Universités publiques du Burkina : De sérieux problèmes PDF Imprimer Envoyer
Vendredi, 19 Octobre 2012 08:23

Effectifs pléthoriques dans les  amphithéâtres, insuffisance d’infrastructures, manque d’enseignants, de personnel d’encadrement, conditions salariales peu attractives ; ce sont autant de facteurs qui expliquent la crise que traversent les universités publiques.

Pour pallier cela, le système Licence-Master-Doctorat (LMD) a été mis en place. Dans la déclaration suivante, la Fédération des syndicats nationaux des travailleurs de l’éducation et de la Recherche (F-SYNTER) pense qu’il aurait fallu résoudre les problèmes existants avant d’envisager une autre solution. Lisez plutôt.

Depuis quelques années, les universités publiques du Burkina traversent une crise, laquelle s’est exacerbée depuis la refondation des années 2000. Le résultat en est le chaos qu'on observe depuis deux ou trois ans dans le déroulement du calendrier pédagogique. On en est au point où aucune personne de bonne foi ne peut aujourd'hui dire avec certitude à quel moment commencera l'année académique ni quand elle se terminera. C'est dans ces conditions que le Comité d'université de la F-SYNTER a souscrit à la proposition de céder un mois de vacances pour rattraper le retard. Mais qu'on ne s'y trompe pas : les causes profondes de la situation sont à rechercher dans les pratiques antidémocratiques et la dégradation des conditions de vie des enseignants et des étudiants.

 

L'explosion des effectifs au niveau des universités n'a pas été accompagnée d'une augmentation significative du nombre d'enseignants ni d'une amélioration de la structure administrative. Les infrastructures, vétustes, inadaptées et insuffisantes, rendent difficile l'exécution des cours. Les enseignants assistent souvent impuissants à des batailles entre étudiants pour occuper les salles. A cela il faut ajouter l'absence d'une vision prospective clairvoyante des autorités politiques et administratives dans le renouvellement l’effectif du personnel enseignant. Pendant que le nombre d'étudiants connaît une hausse tendancielle, le nombre d'enseignants et l’effectif du personnel d'encadrement permanent n'ont pas augmenté. Le comblement d'un tel déficit est, de nos jours, problématique, les conditions salariales étant peu attractives dans le secteur public, faisant de l'enseignement un calvaire pour de nombreux diplômés. Il n'est alors pas étonnant que l'université soit de plus en plus désertée par des enseignants ayant d'autres opportunités.

C'est dans ce contexte de crise universitaire que le système Licence-Master-Doctorat  (LMD) a été hâtivement introduit sans accompagnement structurel conséquent. Le bon sens aurait voulu qu'on liquide l'ensemble des contentieux existants pour aller de manière assurée dans ce système, qui est très exigent en infrastructures, en personnel, en gestion des flux d'étudiants, en formation continue des enseignants, en communication numérique, etc., mais rien n'y fit. L’introduction du LMD est donc venue augmenter le nombre de problèmes à gérer, sans perspective claire d'y trouver des solutions. Cela se traduit par l'imbroglio constaté dans les fins et débuts de semestres ou d'années.

 

La prise de mesures arbitraires

Les déconvenues, fréquentes entre les étudiants et les administrations universitaires autour des questions de programmation des cours et des devoirs - comme cela se passe actuellement à l'université de Koudougou - ne sont en réalité que la conséquence de cette cacophonie. Au lieu de prendre l'ensemble des problèmes à bras-le-corps, on s'attelle au contraire, très souvent, à trouver des boucs-émissaires, en l'occurrence les étudiants, et les mesures répressives sont censés les effrayer pour empêcher l'expression des revendications. C'est ce qui explique que l'on se soit empressé de répondre aux revendications des étudiants par des mesures liberticides. Le comité de l'université condamne les mesures du conseil de discipline de l'université de Koudougou du 02 septembre 2012 contre 16 étudiants. Ces mesures confirment bien une gestion autocratique des crises qui secouent régulièrement le système universitaire du pays.

Ces pratiques non démocratiques dans le fonctionnement et la résolution des crises sont monnaie courante. Par exemple, les organisations syndicales n'ont pas un statut délibératif au sein du Conseil de la formation et de la vie universitaire (CFVU). Comment comprendre que, dans cette instance censée gérer la vie pédagogique, les structures syndicales n'avaient qu'un statut d'observateur, ce qui ne leur confère aucun droit de regard sur les décisions prises ? Le comble de ces pratiques non démocratiques a été la désignation des membres des Comités techniques spécialisés (CTS), et plus particulièrement dans le CTS des sciences humaines pour la session du CAMES de cette année. En effet, les conseils de gestion des Unités de formation et de   recherche en lettres, arts et communication (LAC) et en sciences humaines  (SH) avaient démocratiquement choisi leurs délégués pour la période juillet 2012-juillet 2014. A la surprise générale, parmi les trois délégués retenus par le ministère des Enseignements secondaire et supérieur, deux n'ont pas été proposés par leur structure de base ; c'est donc dire qu'ils ont été cooptés par le ministre en fonction de critères qui lui sont propres, lesquels sont certainement tout sauf démocratiques. Cette opération de manipulation des listes des délégués CTS a eu pour conséquence d'écarter deux de nos collègues de leur fonction de président de CTS du CAMES, position convoitée par toutes les universités du CAMES : il s'agit de Mahamadé Savadogo pour le CTS lettres et sciences humaines et de Mamadou Sawadogo pour celui de médecine.

L'université de Ouagadougou souffre assurément d'un déficit de gouvernance; la preuve en a été encore faite à travers la gestion déficiente d'une rixe entre deux enseignants, qui s'est terminée par un jugement au tribunal, preuve de l'incapacité des institutions universitaires à gérer des crises internes.

Ces conditions objectives ont entraîné les syndicats du supérieur à engager des luttes (2009 et 2011) pour l'amélioration de leurs conditions de vie. Ces différentes luttes ont permis d'avoir des acquis sur le plan moral, institutionnel et matériel. Sur le plan moral, la solidarité dans la lutte a permis de faire respecter les enseignants du supérieur. Sur le plan institutionnel, le vote de la loi portant statut des enseignants chercheurs et hospitalo-universitaires constitue une avancée, en dépit des insuffisances. Sur le plan matériel, les acquis salariaux et indemnitaires atténuent dans une certaine mesure la misère dans laquelle baignent les enseignants du supérieur.

Les acquis des différentes luttes montrent que les enseignants doivent continuer à avoir confiance en leur capacité à influer sur le cours de leur destin professionnel et social ainsi que sur le redressement des universités publiques du Burkina Faso. C'est dans cette dynamique de lutte qu'il nous faut continuer. C'est pourquoi le Comité d'université de  la F-SYNTER invite les enseignants à se mobiliser autour des points suivants :

- l'annulation des mesures répressives contre les étudiants de l'université de Koudougou ;

- le respect des franchises universitaires ;

- la normalisation de l'année académique à travers la participation de toute la communauté universitaire dans la recherche des solutions ;

- la revalorisation du statut des enseignants-chercheurs ;

- la participation pleine et entière des organisations syndicales au CFVU avec voix délibérative ;

-        l'élection du président de l'université par les enseignants.

- l'élection des représentants au CTS par les structures de base.

 

Vive La F-SYNTER

Pain et liberté pour le peuple

Le Secrétaire général du Comité d'université de la F-SYNTER

Alain SANOU

Mise à jour le Mercredi, 24 Octobre 2012 17:22
 
Commentaires (7)
1 Vendredi, 19 Octobre 2012 10:41
Mafoi
Je retiens une chose que je trouve juste:pourquoi les présidents des unversités sont nommés en conseil de ministres par le ministre?Ce n'est pas normal car ailleurs dans les pays démocratique,il est élu par les enseignants,les délégués syndicaux des étudiants et je crois mais je ne suis pas sûr par le personnel.
2 Vendredi, 19 Octobre 2012 13:11
Kôrô Yamyélé
''Effectifs pléthoriques dans les amphithéâtres, insuffisance d’infrastructures, manque d’enseignants, de personnel d’encadrement, conditions salariales peu attractives ; ce sont autant de facteurs qui expliquent la crise que traversent les universités publiques''

- Demandez aux politiciens de cotiser et financer l'UO pour lever ces contraintes. ce sont eux qui utilisent et instrumentalisent chaque fois les étudiants à des fins poolitiques

- Et puis on dit qu'il manque d'enseignants ! ! Il y a combien d'enseignants de l'UO qui sont dans le gouvernement (Ministres, SG, Conseillers, etc.) et qui sont députés ?

Il faut les faire tous retourner dans l'enseignement ! Et faire repartir MAHAMA à sa craie dans un CEG de département où il n'Aurait jamais dû quitter !

Par Kôrô Yamyélé
3 Vendredi, 19 Octobre 2012 19:24
vinnim
Dieu merci qu'ils soient se retourner pour vous écouter ici à l'UO rient ne bouge pour les étudiants en ST inscrit depuis 2010 ils n'ont pas encore terminer l'année universitaire 2010-2011 et ces derniers sont accuser d’être a l'origine de leur retard.Quelle galère pour ces pauvres étudiants qui ont toucher le foner depuis septembre 2011.yaaakoo!!
4 Vendredi, 19 Octobre 2012 23:07
Yaabi
Félicitation F-Synther, à se demander si votre syndicat défend les intérêts des enseignants ou des étudiants. Votre collègue se fait agresser et vous n'avez même pas un mot de compassion à son endroit, pire vous félicitez ces agresseurs qui en réalité ne sont que vos larbins. AVEZ VOUS VOS ENFANTS A l'UNIVERSITE PUBLIQUE? Arrêtez de tromper les enfants des pauvres, pour ceux d'entre vous qui n'ont pas les moyens leurs enfants sont dans les privés de la place, pour ceux qui sont nantis leurs enfants sont à l'extérieur. Vous parlez de difficultés du LMD, n'est-ce pas votre camarade qui l'a mis en place à l'UO contre toute logique objective (ou avez vous voulu faire en sorte que le système ne marche pas?). Cessez de tromper les enfants des pauvres, où avez-vous vu des disciples s'attaquer à leurs maîtres? Et puis vous parlez de solidarité dans la lutte de 2009, avez-vous oublié votre déclaration? La liberté est-elle anarchie?
5 Samedi, 20 Octobre 2012 09:52
Alas
Eux au moins pensent aux enfants des pauvres contrairement aux syndicats gateaux comme le SYNADEC du Pr PARE.
6 Samedi, 20 Octobre 2012 10:25
Sacksida
Nos universités seront ce que nos décideurs voudront qu'elles soient! En cote d'ivoire plus de 100 milliards ont été votés pour les universités et l'éducation. Espérons qu'après les états généraux de l'enseignement supérieur des plans à court, moyen terme et à long-terme seront adoptés pour résoudre les problèmes récurrents de nos universités au Burkina Faso.
7 Samedi, 20 Octobre 2012 13:13
Kelsya
Vivement que les Présidents d'université soient élus. C'est ce qui se passe dans les pays de notre sous région. L’élection des Présidents permettra d’éviter une bonne partie des inconsistances et des problèmes que nos universités vivent de façon récurrentes. On assiste ici à des nominations de complaisance. Il parait que toutes les universités publiques du Burkina sont dirigées par des enseignants de l'ancienne FAST (SEA et SVT). Il paraitrait aussi que l'Université Ouaga 2 est dirigée depuis sa création par des enseignants qui ne relèvent pas de l'UO2. On vient de nommer à la tête de l’UO2 un mathématicien de SEA (UO) en remplacement d'un chimiste lui aussi de SEA. Tenez vous bien, l'UO2 en constitué de l'UFR SJP (droit) et SEG Economie)! Si cela est réel, comment voulez-vous que ces Président puissent valablment défendre les intérêts des ces UFR.

Au fait, que craint t'on pour refuser l'élection des Présidents ?

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