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Le jeûne du travailleur

Le jeûne du travailleur

« Je passe la moitié de mon temps d’éveil au service et je suis amené à côtoyer des gens qui sont devenus comme des membres de ma famille. Malheureusement, cette proximité prend souvent l’allure de vulgarité. Qu’est-ce que je dois faire pour ne pas poser des actes qui pourront rompre mon jeûne ? » La préoccupation soulevée par un de nos lecteurs nous amène à reprendre cet article de juillet 2013 d’Ismaël Tiendrébéogo, imam du CERFI et de l’AEEMB, sur la question du jeûne du travailleur dont malheureusement le métier peut influer sur la volonté de respecter le quatrième pilier de l’islam. Vos suggestions sont toujours attendues sur Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..">Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

En principe, le jeûne du travailleur, indépendant ou lié à un employeur, ne se distingue guère du jeûne des autres musulmans. Il lui est appliqué les mêmes règles, il reçoit les mêmes récompenses que les autres, et il n’y aura comme différence entre jeûneurs que les niveaux de dévotion.

Pour des savants musulmans, il existe trois types de jeûne : le jeûne du commun des gens, qui consiste en l’observance des trois abstinences (abstinence de nourriture, de boisson et de commerce charnel ) dans la stricte recherche exclusive de l’agrément de Dieu ; le jeûne de l’élite qui, outre les caractéristiques du jeûne du commun des gens, se distingue de celui-ci par la discipline que l’on impose à ses organes de sens et à ses membres (baisser le regard, se retenir des paroles interdites, répréhensibles ou inutiles et surveiller le reste des membres ) ; le jeûne de l’élite qui, outre toutes les caractéristiques des deux types précités, se singularise par le fait que le jeûneur, qui appartient à l’élite de l’élite, tourne son être vers son Créateur durant ce mois béni et oriente son cœur vers la recherche de son agrément. Le cœur est notre plus important outil dans le cheminement spirituel, son état est le meilleur indicateur de notre état spirituel général. En effet, « nul n’aura jamais la foi tant que son cœur ne sera pas droit, et nul n’aura le cœur droit tant que sa langue ne sera pas droite » (Hadith). Cela ayant été précisé, venons-en au fait que le travailleur, du fait de son statut ou du type de travail qu’il fait, peut se voir reconnaître des conditions particulières.

 

Faire attention à ses habitudes au bureau

 

Nous passons la moitié de notre temps d’éveil dans nos services et y côtoyons des gens qui deviennent comme des membres de nos familles. Ce qui aboutit tout naturellement à une très grande proximité. Si celle-ci se limite à une certaine familiarité, nécessaire pour créer un bon climat de travail, le travailleur doit veiller à ce que cette proximité ne prenne pas des allures de vulgarité. En effet, le musulman est appelé à contrôler tous ses membres et organes de sens, car « l’ouïe, la vue et le cœur, sur tout cela, en vérité, on sera interrogé » (Sourate 17, verset 36).

Spécialement pendant le mois de ramadan « pour celui qui ne renonce pas au mensonge dans les actes et les paroles, Dieu n’a nul besoin qu’il renonce à sa nourriture et à sa boisson » (Hadith) : malheureusement, « combien de jeûneurs ne reçoivent de leur jeûne que la faim et la soif ! » (Hadith).

De même, dans nos interactions professionnelles, des conflits liés à l’utilisation des ressources ou d’intérêts peuvent nous opposer à nos collègues. Il faudra savoir rester croyant et se rappeler que, « En vérité, le jeûne est protection. Quand l’un de vous jeûne, qu’il ne tienne pas de propos indécents et qu’il ne vocifère pas. Et si quelqu’un l’agresse ou bien l’injurie, qu’il réponde : je jeûne, je jeûne ! » (Hadith). D’ailleurs, le croyant n’est-il pas « celui dont les gens sont à l’abri du méfait de la langue et de la main » ?

Le jeûneur doit en outre s’abstenir de prêter l’oreille aux médisances, aux calomnies, aux rumeurs et mensonges, sinon on risquerait de tomber dans la catégorie des hypocrites, qui « sont attentifs au mensonge et voraces de grains illicites » (Coran 5/42). Très souvent, dans les services, les commerces ou dans les autres lieux où les gens se regroupent, vous remarquerez qu’ « il n’y a rien de bon dans la plus grande partie de leurs conversations secrètes, sauf si l’un d’eux ordonne une charité, une bonne action ou une conciliation entre les gens. Et quiconque le fait, cherchant l’agrément d’Allah, à celui-là Nous donnerons bientôt une récompense énorme » (Coran 4/114)

 

« Dieu ne charge aucune âme au-delà de ses moyens »

Dans certaines situations de travail, des difficultés particulières peuvent apparaître, liées aux conditions de travail, soit parce qu’elles sont si difficiles qu’elles posent la question de la compatibilité du travail avec l’observance du jeûne, soit parce qu’elles exposent le jeûneur à des choses qui pourraient rompre son jeûne.

Dans tous ces aspects, « craignez Allah donc autant que vous pouvez » (Coran 65/16). Ainsi le boulanger qui, pendant son travail, respire la farine, le mécanicien qui inhale la fumée qui s’échappe des engins, le travailleur dans une carrière qui est exposé à la grande poussière, leur jeûne est valide. En réalité, « Allah ne charge aucune âme au-delà de ses moyens » (Coran 2/286).

Le travailleur qui, dans le cadre de son service, effectue un voyage pendant le mois du ramadan a une excuse pour ne pas jeûner si son déplacement est habituellement perçu comme étant un voyage (au moins une cinquantaine de kilomètres de son lieu de résidence habituelle), ce, jusqu’à ce qu’il revienne ou arrive chez lui. Celui qui possède une résidence dans sa localité de départ et une autre dans sa localité de destination n’est considéré comme voyageur que durant le trajet : par exemple, celui qui a quitté Fada, où il a une résidence, pour Koupéla, où il en a une autre, n’est plus voyageur une fois à destination ; il ne l’est que durant le trajet. Celui qui n’a pas de résidence à destination est considéré comme voyageur pendant les trois jours après son arrivée à destination, sans y ajouter la durée du voyage lui-même ; au cours duquel on est tous considérés comme voyageurs. Après les trois jours à compter de son arrivée à destination, il devient résident et doit jeûner comme les autres.

On peut manger le strict nécessaire pour tenir

Toutefois, ne pas jeûner pour cause de voyage est une permission offerte au musulman, une faveur à lui faite par son Créateur, qu’il peut décliner et jeûner quand bien même il voyage. Il s’agit, en effet, d’une permission de ne pas jeûner, pas d’une obligation. Si le voyage est très éprouvant pour lui, il deviendra alors blâmable pour lui de jeûner. A la fin du mois, celui qui aura reporté son jeûne pour cause de voyage devra bien évidemment rembourser le nombre de jours manqués pour ce motif.

Quid de celui dont le travail a une pénibilité telle qu’il n’est pas compatible avec le jeûne après vérification ? Heureusement, ces situations difficiles tendent à disparaître à cause de la mécanisation ; cependant si cette hypothèse s’avérait quand même, cette personne devrait chercher un autre emploi, si possible, qui lui permette d’observer facilement ce pilier important de sa foi. A défaut d’en trouver, elle pourrait négocier un congé pendant le mois de jeûne en faisant, par exemple, coïncider son congé annuel avec le mois du ramadan. Si elle ne peut obtenir ce congé, elle devra observer le jeûne, aller sur son lieu de travail et, dès qu’elle sentira qu’elle s’approche de ses limites, manger le strict nécessaire pour tenir, le strict nécessaire afin de respecter la sacralité du mois béni. A la fin du jeûne, elle devra cependant combler les jours manqués, soit pendant son congé, soit dès que ses conditions de travail s’allégeront ou encore dès que les conditions climatiques le permettront.

Allah est le plus savant.

Sous la coordination de Moumouni Simporé

Encadré

Mercredi 16 juillet 2014

Heure de début : 04h35 mn

Heure de rupture : 18h36 mn

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