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Décès Gérard Kango : Soubo n’était pas encore informé

La chapelle construite dans son village par Gérard de son vivant La chapelle construite dans son village par Gérard de son vivant

«Encore une autre rumeur sur la mort de Gérard Kango Ouédraogo, comme on l’a plusieurs fois entendue» ? C’est la question que bien des personnes se sont posée, sans pour autant accorder beaucoup d’importance à ce «simple bruit » dont Ouahigouya a le secret. Mais ce mercredi 2 juillet 2014, plus les heures passent, plus l’inquiétude gagne les visages. Puis la triste réalité finit par s’imposer. Consternante. Cette-fois, le «duc du Yatenga» s’en est effectivement allé. A Soubo, patelin natal du défunt, on se garde toujours de se prononcer sur le décès de celui qui avait le titre de chef de village, bien que n’ayant jamais été intronisé. Même chose à Irim, selon les témoignages, où Gérard, comme on l’appelait affectueusement, a reçu ses attributs de Naba. Raison de cette omerta : les rites préalables à l’annonce officielle de la disparition du chef n’avaient pas encore été accomplis. A Ouahigouya, par contre, les compagnons politiques de Gérard Kango sont plus diserts, malgré la tristesse.

Village de Soubo, ce mercredi 02 juillet 2014 aux environs de 9 heures. Un calme plat y régnait. A l’intérieur du village, des habitants, visages pâles, devisaient tranquillement devant leurs concessions. Les femmes, les têtes couvertes de pagnes, multipliaient les va-et-vient dans les concessions. Pas besoin d’être un croquemort pour sentir l’ambiance mortuaire qui règne dans la bourgade. Mais quand nous nous sommes approchés d’un groupe de vieux pour recueillir leur sentiment après l’annonce de la disparition de Gérard Kango Ouédraogo, nos interlocuteurs ont marqué un long silence avant de nous rétorquer qu’ils n’ont pas reçu cette information d’une source officielle. Par source officielle, entendez par là une ou des voix indiquées dans le protocole traditionnel, ils nous feront comprendre que même si c’est avéré, sans le rituel préalable, point d’annonce publique. Ils ne dérogeront pas à la coutume, même si les mines d’enterrement en disent long sur la douleur qui étreint le village. A l’exception de l’agitation de quelques bambins agglutinés autour d’un forage et des coups de marteaux d’ouvriers perchés sur le toit de la chapelle construite par le défunt, tout semble pétrifié par la nouvelle du décès. De son vivant, Gérard, comme on l’appelait affectueusement, avait annoncé lors de l’inauguration de cette petite église en août 2011 son vœu d’être inhumé dans un des quatre caveaux que compte l’édifice. Les trois autres étant déjà occupés par ses géniteurs et son grand frère feu colonel Arzouma Michel Ouédraogo. Au village, on se garde de nous confirmer si Gérard reposera définitivement en ces lieux comme il l’avait souhaité, étant donné que la donne a changé avec son intronisation comme chef du village d’Irim une année après l’inauguration de la chapelle. Ses frères d’armes politiques complètement affligés Si au village, c’est motus et bouche cousue, à Ouahigouya par contre, les compagnons politiques du défunt se font plus diserts : élu député à quatre reprises, Nouhoun Barry, fidèle lieutenant du Duc du Yatenga, dit : «Il a laissé un trou» en marmonnant, les larmes dégoulinant sur son visage. Dévoué parmi les dévoués à l’ex-président d’honneur à vie de l’ADF-RDA, Nouhoun Barry ajoutera que son plus grand regret est de n’avoir pu être à son chevet et témoin de ses derniers instants. «On savait qu’il était souffrant, mais on ne s’attendait pas à ce qu’il parte aussi tôt. On a tous cru à une rumeur avant de se convaincre que le départ de Gérard est une réalité. Le coup a été difficile à supporter, mais on n’y peut rien. C’est un fait de Dieu. Le plus important pour nous, c’est d’honorer la mémoire du défunt, c’est de perpétuer son œuvre et le combat qu’il a mené pour assurer le bien-être de ses semblables», parvint à articuler le député Nouhoun Barry avant de rappeler le sens de l’honneur et de la dignité, l’honnêteté, le courage, la fidélité et le respect de la parole donnée qui ont toujours guidé l’action politique de son «frère». «Depuis l’école primaire dans les années 1932, Gérard était notre chef de section, et c’est lui qui montait chaque jour le drapeau. Depuis cette époque, nous lui avions dédié une chanson qui disait que le titre de chef lui colle à la peau», révèle plus tard Nouhoun Barry dont le visage s’illumine soudain d’un sourire lorsqu’il se met à entonner ladite chanson. Septuagénaire, l’actuel secrétaire général de l’ADF-RDA, El hadj Souleymane Guèma Ouédraogo, rappelle que c’est son père qui était d’abord aux côtés de Gérard Kango Ouédraogo avec le capitaine d’Orange. C’est par la suite qu’il suivra les pas de son géniteur en se mettant au service de l’illustre défunt. Il sera à ses côtés à Dakar avant de revenir au Burkina. «C’est surtout à Dakar à travers la radio que Gérard a bâti sa notoriété. A l’heure de son émission, plusieurs familles en Haute-Volta, aujourd’hui Burkina Faso, se réunissent pour l’écouter» relate le vieil homme, fier du parcours de son mentor qui a occupé toutes les charges sauf celle de chef de l’Etat : «Un homme ne peut pas tout avoir dans la vie. Il a été président de l’Assemblée nationale, Premier ministre. Je pense qu’il méritait d’être président de la République. Mais avec l’humilité qu’on lui connaît, il a préféré s’effacer en 1978 au profit de Sangoulé Lamizana. Si on n’était pas retombé dans le cycle des coups d’Etat, Gérard allait occuper la magistrature suprême de ce pays». La seule fois qu’il a été en total désaccord avec le «gentleman de Londres», c’est lorsque ce dernier a appelé à soutenir la candidature de Blaise Compaoré en 2005. «J’avoue que j’ai été peiné par cette décision. J’ai même versé des larmes. Après nous nous sommes compris. Blaise a sauvé Gérard à un certain moment de sa vie. En plus, on ne cherche pas à conquérir le pouvoir avec un esprit revanchard et contestataire. Gilbert, qui venait de prendre la tête du parti, était jeune et il fallait qu’on le forme à être un homme d’Etat. Et pour cela, il faut maîtriser les rouages du pouvoir en participant à sa gestion», explique El hadj Souleymane Ouédraogo. Député pendant deux ans Parmi les inconditionnels de Gérard Kango Ouédraogo, il y a aussi le vieux Demba Sambo Diallo, compagnon de lutte depuis l’époque du Mouvement démocratique voltaïque (MDV) avec Michel d’Orange. «J’ai tardé avant d’occuper un poste dans les structures du parti, mais j’étais parmi les hommes de confiance de Gérard, et il me confiait beaucoup de missions partout dans le pays et même à l’extérieur. En 1978, il a proposé mon nom sur la liste des candidatures à la députation. J’ai été élu, mais mon mandat a duré seulement deux ans. Le coup d’Etat de Saye Zerbo a provoqué la dissolution des institutions à l’époque. A la faveur du vent démocratique en 1991 avec la IVe République, j’ai préféré toujours militer au RDA». Il n’y a pas que des hommes qui ont constitué la garde rapprochée de Gérard, des femmes ont elles aussi noué le pagne et marché aux côtés de celui «qui est né pour régner». Sont de celles-là Hadja Fati Ouédraogo, dite «Tolla», 66 ans de combat politique au compteur : «Sa principale force, c’est sa disponibilité à aider les gens et à assister son prochain. Ça ne m’a jamais effleuré l’esprit un jour de trahir Gérard. Quand il s’est mis en retrait des activités politiques, j’ai mis mes compétences au service de son fils Gilbert l’actuel guide du parti. Gérard a œuvré à la formation du capital humain en facilitant la construction d’écoles et de dispensaires sur l’étendue de la région du Nord. Mais son geste le plus précieux a été le secours qu’il apporté aux populations lors des périodes de grande famine», souligne l’amazone du duc du Yatenga et fière de l’avoir été. Emery Albert Ouédraogo Encadré Beaucoup de gens s’étonnent que Gérard se soit attribué le titre de chef des villages de Soubo et de Irim. En réalité, il n’a jamais été intronisé chef de Soubo, où il a seulement joué le rôle de patriarche. Par contre à Irim, il a effectivement reçu les attributs de Naaba le 19 mai 2012. Voici les explications qu’il avait lui-même données ce jour-là : «Le Yatenga Naaba Bouli avait pris la grand-mère de Gérard Kango Ouédraogo qu’il avait mise dans la cour que Naaba Kango a construite à Ouahigouya. Et cette dernière s’appelait Napaga Toukouri. Naaba Bouli avait aussi décidé de confier la chefferie du village de Irim à la lignée de notre grand-mère. Elle y a fait introniser son premier puis son second fils. A la désignation du troisième chef, Naaba Tigré, alors roi du Yatenga, a décidé d’introniser mon père chef de Irim. Mais vu son jeune âge, on a voulu le contourner. Une femme qui s’est rendu compte de la supercherie est allée dénoncer le complot à la cour royale du Yatenga, sans succès. Elle s’en est ouverte alors, désespérée, à ma grand-mère qui vivait au palais de Naba Kango. Malgré l’insistance de cette dernière pour que l’ordre successoral soit respecté le Naaba Tigré n’a pas voulu l’écouter, prétextant qu’un chef ne devait pas revenir sur sa décision. C’est alors que notre grand-mère a menacé de lui brandir ses seins nus. Trois jours plus tard la chefferie est revenue à mon père avec obligation de faire de ses descendants directs ses héritiers au trône. Mais il se trouvait qu’à cette époque mon père était jeune. Une dame s’est invitée dans la cour royale du Yatenga pour dire que c’est parce que son frère n’a pas de parrain qu’on veut lui retirer la chefferie de Irim qui lui revenait de droit. N’ayant pas été écoutée, elle s’est rendue dans la cour de Naaba Kango pour se confier à notre grand-mère sous des cris de détresse et des injures. Notre grand-mère est venue à son tour voir le Naaba Tigré pour l’inviter à respecter l’ordre normal de succession. Ce dernier lui a rétorqué que compte tenu du fait que la nouvelle s’était déjà répandue dans la ville il ne pouvait pas revenir sur sa décision. Considérant notre Naaba Tigré comme son fils, notre grand-mère l’a menacé de lui brandir ses seins. Le roi l’a alors suppliée d’attendre trois jours. Le moment venu, Naaba Tigré a effectivement intronisé le chef de Irim selon l’ordre normal de succession tout en promettant que lui, son fils ou l’un de ses petits-fils, un des descends directs de mon père, régnerait sur le trône de Irim. C’est donc pour exaucer un vœu de Naaba Tigré que son fils Naaba Kiiba, aujourd’hui roi du Yatenga, m’a appelé et confié la chefferie de Irim. Naaba Tigré a donc respecté la volonté de son père»

Commentaires   

0 #1 sidzabda 03-07-2014 16:32
"Soubo n'était pas au courant", il fallait plutôt dire "Soubo n'est pas au courant" car en titrant le premier c'est comme si c'est vous qui leur avez donné l'information. alors qu'il attends toujours l'information
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