Logo
Imprimer cette page

Arthrose : «On n’en guérit pas, on apprend à vivre avec» (Dr Christian Compaoré, rhumatologue)

Arthrose : «On n’en guérit pas, on apprend à vivre avec» (Dr Christian Compaoré, rhumatologue)

Genou, hanche, main, colonne vertébrale… l’arthrose s’attaque aux articulations. Maladie dégénérative chronique détruisant les cartilages articulaires, elle est fréquente chez les personnes âgées, obèses ou sportives. Au moins une personne sur quatre souffre d’arthrose dont le principal symptôme est la douleur. Et cette pathologie, on ne s’en débarrasse pas facilement. Comment vivre avec son arthrose ? Quel traitement pour soulager la douleur ? Peut-on prévenir la maladie ? Autant de questions que nous avons abordées avec le Dr Christian Aristide Compaoré, spécialiste en Médecine interne, Rhumatologie, expert en Réparation juridique de dommages corporels, par ailleurs responsable du Cabinet médical Sainte Cécile (CMSC) sis au quartier Bilbalogho… de Ouagadougou.

«Plus de 75% de mes consultations sont liées à l’arthrose», nous a révélé le Dr Compaoré lors d’un entretien le 1er août 2017. La plupart des patients, environ 80%, a-t-il ajouté, sont du genre féminin, du fait de la ménopause au cours de laquelle les estrogènes (hormones sexuelles) agissent négativement sur les articulations. Il a en effet défini l’arthrose comme une maladie dégénérative chronique qui détruit les cartilages articulaires, entraînant une raideur des articulations, les empêchant de fonctionner normalement. L’arthrose est responsable de douleurs et de douleurs chroniques, souvent invalidantes, empêchant le malade de vaquer à ses occupations. Les articulations les plus touchées sont la colonne vertébrale, le genou, les hanches, les mains et les épaules. L’arthrose des mains est héréditaire et fréquemment rencontrée chez certains spécialistes qui utilisent beaucoup la main à l’image des artistes ou des personnes qui utilisent beaucoup le clavier d’ordinateur.

Outre l’hérédité, il y a des facteurs de risque tels l’âge (la vieillesse), le surpoids associé à l’inactivité, et certaines maladies comme la goutte, liée à la consommation excessive de bière et de viande qui favorise l’installation de cristaux dans les articulations. Ce dernier facteur, foi du rhumatologue, est responsable de nombreux cas d’arthrose dans notre contexte.

Un autre constat, les jeunes sont de plus en plus arthrosiques. Selon le Dr Compaoré, cela pourrait être lié à l’obésité, à la sédentarité ou à l’inactivité. « Les gens vont au bureau et restent assis pendant toute la journée. Une fois qu’ils rentrent chez eux aussi, ils ne font aucune activité sportive. Les cartilages se fragilisent donc et l’arthrose s’installe insidieusement », a-t-il fait remarquer.

 

Le sport avec modération

 

Le sport excessif peut aussi provoquer la maladie. Cela concerne la pratique, pendant le jeune âge, de sports comme les arts martiaux, le football ou le basket. «Ces sportifs sont des sujets à risque qui peuvent présenter une arthrose dès 30 à 40 ans parce que leur articulation a été beaucoup soumise à des contraintes mécaniques ou parce qu’ils ont peut-être eu des entorses ou des luxations qui n’ont pas été bien prises en charge. Des arthroses du genou ou de la colonne vertébrale peuvent donc survenir », a souligné le docteur. Des sujets plus jeunes (15 ans) souffrant d’arthrose sont notamment ceux qui ont étés atteints très tôt (à 7 ans par exemple) de maladies chroniques comme la polyarthrite qui détruit les articulations.

Les personnes à risque d’arthrose sont, entre autres, les plombiers, les chauffeurs, les secrétaires, les garagistes et les maçons.

Souffre-t-on de la même manière ? Selon notre spécialiste, les symptômes sont multiples et fonction de la zone de localisation, donc variables d’une personne à une autre. Cependant, a-t-il précisé, le symptôme commun reste la douleur qui est… invalidante. Et d’expliquer : «Du fait de l’atteinte de l’articulation qui entraîne la raideur, par exemple, en ce qui concerne l’arthrose du genou, le patient ressent une douleur vive et a du mal à plier son genou. En cas de poussée, le genou devient douloureux et s’enfle chez certains. C’est d’ailleurs la douleur qui amène généralement le patient à consulter».

La raideur, le gonflement et le craquement de l’articulation sont aussi présents dans les autres types d’arthroses. Cependant ces symptômes peuvent aussi se retrouver dans d’autres pathologies. Alors comment distinguer un mal quelconque d’une arthrose ? Le diagnostic, à en croire Dr Compaoré, consistera en l’examen d’abord clinique, ensuite biologique. A l’échographie, il peut y avoir une inflammation assez élevée qui montre une arthrite. Mais c’est l’examen radiologique qui va permettre de confirmer la différence en présentant un pincement articulaire, une diminution de l’espace entre les 2 articulations et une atteinte du cartilage. A cet effet, il a invité les malades à consulter un médecin dès qu’ils ressentent la douleur, car, a-t-il souligné, chez certains l’évolution est très rapide, pouvant passer en l’espace de 5 ans d’une arthrose douloureuse à une articulation invalidante. A ce stade, le patient ne peut plus faire d’activité et le port d’une prothèse s’impose. Cependant, a-t-il regretté, non seulement le coût de la prothèse (celle du genou particulièrement) est exorbitant mais, en plus, au Burkina, il n’y a encore pas de structures habilitées en la matière. Seuls quelques spécialistes peuvent la placer en dehors des missions venant de l’étranger.

 

De la morphine pour soulager le mal

 

Pire, il n’y a pas encore de traitement. «On ne guérit pas de l’arthrose comme on guérit du palu, on apprend à vivre avec son arthrose, avec ses douleurs en faisant des activités physiques », a prescrit le rhumatologue. Les médicaments sont des antidouleurs, notamment des antalgiques répartis en plusieurs paliers tels que le Doliprane, les dérivés morphiniques associés à du Paracétamol, et les morphiniques pures contre les douleurs insoutenables. Mais au Burkina Faso, une loi proscrit la prescription de ces médicaments d’ailleurs difficiles à trouver. D’autres anti-inflammatoires utilisés sont contre indiqués chez les patients de plus de 50 à 60 ans qui présentent des hypertensions, des insuffisances rénales ou des ulcères. Il y a également les infiltrations réalisées dans l’articulation, soit des corticoïdes qui agissent localement juste au niveau de l’articulation. Il y a, en plus, la visco-supplémentation, un produit qu’on injecte dans l’articulation et qui lui permet de reprendre sa mobilité, sa souplesse. Des anti-arthrosiques à action lente comme la glucosamine, la chondroïtine, utilisés comme complément alimentaire, permettent aussi de reconstituer le cartilage à long terme. Ces produits, qui n’ont pas vraiment démontré leur efficacité, sont assez rares et coûteux au Burkina.

Aux patients dont l’atteinte est sévère on préconise la kinésithérapie qui peut être simple, avec de l’eau (piscine) ou avec des électrodes pour lutter contre la douleur.

La chirurgie reste le dernier recours. Cependant, elle est très délicate, notamment celles du genou, de la hanche et de l’épaule qui sont quasi impossibles au Burkina. Concernant la chirurgie de la colonne vertébrale, des patients opérés se plaignent généralement de problèmes de rachis après. Les prothèses en Europe coûtent entre 20 000 et 50 000 euros (pour le genou), soit environ 13 millions CFA, sans la rééducation. Des prix exorbitants qui amènent n’importe qui à penser à des mesures de prévention.

 

Se tenir bien droit sur une chaise adaptée

 

La solution la plus simple, selon notre spécialiste, c’est de pratiquer une activité physique, en l’occurrence la marche, 30 minutes environ trois fois par semaine. La natation et le vélo sont aussi recommandés. Il faut aussi assainir l’environnement dans lequel on travaille en utilisant des équipements adéquats. Pour prévenir l’arthrose de la colonne vertébrale, par exemple, il faut s’asseoir sur une chaise haute. L’occupant doit s’y tenir bien droit, cela évitera les problèmes articulaires au niveau des genoux et de la colonne vertébrale. Il ne faut pas, non plus, rester pendant longtemps assis, il faut se lever au bout d’une heure, faire quelques mouvements avant de revenir s’assoir. Il faut aussi éviter les mouvements répétés. Le soir, il faut prendre des repas légers et consommer beaucoup de fruits et légumes.

A tout cela s’ajoute la sensibilisation, car beaucoup de personnes n’en sont pas informées et vivent avec le mal sans le connaître. Il revient également aux éducateurs physiques d’expliquer aux enfants ce que c’est, de leur faire savoir que le sport intensif dès le jeune âge peut provoquer l’arthrose. La mise en place par nos autorités sanitaires d’un programme de lutte contre l’arthrose, classée parmi les 3 plus grandes pathologies, pourrait aussi aider à la prévention. En plus, une formation de spécialistes de la maladie s’impose. Selon le Dr Compaoré, en effet, le Burkina compte pour l’instant seulement 5 spécialistes de la rhumatologie.

 

Alima Séogo/Kouanda

Tél . : 79 55 55 51

E-mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Commentaires   

0 #1 Lobserveur 13-08-2017 19:46
Etes vous sur que vous etes rhumatologue
Citer

Ajouter un Commentaire

Recopiez le code dans la cage au bas du formulaire avant d'enregistrer votre message. Merci!

Code de sécurité
Rafraîchir

© 2011-2014 - Observateur Paalga - Tous droits réservés I Conception: CVP Sarl.