Expo photos : Et si Mona Lisa était béninoise ? PDF Imprimer Envoyer
Mercredi, 21 Novembre 2012 21:14

L’écrivain béninois Florent Couao-Zotti est le commissaire d’une exposition de photographies, au musée Da Silva de Porto-Novo, inspirées de célèbres toiles de peintres tels Leonardo de Vinci, Pissaro, Gauguin, etc. Ces grandes photographies de trois photographes béninois posent le problème des rapports entre peinture et photographie, entre l’original et sa reproduction. Entre toiles et photos, la beauté se niche parfois là où on ne l’attend pas.

 

Les rapports entre la peinture et la photographie ont toujours été ambivalents, oscillant entre la complicité et l’opposition. Dès le XVIe siècle, les peintres ont conçu la «camera obscura» pour résoudre le problème de la perspective sur une surface plane. De manière générale, les peintres ont vu dans l’invention de la photographie au XIXe siècle un moyen de  fixer le réel et l’instant pour ensuite les porter sur la toile.

Il est connu que la peinture n’a réussi à restituer avec justesse un corps en mouvement qu’après l’invention de la photographie. Il n’est pas anodin que ce fût au XIXe siècle (siècle de la photographie !) que le cheval au galop fut peint avec exactitude par Degas, bien que cet animal hantât la peinture depuis ses débuts sur les parois des cavernes. D’ailleurs, beaucoup de peintres ont utilisé le daguerréotype et même la photographie dans leur travail. On sait que Gauguin a beaucoup emprunté aux photographies de Charles Spitz pendant sa période polynésienne.


Néanmoins, l’intérêt de l’exposition de Florent Couao-Zotti réside  dans l’inversion du rapport entre photo et peinture, car ce n’est plus le peintre qui se sert de l’image photographique mais le photographe, qui compose à partir du tableau. Et c’est en plus une réinterprétation de la peinture occidentale par les artistes africains Clovis Agbahoungba, Charles Tossou et Eric Ahounou et une réappropriation d’autres époques par des contemporains.

Ce chassé-croisé entre deux arts de l’image, entre Occident et Afrique et entre passé et présent procède d’une démarche interculturelle qui insuffle de la fraîcheur et un peu d’Afrique à des œuvres gagnées par la patine des siècles et installées dans la légende. C’est un pas de côté qui permet de voir les classiques avec une certaine impertinence et un regard neuf.


Ainsi, la Joconde de Leonard de Vinci recomposée à la béninoise donne des pâleurs à l’original. La Mona Lisa de Porto-Novo est une beauté d’ébène qui éclipse le célèbre sourire du modèle florentin et en fait une femme quelconque. On se dit que si le peintre italien avait rencontré une beauté béninoise, son art en aurait été transfiguré et sa Joconde eût été plus belle.


Les Laveuses, ces trois femmes  peintes par Pissarro à Eragny, deviennent ici de plantureuses Africaines habillées de chaudes couleurs qui illuminent le tableau. Elles lavent le linge dans une lagune où l’écume blanchâtre du savon dessine des vaguelettes d’argent sur la nappe sombre de l’eau. En arrière plan, les cocotiers inclinés semblent plonger leurs coiffes dans l’eau. La photographie dame le pion au tableau par la richesse de sa palette.


Une seule fois la toile a gardé sa suprême poésie et la photographie n’a pas réussi à se hisser à sa hauteur. Comme dans la toile de Gauguin, Femmes de Tahiti, les deux vahinés sont belles de sérénité et d’abandon tandis que le deux dames de la photographie sont tellement roides dans leur pose, pétrifiées telles des statues. La légèreté est à la peinture et la pesanteur à la photographie.


Bien que Baudelaire, dont on n’aurait pas connu la mine crépusculaire sans le portrait que le photographe Nadar nous a laissé, qualifiât la photographie de «servante de la peinture», cette expo prouve que la peinture aussi peut l’être pour la photo. Et celle-ci peut s’élever quelquefois au-dessus de la peinture. Surtout à l’heure de l’art contemporain où l’art  semble incapable de dire le réel, la photo a beau rôle pour nous le restituer dans tout son éclat.

 

Saïdou Alcény Barry

Mise à jour le Mercredi, 21 Novembre 2012 21:19
 
Commentaires (2)
1 Vendredi, 23 Novembre 2012 07:49
Moumini Bruxelles
Je suis sidéré par le talent de cet artiste béninois. Espère que tout sera fait pourqu'il puisse exposer ses oeuvres à travers le monde.
2 Mardi, 27 Novembre 2012 23:42
Mechtilde GUIRMA
Beau, infiniment beau. Avec ces positions africaines, ce n'est que maintenant que je vois le naturel des attitudes que j'ai pu moi-même avoir, lors d'une visite au village, ou dans une rencontre (et c'est protocolaire s'il vous plaît comme le demande la politesse, on est hôte qui reçoit l'hospitalité. Pas étonnant que Mr Alcény Barry trouve les deux jeunes filles roides). Et les costumes ! mon Dieu ! Nôtres à n'en pas douter. J'avoue que même après avoir plusieurs fois vu les oeuvres de ces grands peintres que sont Vinci et Gauguin, il ne m'était jamais venu à l'idée, pas même une seule fois, de penser ou de refléchir que ces attitudes pouvaient avoir été miennes, nôtres.

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