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Carnet de voyage : Retour de Bissau

Du 30 juin au 7 juillet 2014, j’ai séjourné à Bissau, la capitale de la Guinée du même nom, dans le cadre d’une visite privée. Un bref séjour qui m’a permis de découvrir quelque peu ce pays lusophone de l’Afrique de l’Ouest à la réputation sulfureuse.

 

- Allô, Damiss, tu es où ?

- Je suis à l’aéroport, je vais en Guinée-Bissau.

- Tchiéé ! Tu vas faire quoi dans ce pays de coups d’Etat et de trafic de drogue ?

Cette conversation téléphonique que j’ai eue avec une connaissance le lundi 30 juin 2014, jour de mon départ pour la capitale bissau-guinéenne, traduit l’image que beaucoup ont de ce pays.

Ancienne colonie portugaise, ce petit Etat de 36 120 km2 et de 1,5 million d’habitants a obtenu son indépendance tardivement, précisément le 24 septembre 1974, après une longue guerre de libération conduite par Amilcar Cabral qui a fondé en 1956, avec cinq autres Capverdiens, le Parti africain pour l’indépendance, devenu plus tard Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC).

17 présidents en 40 ans d’indépendance

Depuis la libération de ce pays du joug portugais, sa vie politique et institutionnelle a été rythmée jusque-là par des coups d’Etat à répétition, et en 40 ans d’indépendance se sont succédé 17 chefs d’Etat. Pire, aucun président élu n’a pu achever son mandat. 3e exportateur de noix de cajou d’Afrique, la Guinée-Bissau a un potentiel agricole énorme ; son littoral, très riche en poisson, attire les pêcheurs accourus du monde entier ; elle exporte du bois et son sous-sol recèle de la bauxite, du pétrole, etc. C’est dire qu’elle a beaucoup d’atouts pour sortir du sous-développement. Hélas, les conflits internes entre hommes politiques et militaires sur fond de soupçons sur les intérêts liés au trafic de stupéfiants ont plombé son progrès socio-économique et lui ont valu le sobriquet de Narco-Etat.

A preuve, selon certaines sources, l’attentat contre le général Tagmé Nawai le 1er mars 2009 et l’horrible assassinat du président Nino Vieira auraient été perpétrés par des trafiquants colombiens qui n’auraient pas apprécié la destitution du contre-amiral José Américo Bubo Na Tchuto, chef de la marine à l’époque, que les Américains ont alpagué en mars 2013 pour trafic de drogue et extradé aux Etats-Unis.

C’est sans doute au regard de cette image peu reluisante que des proches m’ont déconseillé de ne pas prendre le risque d’y aller, surtout que le candidat élu à l’issue des élections générales d’avril-mai 2014 n’est pas celui de l’armée, selon plusieurs observateurs.

Mais le risque fait aussi partie de notre métier, et il faut savoir faire avec sans pour autant jouer au téméraire.

Un avertissement prémonitoire

Lundi 30 juin donc, me voici à bord du vol 2J 555 d’Air Burkina pour Dakar, où j’ai passé une nuit. Le lendemain, je devais prendre une correspondance pour Bissau. En route pour l’aéroport Léopold Sédar Senghor, mon taximan me prévient : «Ne prends pas de commission pour Bissau. Et une fois sur place, il faut savoir où mettre les pieds».Cet avertissement était prémonitoire.

En effet, à peine suis-je descendu du taxi qu’une jolie gonzesse au postérieur généreux m’accoste avec une voix de rossignol : «Monsieur, s’il vous plaît, vous allez où ?» «A Bissau», répondis-je. «Pardon, j’ai un téléphone portable à envoyer à ma maman. Mon frère viendra le chercher à votre arrivée». Je refuse catégoriquement. Mais elle insiste tellement que je finis par accepter à condition que l’appareil me soit remis en présence d’un policier sénégalais. Après inspection de l’objet par l’agent de police, je prends la commission. Pour me rassurer davantage, je me confie aux policiers du contrôle bagages au niveau du scanner. Ces derniers me félicitent pour ma vigilance et ma prudence.

Les formalités finies, me voilà dans la salle d’embarquement mais point d’avion : Air Sénégal, coutumier, me dit-on, du non-respect de ses horaires de vol, n’était pas au rendez-vous. Des passagers haussent le ton et trois heures plus tard nous embarquons enfin pour la capitale bissau-guinéenne, ralliée au bout de 45 petites minutes. Pendant les longues heures d’attente à l’aéroport, j’ai fait la connaissance d’un fonctionnaire congolais du Système des Nations unies que j’ai perdu de vue entretemps et d’un Burkinabè, Hervé Ouédraogo, directeur général du cabinet AGEIM, Ingénieurs conseils. L’un m’a indiqué qu’en réalité, l’image sulfureuse du pays est surfaite et l’autre, mon compatriote, m’a assuré que malgré les crises à répétition, Bissau est une cité paisible où il fait bon vivre. On verra bien.

Bissau, ville sombre

Dès notre arrivée, Hervé me présente à ses amis, dont un ministre. Je saisis la balle au bond pour prendre des rendez-vous avec les plus hautes autorités du pays en vue de faire des interviews que vous lirez dans nos prochaines éditions.

La nuit tombée, la capitale bissau-guinéenne est plongée dans l’obscurité. Si à Ouagadougou, on organise marches-meetings et sit-in pour exiger que la SONABEL mette fin aux coupures intempestives d’électricité, là-bas il y a longtemps que les consommateurs ont fini par se faire une raison en ce qui concerne la disponibilité du jus, tant il est rare comme les larmes d’un chien. En effet, les gouvernements successifs n’ont pas pu résoudre l’équation électricité si bien que le pays manque d’unité industrielle et pratiquement tout est importé, notamment du Portugal, de l’Espagne et de l’Angola.

Outre ce problème crucial d’énergie, Bissau manque d’infrastructures routières, problème que la BOAD, l’un des rares partenaires financiers du pays, s’attelle à régler. Son représentant- résident, l’Ivoirien Armand Gala Kouamé, banquier de formation et en poste dans le pays depuis 2010, maîtrise l’environnement économique de la Guinée-Bissau. Il nous a expliqué que son institution financière a analysé les leviers d’une transition économique avant de se lancer dans les financements à travers trois guichets : les financements publics, les financements privés et l’appui-conseil en structuration et en gestion des entreprises. A ce jour-là, la BOAD avait décaissé pour la construction d’infrastructures routières et portuaires ; le soutien à la production agricole, à l’artisanat et à l’entrepreneuriat des jeunes en milieu rural ; l’amélioration du cadre de vie à travers la réhabilitation des voieries ; l’appui à la résolution de la question de l’électricité avec le projet de mise en marche d’une centrale électrique de 15 Mégawatts, etc. De grands chantiers en perspective pour permettre à la Guinée et à sa capitale, Bissau, de sortir de la léthargie.

            

 Le discours rassurant de l’armée

Pour autant il ne faut pas s’alarmer : la capitale bissau-guinéenne est à l’image de nombreuses autres capitales africaines où l’Etat est incapable de trouver des solutions aux questions énergétiques, d’eau et d’assainissement.

On y trouve de belles constructions appartenant à des dignitaires politiques, militaires et à des hommes d’affaires, lesquelles côtoient parfois de méchantes maisons délabrées, signe de la pauvreté endémique que vivent les populations.

De l’extérieur, l’image du pays est très dégradée. Certes, l’étranger a de gros yeux mais il ne voit rien, surtout lorsqu’il a passé si peu de temps dans la cité dans des conditions qui n’ont rien à voir avec celles que vivent quotidiennement le vulgum peccus.

Toutefois, certaines choses sont à relativer. Ce pays est instable mais sa population est très chaleureuse, et l’élite politique et économique est consciente qu’il faut se mettre au travail avec l’élection du nouveau président José Mario Vaz dit JOMAV. L’armée, qui perturbe, par intervalles réguliers, le jeu politique a aussi pris l’engagement d’accompagner les nouvelles autorités. Le chef d’état-major des Forces armées, Antonio Injai, que nous avons rencontré, tient un discours rassurant.

En tout cas, le pays a besoin de stabilité et de paix durable afin que le gouvernement du Premier ministre puisse engager des réformes dans le secteur de l’administration publique et au sein de la trop bruyante Grande Muette. L’ex-chef de l’Exécutif Rui Duarté Barros, lui aussi, est optimiste même s’il déplore le fait qu’en dehors de la CEDEAO, de la BOAD et du Timor oriental, qui ont consenti d’énormes efforts, la Communauté internationale ne bouge pas beaucoup pour aider la Guinée-Bissau (Lire interview page…). Comme si elle attendait encore des preuves d’une réelle prise de conscience de l’élite politico-mlitaire avant de se pencher sur ce grand corps malade qui a besoin d’une thérapie de choc.

Adama Ouédraogo Damiss

de retour de Bissau

 

Général Antonio Injai, chef d’état-major :

«Il faut nous aider à réformer l’armée»

Jusque-là le pouvoir civil a toujours eu maille à partir avec les militaires, qui remettent sans cesse en cause l’ordre constitutionnel avec comme toile de fond, les clivages ethono-régionalistes et la défense d’intérêts particuliers. Mais cette fois, les élections générales se sont déroulées dans un climat apaisé et tous les acteurs semblent décidés désormais à jouer à fond le jeu républicain.

Avant les scrutins législatif et présidentiel, le chef d’état-major des Forces armées bissau-guinéennes, le général Antonio Injai, avait promis de sécuriser le processus. Chose promise, chose réalisée. En collaboration avec les Forces de la CEDEAO (ECOMIB) commandées par le colonel-major Gnibanga Barro du Burkina, la soldatesque a tenu parole.

Le mercredi 2 juillet 2014 aux environs de 10h, je me rends à l’état-major au camp Amura pour rencontrer le maître de Céans. Le général me reçoit sans trop de protocole et notre entretien se fait dans une ambiance bon enfant. «Qu’il y ait élection ou pas, nous allons continuer à être garant de l’intégrité du territoire et de la sécurité», nous a-t-il confié. «Nous entretenons de bons rapports avec les Forces de la CEDEAO. Nous estimons qu’ils sont chez eux. Que leur mission prenne fin ou se poursuive, cela ne nous dérange aucunement. Seulement, nous souhaitons bénéficier de la CEDEAO d’un appui pour que nos cadres militaires soient formés en français et en anglais», a-t-il ajouté.

Se prononçant sur l’intrusion intempestive des hommes en treillis dans la vie politique, Antonio Injai a dit qu’il n’y a pas de problème majeur entre les hommes politiques et l’armée : «Nous demandons simplement qu’il puisse exister un dialogue entre les forces armées et les pouvoirs politiques. En tant que chef d’état-major, j’ai besoin de paix et de stabilité dans mon pays.

C’est le lieu de lancer un appel à la CEDEAO, à l’Union africaine, à l’Union européenne, à l’ONU afin qu’elles aident la Guinée-Bissau à se développer et à reformer son armée pour permettre aux anciens combattants d’aller à la retraite».

A.O.D.

Etre Burkinabè à Bissau

Notre pays a des ressortissants en Guinée-Bissau estimés à près de 200. Certains sont des fonctionnaires internationaux, d’autres évoluent dans le privé ou le secteur informel au port de Bissau ou à l’intérieur du pays (Bafata et Bouba).

Désiré Diasso, comptable de profession, de mère bissau-guinéenne, vit dans le pays depuis 16 ans. Il tente de réunir ses compatriotes dans le cadre de l’Association des Burkinabè et des amis des Burkinabè en Guinée-Bissau. Pour lui, c’est un pays où il y a beaucoup d’opportunités et il faut savoir les saisir.

Il y a également à Bissau des militaires burkinabè partis sécuriser le pays pour le compte de la Mission de la CEDEAO. Le Burkina a en effet déployé deux unités constituées de police standard. Commandés par le chef d’Escadron Toudouba Jean-Célestin Ouédraogo, les éléments se comportent bien jusque-là, selon la hiérarchie. «Nous n’avons enregistré aucun incident ; tout est mis en œuvre pour prévenir les écarts de conduite à travers des actions de formation et de sensibilisation du personnel et la recherche d’une meilleure intégration au sein de la population», a déclaré le commandant. Du reste, en ville, nous avons personnellement entendu du bien à propos des unités burkinabè et des personnalités nous ont même expliqué qu’elles préféraient nos soldats pour leur sécurité.

Sur le plan sanitaire, à en croire l’officier supérieur, l’un des axes d’efforts du commandement est de préserver le potentiel de combat de la troupe. Ainsi, l’unité dispose d’une infirmerie avec deux médecins et six infirmiers qui veillent au quotidien. Pour permettre une prise en charge efficace, il est prévu des hôpitaux de niveau II à Bissau et de niveau III à Dakar.

Quotidiennement, nos éléments mènent, entre autres, des activités de sécurisation et de protection des institutions, des hautes autorités et des populations. Elles ont d’ailleurs joué un rôle crucial dans la sécurisation du processus électoral.

La barrière linguistique n’a pas été un obstacle. Beaucoup d’officiers sont bilingues, et les éléments ont rapidement assimilé la langue locale, le créole portugais.

Côté restauration, le commandant, sourire aux lèvres, soutient que ses hommes mangent tout ce qui est nécessaire pour garder le potentiel au combat. «Nous accordons une importance à la quantité et à la qualité du repas. Le menu est concocté par des cuisiniers formés au mess des officiers à Ouaga de concert avec le médecin».

                                                                                

A.O.D.

Commentaires   

0 #3 calmos 22-07-2014 15:00
j'ai pas compris la suite de l'histoire du portable après l'aeroport..... .....
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0 #2 Megd 22-07-2014 09:14
Joli carnet de voyage, mais la seule préoccupation qui me laisse de marbre, c'est l'histoire du téléphone portable. Ce n'est pas parce que la police et autre scanner vous ont rassuré qu'il faut accepté ce type de commission. Il existe des moyens d'envois rapide de colis. Croyez-vous que vous aurez le temps d'appeler une connaissance si vous vous faites arrêter? C'est peut être au bout de 6 mois de cachot que l'on saura que vous êtes détenu.

Il ne faut jamais prendre les commissions d'autrui même des connaissances de vos connaissances. Ni accepter surveiller les bagages d'autrui qui prétend se rendre dans les toilettes lors des transits.
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0 #1 BILI-BILI 22-07-2014 09:04
Il fallait prendre le numero de la fille qui t'a remis le portable pour remettre à son frère là; c'est important.
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