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Maladies du foie : «L’hépatite B est cent fois plus contagieuse que le VIH, mais on en guérit» (Dr Mohamed Lamine Sissoko)

Maladies du foie : «L’hépatite B est cent fois plus contagieuse que le VIH, mais on en guérit» (Dr Mohamed Lamine Sissoko)

Le 28 juillet est institué Journée mondiale de lutte contre l’hépatite par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Eliminer l’hépatite, tel est le thème de la célébration cette année, une invite à intensifier les actions de lutte, notamment la sensibilisation et le dépistage. Pour marquer le coup et permettre une meilleure connaissance de cette maladie à diverses formes, très contagieuses (surtout l’hépatite B), mais encore méconnues des populations, Carnet de santé vous propose cette interview du docteur Mohamed Lamine Sissoko, spécialiste de la chirurgie du foie à l’hôpital national Blaise Compaoré.

 

 

  • Qu’est-ce que l’hépatite ?

 

Il n’y a pas une hépatite, mais des hépatites. Elles représentent un groupe de maladies du foie, caractérisées par une inflammation du foie, secondaires à diverses causes qui peuvent être virales (liées à des virus toxiques), liées à l’alcool, à la drogue et même à certains médicaments. Il y a aussi celles liées à des bactéries, des champignons. Et enfin les hépatites auto-immunes, c’est-à-dire des hépatites où les cellules du foie sont attaquées par le système de défense de l’organisme lui-même.

Mais les hépatites virales sont les plus connues. Les virus responsables de ces hépatites sont au nombre de 5. Il s’agit des virus des hépatites A, B, C, D et E. Appelés virus hépatotropes, ils ont une préférence pour le foie et ne peuvent s’attaquer qu’à cet organe. D'autres virus, qui ne sont pas spécifiquement hépatotropes, peuvent aussi entraîner une hépatite. Au Burkina, les hépatites virales les plus fréquentes sont les B et C.

 

  • Comment se transmettent les hépatites virales ?

 

- Le virus de l'hépatite A est présent dans le monde entier. Les taux de prévalence sont liés au niveau de développement économique des régions. Plus les conditions socio-économiques sont mauvaises, plus le taux de personnes ayant contracté le virus est grand (jusqu’à 100% dans certaines zones d’Afrique) et plus la contamination se fait tôt dans l’enfance. Les humains sont le seul réservoir du virus, donc la seule source d’infection. La transmission de ce virus est oro-fécale, c’est-à-dire qu’elle se fait par l’intermédiaire d’eau ou d’aliments souillés par les matières fécales de personnes infectées. Par exemple, on peut contracter le virus de l’hépatite A en omettant de se laver les mains après avoir été en contact avec des matières fécales comme lors du nettoyage des selles des nourrissons. C’est pourquoi on dit que l’hépatite A est une maladie des mains sales. On peut aussi la contracter en consommant de l’eau contaminée ou des aliments qui ont été en contact avec de l’eau contaminée comme les légumes, les salades et des fruits non pelés. La contamination peut aussi se produire lorsqu’une personne infectée manipule des aliments, pouvant ainsi infecter tous ceux qui en mangent. Le virus de l’hépatite A peut également être transmis au cours de rapports sexuels, oraux ou anaux (fellation et cunnilingus).

 

  • L’hépatite B est la maladie sexuellement transmissible la plus répandue sur la planète et la plus meurtrière. 2 milliards d’individus, soit une personne sur trois dans le monde, ont déjà été en contact avec le virus de cette hépatite. Deuxième cause de cancer dans le monde après le tabac, elle provoque 2 millions de décès par an. Selon l’OMS, l’hépatite B aigüe est responsable de 300 décès par an dans la population burkinabè.

Le virus de l’hépatite B est extrêmement contagieux, cent fois plus que le virus du SIDA. Il se transmet par contact avec le sang et d’autres liquides biologiques (sperme, sécrétions vaginales, lait maternel, etc). On peut être contaminé (si on n'est pas vacciné contre) par :
- un rapport sexuel non protégé avec une personne infectée ;
- le partage ou la manipulation de seringues et de matériel d’injection ;
- le contact direct du sang d’une personne non contaminée avec celui d’une personne infectée ;
- pendant la grossesse et/ou l’accouchement ;
- par le partage des rasoirs, brosses à dents, ciseaux, coupe-ongles, pinces à épiler, bijoux de piercing, boucles d’oreille, etc ;
- pendant le tatouage, l’acupuncture, les soins dentaires et le piercing réalisés en dehors des règles d’hygiène et d’asepsie nécessaires.

Par contre, on ne peut pas être contaminé à travers l’eau ou les aliments.

- L’hépatite C est une maladie relativement fréquente. On estime à environ 130 à 170 millions le nombre de porteurs chroniques de son virus dans le monde et que 3 à 4 millions de personnes en sont nouvellement infectées chaque année.

Ce virus se transmet principalement par le contact direct avec du sang ou des produits sanguins contaminés. La contamination par le virus C nécessite le contact entre le sang d'un sujet infecté et celui d'un sujet sain. Les voies de transmission de l’hépatite C sont superposables à celles de l’hépatite B. On estime que 24% des patients infectés par le VIH sont également infectés par le virus de l’hépatite.

- Le virus de l'hépatite D est un virus défectif, c'est-à-dire qu'il a besoin, pour se multiplier, de la présence du virus de l'hépatite B. Donc le virus de l'hépatite D n’est recherché que chez les patients porteurs de l'hépatite B.

La transmission est voisine de celle du virus de l’hépatite B. La gravité, lors des doubles infections virus B et virus D, tient au fait que le pronostic d'une hépatite B est aggravé par le virus de l’hépatite D, avec davantage de complications et une évolution plus rapide de la maladie.

- Le virus de l’hépatite E est à transmission oro-fécale comme celui de l’hépatite A. Comme toutes les affections liées au péril fécal, surtout dans les pays pauvres, le virus de l’hépatite E est essentiellement transmis à l’homme par voie digestive, par l’ingestion de particules infectieuses à partir de la contamination de l’environnement souillé.

 

  • Quels sont les signes ?

 

Les signes sont similaires. Généralement, il n’y a de manifestations que plusieurs semaines après l’infection. Une personne infectée peut présenter les signes suivants : une jaunisse (coloration jaunâtre de la peau et du blanc des yeux) qui est souvent précédée de fièvre, de fatigue, de perte d’appétit, de nausées, de vomissements, de douleurs abdominales, de douleurs articulaires. Cependant la jaunisse n’est pas synonyme d’infection par l’hépatite virale, car elle peut être signe d’autres maladies comme la drépanocytose (plus fréquente dans la race noire), le paludisme et certaines maladies du pancréas dont le cancer du pancréas. En outre, cette jaunisse n’apparaît pas chez toutes les personnes atteintes d’hépatite virale. Elle n’affecte qu’environ 10% des malades. Dans la majeure partie des cas, ces personnes ne présentent aucun signe, ce qui fait d’ailleurs la gravité de la maladie avec une évolution chronique pouvant aboutir à des complications.

 

4- Comment se fait le diagnostic ?

 

Si une personne a pris part à une activité qui aurait pu augmenter le risque d'infection, récemment ou dans le passé, elle devrait consulter un médecin dès que possible. Il est possible de diagnostiquer les hépatites virales au moyen de tests sanguins et d’entamer un traitement adapté. Il en existe au Burkina en ce qui concerne les hépatites virales B et C. Un diagnostic et un traitement précoces peuvent aider à réduire les dommages au foie et à prévenir la transmission involontaire du virus.

  • Quelles peuvent en être les complications?

 

Contrairement aux virus des hépatites A et E, les virus des hépatites B et C peuvent conduire à un état de portage chronique, signifiant que le sujet ne s’en débarrasse pas et peut développer, de nombreuses années plus tard entre 10 et 40 ans, les complications graves que sont la cirrhose et le cancer primitif du foie. Dans les pays en voie de développement, comme le Burkina Faso, les personnes atteintes d'hépatite B ou C chronique succombent à ces complications qui sont souvent diagnostiquées trop tard.


6-
Peut-on prévenir la maladie?

 

Oui. Des moyens de le faire existent. D’abord, il faut se faire dépister, connaître son statut et ensuite se faire vacciner. Il existe un vaccin efficace contre le virus de l’hépatite B, commercialisé partout dans le monde. Cependant, il faut impérativement se faire dépister avant la vaccination. Et même si on n’est pas infecté après le dépistage, il faut se faire vacciner, car la vaccination confère une protection à vie. Il existe aussi un vaccin contre l’hépatite A dont on guérit de façon naturelle et sans séquelles. Par contre, il n’y a pas de vaccin contre les hépatites C et D. C’est la vaccination contre l'hépatite B qui protège, de façon indirecte, contre ces infections. Cependant, le vaccin contre l’hépatite B ne permet pas de prévenir l'hépatite D chez les personnes atteintes d'une hépatite B chronique.

Au Burkina, le vaccin de l’hépatite B coûte entre 7000 et 8000 francs CFA la dose. Il en faut 3 doses avec les rappels.

En dehors de la vaccination, d’autres mesures préventives doivent être prises comme avoir des relations sexuelles protégées, avoir une bonne hygiène personnelle (se laver les mains après avoir été aux toilettes, après avoir changé une couche et avant de préparer ou de consommer des aliments), éviter de partager des articles qui peuvent être contaminés par du sang (brosse à dents, rasoir, coupe-ongles, aiguille, etc)

 

  • Qu’en est-il de l’hépatite chez la femme enceinte ?

 

Chez la femme enceinte, l’infection par le virus de l’hépatite, surtout la B, est dominée par le risque de transmission mère-enfant. Le nouveau-né contaminé va en rester le plus souvent porteur chronique donc avec le risque de développer une cirrhose ou un cancer primitif du foie à l’âge adulte. Cette transmission peut être évitée grâce à la sérovaccination du nouveau-né. Cependant au Burkina où la transmission de l’hépatite B de la mère à l’enfant est importante (selon une étude réalisée au CHU-YO en 2009, le taux de transmission anténatale du virus de l’hépatite B est de 37,1%), il n’existe pas de programme de prévention de la transmission mère-enfant des hépatites, d’où l’insuffisance du dépistage et des soins de cette couche. La principale stratégie de prévention en vigueur est la vaccination contre l’hépatite B introduite dans le Programme élargi de vaccination depuis 2006 et qui ne concerne que les enfants de deux mois et plus.

Par contre dans des pays comme la France, une loi impose de rechercher l'infection par le virus de l’hépatite B chez toutes les femmes enceintes (dépistage obligatoire dès le 6ème mois) par un test sanguin et de vacciner les enfants de mère positive à la naissance, d'insérer le vaccin contre l’hépatite B dans le calendrier vaccinal des enfants et de vacciner les adolescents qui sont une population à risque.

 

 

  • Y a-t-il un traitement contre ?

 

Oui et ça concerne les hépatites B et C. L’hépatite B, on peut en guérir au bout de 6 à 10 semaines si le système de défense de l’organisme est compétent. Contre l’hépatite B chronique, les médicaments sont actuellement disponibles et abordables (entre 2500 et 5000 F CFA par mois), mais la difficulté réside dans le suivi avec des examens de sang et d’échographie répétés qui sont à la charge du patient et coûtent chers. Pour ce qui est de l’hépatite C, il existe actuellement un traitement par voie orale qui reste cependant inaccessible à la majorité de la population (autour de 200 000 f CFA par mois). Il permet de guérir environ 8 malades sur 10 dans un délai de 3 à 6 mois.

Aux médicaments il faut ajouter d’autres mesures d’ordre diététique. En effet, en cas d’hépatite, il faut avoir une alimentation saine et équilibrée, éviter surtout la prise d’alcool, lequel peut interagir avec un risque d’évolution rapide vers des complications.

 

  • Que pensez-vous des traitements traditionnels des hépatites qui paraissent plus accessibles aux populations?

 

Effectivement, certaines personnes ont recours à des traitements traditionnels pour des questions d’accessibilité culturelle, géographique et financière. Cependant, ces traitements n’ont pas encore démontré leur efficacité. Au contraire, ces traitements traditionnels peuvent être délétères pour le foie dans la mesure où ils peuvent entraver et dégrader le fonctionnement du foie par des toxiques issus des plantes exploitées.

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