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Cascades de Banfora : A quoi sert un site touristique s’il n’est pas accessible ?

Cascades de Banfora : A quoi sert un site touristique  s’il n’est pas accessible ?

Nous avons reçu d’un de nos lecteurs la complainte-plaidoyer qui suit sur la voie, impraticable en cette saison pluvieuse, qui relie Banfora aux Cascades de Karfiguéla, une situation peut-être commune à d’autres sites touristiques burkinabè.

 

C’était décidé : cette année, dès que je pourrais jouir de mon congé, je prendrais le large avec toute la famille. On quitterait Ouagadougou en direction de l’ouest du Burkina pour deux semaines de vacances et de découvertes. C’est un peu honteux mais je dois l’avouer, je ne connais pas très bien mon propre pays, moi qui, pourtant, ai parcouru grâce à mon métier le monde dans tous les sens, visitant de hauts lieux de l’histoire et du tourisme mondial : de la Vieille Dame de fer de Paris ou du Château de Versailles au Temple de Baalbeck et à la plaine de la Bekaa au Liban en passant par l’île sénégalaise de Gorée, l’Atomium bruxellois, le cimetière d’Arlington aux Etats-Unis, Taipei 101, l’ancien bagne devenu musée de Robben Island en Afrique du Sud et que sais-je encore.

Il me fallait donc commencer à combler cette insuffisance et en faire profiter aux enfants. Ainsi, un jeudi d’août 2017 vers 10h, le véhicule dûment révisé, le coffre chargé comme si on n’allait pas revenir, nous mettons le cap sur Bobo-Dioulasso. Ça sera notre camp de base à partir duquel nous irons de temps à autre plus en profondeur, notamment à Banfora, où les sites qui valent le détour ne manquent pas. Nous quittons donc le chef-lieu de la région des Hauts-Bassins par un matin pluvieux pour la cité du Paysan noir où un de mes collègues, prévenu à l’avance, « fremdenführer » de circonstance, nous attend.

 

7 malheureux kilomètres

 

« On commence par quoi ? Le plus dur ou le plus facile ?  » demande d’entrée Luc Ouattara, qui avait déjà en réalité la réponse à sa question. Va donc pour les fameuses Cascades de Karfiguéla, juste à 7 kilomètres de la ville. 7 petits malheureux kilomètres qui paraissent cependant interminables en cette période. Notre voiture, pourtant adaptée à ce type de terrain, patine régulièrement, manquant d’envoyer l’équipée dans le décor. A la barrière de pluie, le gardien nous gratifie d’un « I dansè » avec un sourire qui découvre ce qui reste d’une dentition noircie par la cola ou la cigarette. Il veut s’assurer que nous avons un guide. Affirmatif.

Nous continuons donc à slalomer entre les champs de canne à sucre et de céréales jusqu’au « péage » à l’entrée des Chutes où Daouda Ouattara, le guide qui nous est affecté, prend le relais de mon collègue. La voiture s’enfonce encore quelques centaines de mètres jusqu’au parking, où nous nous garons pour poursuivre l’ascension à pied entre une petite forêt de tecks et d’autres majestueux arbres centenaires. On entend déjà le bruit sourd de l’eau qui dévale les pentes parfois abruptes que certains sont souvent obligés de gravir à quatre pattes. Les enfants, espiègles, sont à l’affût pour réaliser la moindre photo « compromettante » des parents à court de souffle par manque d’exercice. Tel un roi nègre, le petit dernier (six ans) est, lui, porté au cou par le guide. Nous n’irons pas jusqu’à la dernière station, où on nous promettait une vue panoramique ponctuée d’un massage à l’eau, mais nous nous rendrons aussi loin que nos jambes nous le permettront.

Il faut maintenant redescendre puisque nous avons pris rendez-vous pour déjeuner à 13h30 avant de poursuivre notre escapade ailleurs. Ça va naturellement plus vite qu’à la montée. Nous revoici donc très rapidement à l’aire de stationnement puis au péage. Mais nous avons à peine pris congé de nos guides et amorcé le retour sur Banfora que, quelques dizaines de mètres plus loin, nous sommes obligés de les appeler à la rescousse. Notre voiture venait de s’embourber dans une pente aussi raide que glissante ; elle s’enfonce davantage dans la glaise au moindre coup d’accélérateur. Il faudra une bonne heure pour nous sortir de l’ornière.

 

« Patinoire »

 

« On vous parlait à l’instant de l’état de la route. Vous voyez ! » nous lance Fatogoma Tou, l’œil malicieux, presque satisfait que nous ayons aussi touché du doigt le calvaire que vivent les touristes dont certains sont souvent obligés de laisser leurs automobiles au diable vauvert, à l’image de ce groupe de plusieurs dizaines de femmes que nous avons croisé ce jour-là. Une fois que nous sommes sortis de la patinoire, il reprend : « Depuis des années et des années, on en parle. Chaque ministre chargé du tourisme vient faire son cinéma, promettre ciel et terre et puis, plus rien…en attendant le prochain. » Hélas !

Que vaut donc un site, soit-il le plus beau du monde, s’il n’est pas accessible à tout moment, surtout pendant l’hivernage, période de vacances scolaires et administratives par excellence ? Conséquence de cette mauvaise passe, nous n’irons plus, comme initialement prévu, à Sindou, distant de 45 km, pour admirer les fameux pics puisque nous devions retourner à Sya avant la tombée de la nuit. On se contentera du lac de Tengréla, à un jet de pierre de là et accessible par une piste, fort heureusement carrossable. Mais difficile en cette saison de croiser ses vénérables habitants, les hippopotames, pour lesquels, c’est promis, nous reviendrons un jour. Aux Cascades également, si on daigne d’ici là en rendre l’accès plus facile.

 

Un touriste embourbè

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