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Insurrection populaire An II : Devoir de mémoire

La célébration du deuxième anniversaire de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 a connu son épilogue dans la journée du 31 octobre 2016. En effet, cette journée était destinée aux activités phares que sont la marche partie de la place de la Nation vers les locaux de l’ex-Assemblée nationale, où le discours officiel a été prononcé par le ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité intérieure, Simon Compaoré. La question sur toutes les lèvres demeure sans conteste celle de la justice pour les victimes et les blessés du soulèvement populaire et du coup d’Etat manqué du 16 septembre 2015. A ce propos, voici ce que souhaite le gouvernement burkinabè par la voix de Simon Compaoré : « Nous souhaitons vivement que l’année prochaine lorsqu’il sera temps de revisiter ces journées historiques, nous soyons en mesure de dire merci à Dieu parce que la justice aura été rendue. »

 

 

Une place de la Nation quasi-déserte, une importante mobilisation des femmes de la Brigade verte de la ville de Ouagadougou et celle non négligeable de la police nationale. Sur l’espace également un porte-char sur lequel sont affichées des photos des disparus de l’insurrection populaire et où trône du matériel de sonorisation qui distille de la musique. C’est ce qu’on pouvait constater lorsque nous  sommes arrivés sur les lieux aux environs de 7h40. La question que toute âme se pose est celle de la mobilisation qui n’était pas celle des grands jours. Pour qui a vu cette même place deux ans plus tôt, noire de monde, on s’attendait à mieux. «Qu’est-ce qui n’a pas marché donc du côté de la mobilisation ? Problème de communication ou est-ce  en raison du peu d’intérêt que les Ouagalaises et Ouagalais ont accordé à cette marche ?», étions-nous en train d’ergoter. «Les gens sont fatigués, c’est une marche sans enjeux», disent certains. Pour d’autres, où sont les Organisations de la société civile et leurs leaders ?… Au fur et à mesure que le temps s’écoule, on note l’arrivée de certains membres du gouvernement (Simon Compaoré, Rémis Fulgance Djandjinou, Maurice Dieudonné Bonanet, Clément Sawadogo), de députés de la Représentation nationale (Me Bénéwendé Stanislas Sankara, Léonce Zagré, Laurence Ilboudo/Marchal). A l’association des blessés de l’insurrection populaire (ABIP) viennent s’ajouter des militantes et militants du « Mouvement plus rien ne sera comme avant » (M/PRSCA), de partis politiques comme le Nouveau temps pour la démocratie (NTD). Quelques minutes avant l’entame de la marche, se présente le Balai citoyen, conduit par Serge Bambara, alias Smockey, et Me Guy Hervé Kam. Les marcheurs empruntent l’avenue de la Nation pour converger vers l’ancienne Assemblée (8h33). Sur le trajet, ils marquent par moments, comme ce sera le cas 10 minutes plus tard, à la place du Lion, pour entonner en chœur l’hymne de la victoire. Comme par hasard, nous nous retrouvons face à Guéwaratou Zongo, celle qui était dans la rue deux ans plus tôt. Son image (le poing levé) avait fait le buzz sur Internet, tout comme celle du monsieur qui était face à deux agents de sécurité. Elle salue au passage les mesures prises par le gouvernement actuel pour la prise en charge des parents des victimes et des blessés et dit que l’Etat «doit continuer à les accompagner». Elle pense par ailleurs qu’il y a eu des signes manifestes du pouvoir tendant à marquer la rupture avec le passé (gratuité des soins) mais que «tout ne peut pas être fait immédiatement, d’où un appel à la patience».

 

9h 30, la minute de silence sur le territoire national

 

Après une heure de marche, la première vague fait face au barrage érigé par la police. Il est 9h30, le maître de cérémonie annonce le retentissement imminent de la sirène de Ouagadougou. A travers ce son d’une minute, l’assistance est invitée à se tenir debout pour l’hommage aux personnes tombées lors des deux événements historiques. Aussitôt fait, les responsables qui ont conduit les marcheurs prennent place aux côtés du chef de l’Etat, Roch Marc Christian Kaboré, du président de l’Assemblée nationale, Salifou Diallo, et du premier ministre, Paul Kaba Thiéba. On pouvait également apercevoir les anciens présidents Jean Baptiste Ouédraogo, et Michel Kafando, le président du Conseil national de la transition, Chérrif Sy, la présence de présidents d’institutions et du corps diplomatique accrédité au Burkina Faso. En lever de rideau, les chantres de la paix et le groupe «le Faso d’abord» se succèdent pour la note musicale. Le ministre d’Etat Simon Compaoré énumère dans la foulée, les noms et prénoms des 42 personnes qui ont effectué le voyage du non-retour. A chaque appel, pendant que les élèves du Prytanée militaire de Kadiogo répondent «mort pour la patrie», la majeure partie de l’assistance parle plutôt de «justice, justice et rien que la justice». Cette requête sera réaffirmée par le représentant des familles des victimes. Pour Franck Sia, les familles des victimes attendent désormais la victoire judiciaire après celle politique qui s’est soldée par des élections libres et transparentes le 29 novembre 2015.  Elles pensent que la stabilité, la quiétude et l’émergence du pays se trouvent entre les mains des magistrats (clameur). Le ministre d’Etat revient à la charge à travers le discours officiel. S’exprimant au nom du gouvernement, il a souhaité que l’année prochaine, lorsqu’il sera temps de revisiter ces journées historiques, le gouvernement soit en mesure de dire que la justice a été rendue. Simon Compaoré précise par la suite que tous souffrent «des libérations à gauche et à droite et que c’est ensemble que nous ferons bouger les lignes au niveau de la justice». Il croit en outre que le combat pour la liberté demeure en ce sens qu’il y a une obstination «arrière-gardiste» de certaines personnes qui tentent de remettre en cause les acquis de l’insurrection pour rétablir l’ordre ancien. C’est pourquoi il appelle les démocrates, les associations et tout le peuple burkinabè à se mobiliser pour faire face à « cette manœuvre de ceux-là que l’histoire a condamnés à jamais ». Le clou de la cérémonie a été le recueillement au sein de l’ex-hémicycle. En ces lieux, les autorités font le tour des posters retraçant les temps forts de l’insurrection populaire, à commencer par la mobilisation des Ouagalaises et Ouagalais qui a atteint son paroxysme le 30 octobre 2014, le saccage des locaux suivi de l’incendie. Le lendemain 31 octobre, le rassemblement se fait de plus belle lorsque les manifestants réclamaient la démission de Blaise Compaoré, devant l’état-major général des Armées.   

 

«Le gouvernement actuel est condamné à rendre justice»

 

Au-delà des messages officiels, certaines personnalités du pays se remémorent le courage et la détermination des Burkinabè qui ont déboulonné un régime dans lequel ils ne se reconnaissaient plus. Sont de ceux-là, la première personnalité de la Transition, Michel Kafando. Pour lui, ces événements sont la preuve qu’il y a une nouvelle conscience au Faso et que personne ne pourra poser des actes sans tenir compte de la justice et de l’équité. Sur le volet judiciaire, il confirme que tout le monde s’impatiente mais qu’il faut également respecter les procédures de la justice moderne. « L’essentiel pour moi n’est pas d’aller vite pour une justice, mais d’arriver à une vraie justice qui rétablisse les gens dans leurs droits, de sorte que nous ne tombions plus jamais dans les erreurs du passé », explique Michel Kafando. Il pense que dans tous les cas, le gouvernement actuel est condamné à faire la lumière sur ces événements. Le Pr Luc Marius Ibriga s’est essentiellement penché sur le devenir de l’ex-AN en ruine, notamment son  projet de musée. Ce projet est avancé, dit-il, et dans les jours à venir il y aura le lancement d’un appel à idées, ce qui permettra à ceux qui le désirent d’imaginer l’érection de l’infrastructure. «Les trois premiers de cet appel seront primés et les éléments utilisés pour faire les TDR du concours d’architecture qui sera lancé en 2017 », poursuit-il. Cela sera suivi également d’un appel à la contribution populaire afin que le monde comprenne que les Burkinabè n’ont pas pris d’assaut l’Assemblée nationale parce qu’ils étaient contre la démocratie, mais qu’ils voulaient au contraire la consolider.

 

Aboubacar Dermé

Ada Ezékiel Akodia

 

 

Du dépôt de gerbes de fleurs

 

L’instant est solennel en cet après-midi du 31 octobre 2016. Le premier des Burkinabè, Roch Marc Christian Kaboré, en position avancée, derrière lui le Premier ministre et quelques membres du gouvernement, les autorités militaires, des ambassadeurs et des chefs d’institutions réunis à la place du Mémorial aux héros. Ils se dirigent vers la stèle par des pas cadencés qui sont accompagnés par un fond sonore. A l’arrêt définitif, deux soldats portent la gerbe de fleurs puis la déposent sur la sépulture. Le PF s’approche davantage et s’incline devant «les combattants de la liberté». C’est fait. L’hymne de la victoire est dès lors entonné par la fanfare de la gendarmerie. Une fois le devoir de mémoire accompli, celui-là même qui a déposé la gerbe a loué le courage de ceux qui ont payé de leur vie le changement politique, économique et social au Burkina Faso. Tour à tour, représentants des communautés catholique, protestante et musulmane se sont succédé au pupitre pour prier pour les disparus, mais aussi pour les filles et fils du pays afin qu’y règnent à jamais paix, prospérité et bonheur.

  A.D. et A.E.A.

 

 

Le PF face aux parents des victimes

 

Il est 16h dans la salle polyvalente de Kosyam, le 30 octobre dernier. Le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a voulu «une rencontre d’expression libre et de vérité» avec les parents des victimes, les blessés du soulèvement populaire et du putsch manqué. Conscient du fait que le nombre de blessés évacué à Tunis est infime par rapport à ceux dont les cas nécessitent des soins spécialisés (129), il a affirmé qu’une équipe médicale viendrait à Ouagadougou en vue de traiter la majorité. Pour le cas des personnes qui ont perdu la vie, il assure que les tombes situées sur l’étendue du territoire national seront mises aux normes, c’est-à-dire en conformité avec celles de Ouagadougou. Il conclut qu’aucune somme d’argent ne ramènera une personne à la vie, d’où leur engagement à «faire la lumière sur ces événements, quel que soit alpha ». Pour un des représentants des familles des victimes, Augustin Nébon Bamouni, au-delà de la justice, il faut une amélioration de la gouvernance pour qu’au Burkina Faso chacun ressente le bénéfice de ce pour quoi ces gens sont morts. Le président du Faso souligne par ailleurs que le ministre de l’Action sociale réfléchit sur la création d’un fonds de soutien aux pupilles de la Nation qui seront accompagnés jusqu’à ce qu’ils soient majeurs (écoles, santé). De plus, 3 d’entre eux intégreront chaque année le Prytanée militaire de Kadiogo (PMK).

Auparavant, une délégation de l’Association des blessés de l’insurrection populaire (ABIP-BF) a été reçue, à sa demande, par le président de l’Assemblée nationale, Salifou Diallo, le 29 octobre. Ce fut l’occasion pour le patron de l’institution de rassurer ses invités pour ce qui est de leur volonté d’œuvrer à ce que les blessés recouvrent «une parfaite santé». L’ABIP-BF, selon son porte-parole, Frank Sia, compte à ce jour 69 blessés en attente de soins et 10 d’entre eux portent toujours des balles.  Et comme il fallait s’y attendre, la question de la justice n’a pas été éludée par l’une ou l’autre partie. Salifou Diallo promet que la Représentation nationale y veillera.

 A.D. et A.E.A.

 

 

 

Un boulevard de l’insurrection populaire

 

Au jour du 30 octobre les manifestants au refus du projet de modification de l’article 37 de la Constitution ne se fichaient pas mal de la distance qu’ils avaient à parcourir pour déloger le locataire du palais de Kosaym, encore moins du soleil brûlant en cette période de l’année. Deux ans plus tard, cette bravoure reconnue à sa juste valeur a été récompensée et ce au détour d’un baptême de rue. En effet, le boulevard France-Afrique (du rond-point de la Patte-d’oie au croisement de l’hôtel Palace) devient boulevard de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014. De plus, le rond-point formé par ce boulevard et l’avenue Pascal Zagré (la voie jouxtant l’hôtel Laïco) et l’avenue Norbert Zongo est désormais la Place de la résistance populaire au putsch  du 16 septembre 2015. Ainsi en ont décidé les autorités communales de la ville de Ouagadougou pour être en phase avec la célébration du soulèvement populaire.  

  A.D. et A.E.A.

Commentaires   

0 #2 Joseph 03-11-2016 07:13
C’est très dommage que ni les blessés, ni les autorités n’aient pas pensé à rendre hommage au corps médical lors de la commémoration de l’An II de l’insurrection populaire. Lors de l’insurrection populaire des 30 et 31 Octobre 2014 et du coup d’Etat du 16 septembre 2015,des médecins et plusieurs agents de santé ont pris d’énormes risques en se mobilisant sous des tirs de balles pour se rendre aux CHU Yalgado, Blaise Compaoré, à la Pédiatrie Charles De Gaulle et dans divers CMA de la ville de Ouagadougou pour apporter des soins d’urgence aux blessés de ces deux évènements dramatiques. Cette mobilisation des agents de santé a été aussi effective dans plusieurs autres provinces du pays où les troubles ont causé des blessures. Le personnel médical est très indigné par cette situation qui frise l’ingratitude et se demande si elle doit encore prendre des risques en cas d’une catastrophe du genre. Par ailleurs, si le gouvernement équipe convenablement certains hôpitaux, il sera possible d’y faire ces chirurgies sans nécessité d’évacuations sanitaires couteuses à l’étranger comme en Tunisie. Le devoir de reconnaissance constitue une valeur humaine envers ceux qui se dévouent pour autrui, la nation et pour l’intérêt général
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0 #1 Kanzim 02-11-2016 16:07
La mobilisation risque de connaître et de façon continuelle et graduelle, une faiblesse du fait de l’accaparement de l’insurrection par des « gueulards » qui veulent coûte que coûte en tirer des dividendes politiques. Il y a une inflation du one-man-show autour de cette affaire. Et cela rappelle le 4 août 1983 : les pro Blaise COMPAORE ont abusivement occupé la presse pour dire chacun son rôle dans l’avènement. On en voit aujourd’hui qui se vantent dans l’avènement de l’Insurrection. Il y a de la nausée dans tout ça. Pire, les propos du Ministre Simon reviennent encore avec leur cortège de contradictions et d’irritations : comme il le clame comme dans un discours de guerre, j’aimerais savoir qui va « bouger les lignes au niveau de la justice » ? En quoi faisant ? Par une immixtion contraire à la décision du gouvernement et surtout du Président du Faso de consacrer l’indépendance de la justice ou quoi ? Il faut que certaines personnes, députés comme ministres, évitent de se montrer chaque fois à la télé, parce que ça dessert la cause de luttes comme la commémoration de l’Insurrection. La place de la révolution n’est pas un salon de coiffure et la commémoration n’est pas un djandjoba. Et puis quand le Président du Faso a parlé, que les autres aient l’intelligence de se taire parce que chacun sait quel est le niveau réel d’attirance ou de répulsion qui est le sien, dans la lutte pour l’avènement de la Justice. Est-ce que l’on peut seulement adopter la modestie comme l’a la’ si bien fait le Président de l’assemblée Nationale lors de sa rencontre avec les blessés et victimes ? Quant à la Presse présidentielle, elle a ajouté un galon à son incompétence dans l’observation des règles protocolaires, en oubliant de citer le Président Shérif SY.
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