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Amado Traoré, PCA démissionnaire du RCK : « La FBF a entrepris une campagne de règlement de comptes poste-électorale»

Amado Traoré, PCA démissionnaire du RCK : « La FBF a entrepris une campagne de règlement de comptes poste-électorale»

Alors que son club remportait le titre de champion pour la 2e fois consécutive, le président du conseil d’administration du RCK, Amado Traoré, rendait sa démission à travers un communiqué. Nous sommes rentré en contact via internet avec l’intéressé qui se trouvait hors du pays, pour comprendre les réels motifs de son rejet. Selon lui, tous les déboires de son club sont la résultante de sa candidature à présidence de la fédération burkinabè de football.

 

 

Comment accueillez-vous le sacre du RCK ?

C’est avec une grande satisfaction et un ouf de soulagement que j’accueille ce sacre du RCK, car c’est le couronnement d’un travail qui n’a pas été de tout repos. Nous défendions notre titre, par conséquent nous étions l’équipe à battre par nos adversaires. D’autres considérations sont venues aussi compliquer cette mission qui n’était déjà pas facile. Donc si à la fin, on conserve le titre, je ne peux que me réjouir. Je profite de vos colonnes pour féliciter les joueurs, les encadreurs ainsi que l’ensemble de la grande famille du RCK pour ce résultat collectif. Nous n’avons certes pas remporté la coupe du Faso et n’avons pas passé la phase des poules de la ligue des champions contrairement à nos objectifs de début, mais– qu’à cela ne tienne – le RCK est champion pour la deuxième année consécutive. Cette performance est une première dans son histoire. Elle résulte d’un travail de transformation qualitative du club engagé ces trois dernières années tant sur les plans organisationnel que managérial. Notre club est désormais a priori riche de ses hommes, c’est-à-dire ses supporters, ses joueurs, son encadrement technique et ses dirigeants.

Cette année, la lutte pour le titre a été plus serrée avec une série de contre-performances vers la fin pour le RCK ; qu’est-ce qui explique ces résultats négatifs ?

C’est peu de dire que tout a été mis en œuvre – au cours de cette saison – pour « couler » le RCK. En championnat, vous avez été témoins de la sévère suspension de plusieurs de nos cadres pour 4 matchs ; chose qui a eu pour conséquence de saper le moral de nos troupes et de plomber l’ascension de l’équipe. Il y a eu ensuite ces convocations en équipe nationale locale de nos meilleurs joueurs pour des matchs amicaux sans enjeux. Que comprendre qu’en plein championnat, alors que nous devions disputer des matchs d’envergure, on se permette de faire le tour du monde plusieurs jours durant avec des joueurs clés dans notre dispositif tactique pour une échéance lointaine (mi-août 2017) ? Il y a assurément eu une intention voilée d’affaiblir notre club et de freiner son élan. Je ne saurais passer sous silence les regrettables incidents qui ont émaillé le match retour contre l’USM Alger (NDLR en ligue des champions) dont la FBF a fait porter le chapeau entièrement au RCK. Tous ces facteurs expliquent amplement les difficultés que le RCK a rencontrées cette saison.

Pourquoi avoir choisi de démissionner alors que le RCK vient juste d’être sacré champion de D1 cette saison ?

J’ai bien dit dans ma lettre de démission qu’il s’agit d’une décision longuement mûrie, c’est dire qu’elle ne date pas de la veille du sacre du RCK. Face à tout ce qui a été entrepris contre le RCK et certains de mes soutiens à la suite des élections à la FBF, j’avais déjà émis l’idée de me retirer. C’est sur les conseils de mes amis et de certaines personnes avisées que j’ai décidé d’aller au bout de la saison. Le championnat étant terminé, le moment était venu pour moi d’assumer mon choix en rendant ma démission.

 

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à rendre le tablier ?

J’ai déjà évoqué plus haut ces raisons. C’est cette volonté manifeste et incompréhensible de nuire aux intérêts du RCK parce que j’en suis le PCA et à mes amis au seul motif qu’ils ont soutenu ma candidature à l’élection du bureau de la FBF. Je ne recule pas, c’est important de le souligner ! Je veux plutôt, face à cette campagne de « règlement de comptes» postélectorale entreprise par certaines personnes au sein de la FBF, épargner ceux qui ont eu le courage de partager la même vision que moi. Cette saison restera l’une des plus « pourries» tant les coups bas ont régné en maître. Notre football n’a pas besoin de cette atmosphère pesante de ni guerre ni paix. Ce n’est pas ma compréhension de cette discipline qui véhicule de nobles vertus et qui me passionne depuis plus de 40 ans. J’emprunte à l’Armée une expression pour dire que tant que « le tir ne sera pas rectifié », et surtout à temps nous ne ferons pas mouche. Nous sommes – en tant qu’acteurs– aux côtés des instances dirigeantes du fasofoot, dans la même barque, promis au même rivage ou au même naufrage ! Vous savez, le football ne se réinvente pas. Il est et doit demeurer un facteur de cohésion et non de division.

 

Dans votre lettre de démission, vous évoquez les incidents du match RCK/USMA, des intimidations diverses et des tripatouillages des textes régissant le championnat national de football. Pouvez-vous être plus précis sur ces points ?

Je vous ai parlé de tout ce qui a été fait et dit lors des incidents du match contre l’USMA à Ouagadougou. C’est, excusez-moi du peu, tout simplement irresponsable. Depuis quand un club est-il organisateur et, partant, responsable du dispositif sécuritaire d’un match international dans le cadre d’une compétition de la CAF au Burkina Faso ? Ce match, c’était connu, s’annonçait bien à risques. Dans cette affaire – que nous déplorons – le RCK a porté la croix de la FBF pour la simple raison qu’il a pour président Amado Traoré, candidat écarté à la présidence de la FBF. Nous avons eu des échos des rapports qui ont été envoyés à la CAF : le rapport qui a enfoncé le RCK est parti du Burkina. Comme si cela ne suffisait pas, il y a eu dernièrement cette tentative d’intimidation des responsables du RCK. Nous avons été convoqués à la gendarmerie pour être entendus sur les incidents survenus lors du match-retour contre l’USM Alger. En ce qui concerne le championnat, il y a eu le match EFO # USO, où les textes ont été foulés aux pieds pour tout simplement favoriser notre adversaire qui était l’EFO. En rappel, l’EFO, sans avoir au préalable introduit un quelconque recours en invalidation , a, au cours de ce match disputé le 23 Juin 2017, aligné un joueur sous le coup d’une suspension officielle de la Ligue de football professionnelle par décision LFP n°050/S16-17 du 21 juin 2017. L’EFO a donc passé outre la décision de la LFP et enfreint les textes qui stipulent que « les notifications de sanctions d’après-match ont valeur d’information de la LFP et tout joueur ayant cumulé une série de trois cartons jaunes est soumis à un match de suspension en attendant la notification de la LFP qui précisera le nombre de matches de suspension infligés. L’équipe qui aura enfreint cette mesure aura match perdu même sans une action préalable de l’équipe adverse. Toute suspension de joueurs s’applique immédiatement à la compétition officielle suivante». Ces dispositions sont d’ailleurs rappelées par la LFP dans sa décision « arbitraire » d’homologation LFP N°030/S16-17 du 27 juin 2017. L’EFO a, après coup, et c’est de bonne guerre, justifié son acte de défiance en arguant que son joueur avait été injustement sanctionné. La loi reste cependant la loi et L’EFO était supposée perdre ce match sur tapis vert au regard de ce qui précède. Nous connaissons tous la suite qui a été réservée à cette affaire. Je tiens néanmoins à saluer le mérite de l’EFO qui a effectué une formidable remontée dans la seconde moitié du championnat. J’aimerais rappeler, face à cette cabale, que « l'Histoire, ce ne sont pas les mensonges des vainqueurs. Ce sont plutôt les souvenirs des survivants, dont la plupart ne sont ni victorieux ni vaincus». Que personne ne perde de vue cette maxime !

 

Même si vous ne le dites pas explicitement, vous semblez accuser le président de la FBF, Sita Sangaré, d’être à l’origine de vos soucis.

Absolument. Dire que ce monsieur n’a jamais digéré ma candidature à la présidence de la FBF est un secret de polichinelle. Depuis l’épilogue de cette joute électorale, tout est fait pour nuire à mes soutiens et à moi-même. J’en veux pour preuve les déboires de Rahim Ouédraogo de Rahimo FC et du colonel Yacouba Ouédraogo de Salitas, pour ne citer que ces deux cas. Regardez les investissements réalisés par Salitas et Rahimo à hauteur de plusieurs centaines de millions de francs CFA. Peut-on nier que ce soit au bénéfice du football burkinabè ?

En ce qui me concerne, bon an, mal an, ce n’est pas moins de 100 millions de FCFA que j’investis personnellement pour le RCK et d’autres équipes dans diverses disciplines. Qu’est-ce que des personnes comme Rahim, YAC ou Amado Traoré gagnent en retour ? Rien au plan financier… Le foot se veut pourtant un business. La FBF et le pays par contre y gagnent ; ne serait-ce qu’au regard de l’évolution qualitative de notre football depuis deux décennies. Personne ne peut nier l’apport des mécènes et des promoteurs des centres de formation dans l’émergence d’un foot de qualité au Burkina. Je crois que l’histoire récente de notre pays doit inspirer à tous de la sagesse. Je dirai pour clore mon propos sur cet épisode que je suis Burkinabè, j’avais le droit de me présenter, et j’ai même le droit de me représenter si je le décide. L’équipe dirigeante actuelle de la FBF a remplacé des gens et elle sera – tôt ou tard – remplacée à son tour.

 

Dans une interview, le colonel Yacouba Ouédraogo de SALITAS accuse également Sita d’être derrière la sanction qui le frappe pour corruption présumée d’un arbitre. Qu’en pensez-vous ?

C’est tout simplement regrettable. Sur cette décision concernant YAC, je dis qu’on a « poussé le bouchon trop loin ». Ce monsieur est un grand homme. Il a consacré de nombreuses années de sa vie au football. Il a été ministre des sports et a – à ce titre – obtenu de bons résultats pour le Burkina. Nul n’est certes au-dessus de la loi, mais l’accuser d’avoir voulu corrompre un arbitre avec 20 000F CFA Il s’agit, au-delà du ridicule de cet acte, d’une insulte pour le corps arbitral et d’un grand mépris pour les présidents de clubs.

 

Malgré cette démission de la plus haute instance dirigeante du RCK, vous n’abandonnez pas le football. Quels sont vos projets  immédiats ?

Je suis et je reste dans le milieu du football. Je suis fondateur d’un centre dénommé Académie Foot Plus (A.F.P). Je vais dorénavant me consacrer à mon centre afin qu’il grandisse vite et bien. J’ai déjà des accords de partenariat en cours de finalisation avec des clubs de renom. Ils nous apporteront leur savoir-faire en matière de formation et d’infrastructures. Je crois que, dans pas longtemps, vous entendrez parler de PA.F.P. à l’instar de Katumbi Football Académie en R.D.C, Djambar au Sénégal, Mimosifcom en Côte d’Ivoire, Naaba Kango, Salitas, KOZAF et Rahimo au Burkina Faso et bien d’autres.

 

Doit-on s’attendre prochainement à voir Amado prendre la tête d’un autre club ou bien allez-vous vous consacrer à votre centre de formation Académie Foot Plus ?

Je vais désormais me consacrer à mes entreprises et à mon centre.

Pourtant, des informations concourent à dire que vous avez racheté le Majestic FC, le club de Jonathan Pitroipa.

Rires. Je suis plutôt en contact avec ce club, tout comme Salitas et Rahimo, pour voir quels accords nous pouvons nouer afin de permettre aux joueurs de mon centre d’évoluer, pour ceux qui en ont le niveau, en première division. Il faut le savoir, l’équipe de la Région du Centre qui a remporté la Coupe de l’Assemblée nationale était majoritairement composée de joueurs de l’Académie Foot Plus. Ce sont ces joueurs que je veux promouvoir en première division.

 

Votre départ du RCK avec vos moyens financiers qu’on connaît ne risque-t-il pas de handicaper le club lors des prochaines saisons ?

 Le RCK est à l’échelle du Burkina, un grand club bien structuré avec une base solide de supporters. Ce club est né sans moi, il me survivra. Je ne quitte d’ailleurs pas la famille, je quitte simplement la présidence du conseil d’administration qui sera vite pourvue. Nul n’est indispensable…[silence] et puis je donnerai toujours ma contribution pour le fonctionnement du club.

Permettez-moi de vous renouveler ma gratitude pour l’occasion qui m’est offerte de m’exprimer sur le Fasofoot. Autant l'union fait la force, autant la discorde expose à une prompte défaite. Victor Hugo ne dit pas autre chose lorsqu’il affirme ceci : “Par l’union, vous vaincrez. Etouffez toutes les haines, éloignez tous les ressentiments, soyez unis, vous serez invincibles.” C’est ensemble que nous réussirons. Je lance un appel dans ce sens à toutes les filles et à tous les fils de notre cher et beau pays. Je remercie tous ceux qui m’ont soutenu dans le passé comme dans le présent. J’exprime haut et fort ma reconnaissance à la grande famille qu’est le RCK pour la confiance placée en moi.

 

Entretien réalisé par

Hugues Richard Sama

Commentaires   

0 #1 Sacksida 04-08-2017 18:17
Depuis un certain temps, il y’a trop d’accusations relativement au Président de FBF ; et il serait souhaitable qu’en temps opportun le Colonel Sita Sangaré sorte de son mutisme pour donner sa version des choses ou des événements à l’opinion publique. Il doit ouvrir son cœur aux amoureux sur la situation de notre Football et ces allégations qui pourraient être vraies ou fausses. Le Football et bien d’autres est un sport de flair Play, de rassemblement et d’union des hommes et ne saurait être un terrain de « règlement de comptes » à n’en pas finir ? Salut !
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