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Emmanuel Macron à l’université de Ouaga : Même pas peur des étudiants !

On savait déjà qu’il n’avait pas froid aux yeux et qu’il   était réputé avoir une certaine idée de sa personne. Ce n’est pas pour rien que là-bas, on a vite fait de l’affubler du sobriquet, un tantinet moqueur, de Jupiter, le dieu des dieux dans la mythologie romaine. On se rappelle encore comment d’une poignée de main ferme le jeune homme de 39 ans avait failli écraser les pinces du vieux Donald Trump qui avait voulu s’essayer au bras de fer avec lui lors de leur première rencontre.

On a encore eu la preuve de ce cran hier à l’amphi libyen de l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouaga où, le lendemain de son arrivée dans la capitale burkinabè, le président français, Emmanuel Macron, s’est adressé à la jeunesse burkinabè et africaine représentée par quelque huit cents étudiants triés sur le volet. En se présentant presque comme l’un des leurs.

En 2009, lors de son tristement célèbre discours de Dakar, son prédécesseur Nicolas Sarkozy, dans un exercice analogue, n’avait pas osé se frotter à « la racaille » estudiantine, préférant les très policés universitaires avec qui il ne risquait pas grand-chose. Rien de tel avec le locataire actuel de l’Elysée. Il y est allé alors que tout le monde se demandait ce que, diable, il allait faire dans cette galère de Zogona, cette fosse aux lions dont il avait peu de chances de sortir vivant. Non seulement il s’y est aventuré, mais contrairement à ce qui s’est passé avec Sarko, son intervention était suivie de questions, quatre en principe initialement, mais ça ne lui suffisait pas au point qu’il en redemandait, jouant lui-même par moments au maître de cérémonie. N’eût été la contrainte de son agenda, il aurait tenu le crachoir des heures durant devant cet auditoire qui était pourtant loin d’être conquis au départ.

A l’arrivée, après  1h 41 minutes d’allocution et une autre petite heure à répondre aux questions sans tabou, c’est finalement la proie présumée qui aura pris le dessus sur des fauves qui ont perdu toute agressivité. L’opération de charme et de reconquête d’une population majoritairement hostile à l’ancienne puissance tutélaire aura réussi.

Il est vrai que, plus tôt dans la matinée, l’homo communicus  avait pris le soin de chatouiller le pays réel par là où ça le démange en déminant le terrain du campus depuis le palais de Kosyam où il s’est entretenu avec son homologue Roch Marc Christian Kaboré.

- Ceux qui sont contre sa venue et qui ont manifesté hier aux alentours de l’UO sont contre l’impérialisme ? Ça tombe bien, lui aussi est anti-impérialiste. Ne riez pas.

- La levée du  secret-défense sur l’assassinat de Thomas Sankara que ses familles biologique et politique réclament à cor et à cri depuis belle lurette ? Accordée. D’autant plus facilement que certains dossiers étaient déjà déclassifiés.

- L’extradition de François Compaoré, interpellé pour son implication présumée dans l’assassinat de Norbert Zongo il y a quelques semaines à l’aéroport Charles-de-Gaulle de Roissy puis relâché et depuis sous contrôle judiciaire ? Nonobstant l’indépendance de la justice française, elle devrait répondre favorablement à la demande formulée par les autorités burkinabè.

Hourra ! Ceux qui venaient peut-être pour le conspuer avaient-ils dès lors d’autre choix que de l’applaudir, surtout quand, après cette entrée en matière de Kosyam, il cite dès l’entame de son adresse le « oser inventer l’avenir », un des slogans fétiches de Sankara, ou quand il affirme urbi et orbi qu’il n’y a plus de politique africaine de la France même si le nouveau partenariat, la nouvelle philosophie qu’il appelle de tous ses vœux, n’est rien d’autre que cela, les officines peut-être en moins ?  Ou encore que le sort que subissent en Libye les candidats subsahariens à l’immigration clandestine est un crime contre l’humanité ?

N’en jetez plus. On peut être d’accord ou pas avec le rhéteur de la rue du Faubourg Saint-Honoré, mais il faut reconnaître qu’il ne manque pas d’arguments, et s’il n’a cessé d’affirmer qu’il ne veut pas donner de leçons, il n’en dispense pas moins quelques-unes et dit avec franchise ce qu’il pense. A-t-on en effet d’autre choix que d’opiner avec lui que les passeurs qui se sucrent sur le dos des migrants ne sont ni Français, ni Belges, ni Allemands mais bien Africains, et que Roch peut décider de quitter la zone CFA pour battre sa propre monnaie « dès qu’il aura réparé la climatisation de l’amphi » (Macron dixit) parce que cette question lancinante est avant tout de la responsabilité des Etats africains, non de la France ? Pour un peu, on croirait entendre Le Grand Charles lançant à Sékou Touré après le non retentissant au référendum de 58 : « Vous voulez l’indépendance, eh bien prenez-la ! » Sous-entendu à vos risques et périls.

On saura aussi gré au discoureur venu de Paris d’avoir, en toute humilité, fait son mea culpa sur l’explosion démographique de l’Afrique qu’il avait liée à une problématique civilisationnelle, ce qui lui avait valu une véritable volée de bois vert sur le continent. Mais pour le fond, il est resté droit dans ses bottes, car si la démographie est un atout, elle peut également compromettre tous les efforts de développement si elle n’est pas maîtrisée. Et il faut, a-t-il martelé, donné par l’éducation la liberté aux femmes d’avoir sept ou huit enfants si elles le désirent et si elles en ont les moyens.  Il n’a pas tort.

Il est donc venu, il a vu (ou plutôt parlé), il a vaincu ses contradicteurs dont le niveau, il faut dire, volait souvent au ras des pâquerettes. Et ça se dit étudiant ! Ainsi est Macron, sûr de lui et dominateur, un beau parleur et comme tel il peut être dangereux tant les belles paroles professées ex cathedra peuvent se révéler n’être que de simples effets d’annonce pour enfumer un public qu’on sait hostile. Si bien qu’il faut attendre de voir la concrétisation de certaines déclarations macroniennes pour se faire une idée plus juste de leur réalité.

Ce disant, on pense surtout au dossier Thomas Sankara. Car le tout n’est pas de déclassifier, encore faut-il que les documents qui le seront permettent véritablement d’avancer dans la recherche de la vérité, notamment sur ce qui est de la responsabilité ou non de l’Hexagone dans la boucherie du 15-Octobre. Le précédent rwandais, l’affaire Ben Barka et bien d’autres sont là pour nous en convaincre, on ne déclassifie que ce que l’on veut bien faire tomber dans le domaine public. De même faut-il se réjouir d’ores et déjà de l’arrivée annoncée du précieux colis François dont une partie de l’avenir se joue, on ne le sait que trop, sur les bords de la lagune Ebrié ?

Pour tout dire, que ce soit sur ces sujets, franco-burkinabè, ou sur d’autres plus transversaux comme la gestion des flux migratoires, la délivrance de visas longue durée aux étudiants et aux enseignants-chercheurs, l’aide publique au développement, les changements climatiques, etc., il faut prendre le temps de digérer les belles paroles de l’évangile selon saint Emmanuel pour voir l’effet qu’elles produiront avec le temps. En espérant que ce ne sera pas uniquement des effets d’annonce qui vont très vite retomber comme un soufflet dès que l’illustre hôte aura tourné les talons.

 

Ousseni Ilboudo

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