident malheureux. «Je pense que tous les parents devraient accompagner leurs enfants dans les épreuves qu’ils endurent. Et il faut savoir qu’échouer à son examen n’est pas forcément synonyme d’incompétence. De ce fait, en cas d’échec, les parents doivent réconforter leurs enfants et non les traiter comme des incapables», déclare-t-il.

Le calme n’est pas partagé par tous les accompagnateurs. Une étudiante avoue être angoissée par l’état d’esprit de sa petite sœur candidate : «Elle panique tellement qu’elle ne peut plus rester debout. Je ne sais pas comment je vais faire pour la gérer une fois le résultat annoncé !»

11h30. Ouf ! Les membres d’un jury quittent leur quartier général. Ils montent au premier étage du bâtiment occupé par l’administration du lycée. Là, un dispositif constitué d’un baffle et d’un micro a été installé pour la proclamation. Les premiers résultats annoncés sont ceux des jurys 55 et 56, présidés par Samuel Paré qui prend le micro. Pendant que des candidats de ces jurys avancent pour mieux entendre, d’autres restent sur place ou même tournent le dos, s’éloignant comme des âmes en peine. L’émotion est tellement forte que certaines ne tiennent plus sur leurs jambes. Des prières et autres incantations religieuses se font entendre pendant que d’autres serrent très fort leur(s) objet(s) de piété. C’est parti pour trente minutes d’explosion de joie ou de tristesse. Un peu partout où est passée la réussite :

- on crie à en perdre la voix ;

- on saute et on fait des cabrioles dignes de kangourous ;

- ou on court de joie se tapant un petit 100m plat à rendre jaloux Usain Bolt.

Soudain, une injure en langue mooré commençant par «ma…» se fait entendre dans le public. Contrairement à ce que plus d’un pensait, c’est un nouveau bachelier qui expulse ainsi son stress longtemps réprimé. «Han ! est-ce que bac c’est ton camarade ?» commente un autre. Hilarité générale.

Mais quel gap d’émotion entre ceux qui ont réussi et ceux qui, à aucun moment, n’ont entendu prononcer leur nom ! Effondrés, les candidats malheureux, pleurant toutes les larmes de leur corps, font peine à voir. A tel point qu’on est parfois obligé de ranger l’enregistreur ou l’appareil photo pour prêter son épaule à un élève inconsolable. Un véritable moment crève-cœur qui fait comprendre la réaction de certains membres du corps enseignant, qui, toutes des femmes, manifestaient leur joie à chaque fois qu’un de leurs élèves était admis et accouraient pour soutenir ceux qui ont échoué. «J’avais hâte d’avoir les résultats car en 20 ans de fonction dans le domaine de l’enseignement, c’est la première fois qu’une composition se passe aussi mal. Ce qui entache la crédibilité de notre travail», nous explique l’une d’entre elles, Awa Guira/ Bissiri.

Le moment aussi attendu que redouté passé, les langues commencent à se délier. Particulièrement chez ceux à qui la chance a souri.  «C’est une situation indescriptible que je viens de vivre. Après des mois de travail, mes efforts ont été couronnés ce jour. Je rends grâce à Dieu», soupire Thiéry Nanetangar, un nouveau bachelier que l’on a pu entre-temps voir exprimer sa joie en fendant la foule, … une camarade sur l’épaule. Il en profite pour demander aux organisateurs de mieux faire leur travail la prochaine fois, car les erreurs dans les sujets les ont davantage stressés. Fini le bac, bonjour l’université, déjà pour Armelle Tamalgo, qui est visiblement soulagée d’avoir réussi à son examen avec la mention assez bien : «J’attends avec impatience le début du cycle universitaire».

La seule candidate malheureuse qui a accepté de nous parler, et ce sous le couvert de l’anonymat, se dit surprise de son résultat. De son avis, tout s’était bien passé durant la composition. Elle se dit impatiente de voir son relevé de notes.

Pourtant le président des jury 55 et 56, Samuel Paré, est on ne peut plus clair : il n’y a pas eu de favoritisme et chaque candidat a eu ce qu’il mérite. «L’ensemble des membres du jury a travaillé dans la sérénité. Il y avait une très bonne ambiance. Evidemment avec le sérieux qu’il faut nous avons veillé à ce que chacun fasse son travail. Tout s’est très bien passé et nous restons mobilisés pour le second tour», assure-t-il.  Le second tour débute d’ailleurs le mercredi 2 juillet 2014. Une autre paire de manches pour les candidats admissibles, qui devront traverser un autre fleuve d’émotions à la proclamation des résultats.

Aline Ariane Bamouni (stagiaire)

Commentaires   

0 #1 Christian 01-07-2014 06:46
Très bel article s'il en est ! félicitations car il fait revivre les émotions que l'on a connues il ya de cela quelques années. bonne suite
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