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Semaine de l’architecture: Dix questions au président de l’Ordre

Semaine de l’architecture: Dix questions au président de l’Ordre

-         Combien d’architectes compte notre pays ?

-         Quelle est leur répartition tant en genre que sur le plan national ?

-         Quel est l’état de la confraternité entre les membres de l’Ordre ?

C’est, entre autres, les questions que nous avons posées à son président, Fabien Ouédraogo, à l’occasion de la semaine de l’architecture qui s’ouvre ce matin même au SIAO.

 

 

Qu’est-ce que l’Ordre des architectes et quelles sont ses missions ?

 

L’Ordre des architectes est une organisation professionnelle créée en 1991 par la Zatu AN VIII0031/FP/PRES. Il a pour missions principales de veiller à la discipline au sein de l’Ordre et au respect par ses membres des textes réglementaires régissant la profession, de veiller au contrôle et au maintien de la moralité de ses membres, de veiller en permanence aux conditions d’exercice de la profession.

 

Combien de membres sont inscrits à ce jour à l’Ordre ?

 

Au 31 décembre 2018, nous avons environ 200 membres inscrits à l’Ordre des architectes dont 10% de femmes.

Il faut dire que 98% des architectes sont installés à Ouagadougou. Tous les architectes ont l’obligation de s’inscrire à l’Ordre pour exercer, cependant tous ne figurent malheureusement pas sur le tableau édité chaque année, et cela, pour diverses raisons. Comme dans toute organisation, les membres ont des obligations comme être à jour de leurs cotisations ou ne pas être en situation de suspension ou de radiation. Seule la présence nominative sur le tableau permet à l’architecte d’exercer librement sa profession.

 

Qu’est-ce qu’un architecte, son rôle et comment en devient-on ?

 

L’architecte est un créateur d’espaces. Il bâtit des édifices en respectant les règles de construction et surtout en intégrant des données scientifiques et empiriques ainsi qu’en tenant compte des aspects sociologiques, environnementaux, artistiques et autres.

Il effectue des missions de conception et de suivi de projets architecturaux et en est le principal maître d’œuvre. Il coordonne par ailleurs l’action des différents acteurs qui peuvent être des techniciens, des ingénieurs et des entrepreneurs.

Maintenant pour devenir architecte, cela demande au moins cinq (05) ans d’études supérieures dans une école reconnue. De préférence il faudrait avoir un baccalauréat scientifique. Selon la charte de l’UNESCO/ UA, la formation vous permet d’acquérir des connaissances culturelles, artistiques, sociales, environnementales, techniques et professionnelles et des aptitudes à collaborer, transmettre et communiquer des idées et des capacités à utiliser des manuelles et maquettes. Comme vous le voyez, c’est un parcours pluridisciplinaire.

 

Parlez-nous de votre activité qui s’ouvre aujourd’hui ce matin même à Ouagadougou : quel en est l’objectif ?

 

Depuis maintenant huit (08) ans, l’Ordre a institué tous les deux (02) ans une activité dénommée «Semaine de l’architecte». Son objectif principal est de mieux faire  connaître la profession et de rapprocher l’architecte de la population, de communiquer et travailler à briser les idées reçues sur le métier.

Cette année, elle se tiendra au SIAO du 10 au 12 janvier et il est prévu, pendant et en marge, une prestation de serment de nouveaux architectes devant le TGI, la pose de la première pierre du monument de l’architecte, un panel sur la «Contribution de l’architecture dans la construction de la ville de demain», un mini-cross, un salon au pavillon Kilimandjaro du SIAO, où la population pourra discuter avec des architectes et voir ce qui se fait de nouveau dans le secteur grâce à d’autres exposants. Précisons que le salon est gratuit et ouvert à tous.

Nous en profiterons pour remettre le prix «ArchiPlume», destiné aux hommes des médias et lancé en octobre 2018. Ce prix vise justement à encourager les médias à connaître la profession et à mieux en parler.

 

Comment se porte l’Ordre des architectes aujourd’hui ?

 

Assez bien, contrairement à certaines années où nous avons connu quelques remous internes. Comme toute organisation professionnelle, l’Ordre a ses problèmes et ses difficultés. Difficultés liées parfois à l’accessibilité du marché à ses membres. Ils doivent néanmoins garder présent en mémoire le serment prononcé en matière de règles éthiques et déontologiques de la profession ; malheureusement ce n’est pas toujours le cas.

 

Que répondez-vous à ceux qui disent que l’architecte est «cher» ?

 

Justement, cela fait partie des idées reçues et aussi de la désinformation de la concurrence déloyale faite par certains acteurs non habilités à exercer la profession. Je vous rappelle que, pour l’exercer, il faut être inscrit au tableau de l’Ordre. Mais vous verrez placardées sur des feux tricolores en ville et sur les réseaux sociaux des offres de services d’architectes provenant de personnes non habilitées à des prix vraiment difficiles à tenir pour un architecte régulièrement inscrit et qui honore ses charges administratives et fiscales. En matière de coûts, il existe un barème pour nos honoraires, et il existe aussi la facturation forfaitaire. Cette dernière est très souvent pratiquée pour les clients particuliers. N’oubliez pas que notre rôle est aussi d’aider le client à atteindre son objectif.

Concernant les francs-tireurs dont j’ai parlé plus haut, nous n’hésitons pas à rappeler à l’ordre tout usurpateur par courrier, convocation, voire plainte en justice.

 

Les architectes font parler beaucoup d’eux, surtout lors des concours d’architecture. Certains cas ont même défrayé la chronique dans la presse à un certain moment. Quelle lecture en donnez-vous ?

 

L’architecte est un artiste et chacun, en son âme et conscience, estime être le meilleur ; malheureusement, il ne peut y avoir 10 premiers tout comme vous ne pouvez vraisemblablement être toujours le meilleur ou avoir le meilleur projet chaque fois. Cela nous ramène aux règles d’éthique professionnelle rappelées plus haut.

 

A titre illustratif, qu’en a-t-il été dans le concours de l’Assemblée nationale et celui du Mémorial de Thomas Sankara ?

 

Concernant le nouveau siège de l’Assemblée nationale, y étant moi-même impliqué à travers mon cabinet d’architecture et m’exprimant ici en ma qualité de président de l’Ordre, je suis mal placé pour en discuter.

Pour ce qui est du mémorial, l’affaire est actuellement en procédure judiciaire, le confrère ayant assigné en justice le comité qui a lancé le concours. Je ne pense pas qu’à ce stade je puisse ou doive dire quelque chose à ce sujet. Je peux néanmoins indiquer que l’Ordre a été associé à ce concours et en a même présidé le jury. La situation actuelle nous interpelle tous, car c’est une première sous nos cieux. Il faut donc traiter le problème avec neutralité et sans passion.

 

Vous êtes président et participez à des concours. N’y a-t-il pas dans ce cas favoritisme ou conflit d’intérêts ?

 

Il n’y a ni l’un ni l’autre. Le président et son bureau ne sont pas interdits de concours. Le conseil n’a pas non plus un portefeuille de projets qu’on lui offre pour service rendu. En tout état de cause, votre activité professionnelle peut en prendre un sérieux coup, car le temps matériel peut vous faire défaut pour vous occuper de vos propres affaires si vous prenez à cœur l’intérêt de l’Ordre.

 Le concours, au-delà de l’opportunité de contrat, permet une émulation qui stimule la créativité de l’architecte et permet de jauger son niveau par rapport aux autres. Partout dans le monde il en existe, et même les grands architectes font des concours. Cet esprit de compétition naît depuis l’école, et ne pas aller en compétition risque fort de vous rendre médiocre ou fermé d’esprit avec le temps.

Contrairement au passé, où les architectes siégeant dans les jurys des concours étaient désignés, depuis quelques années ils le sont par appel à candidatures, et le tirage au sort a lieu au siège de l’Ordre en présence des intéressés. Comme vous le voyez, le président n’a aucun pouvoir sur le choix des architectes membres des jurys.

 

Il a été question à un moment que des instituts privés s’intéressent à la formation au métier d’architecte. L’Ordre a fait un communiqué à ce sujet et le ministère de l’Enseignement supérieur aussi. Où en est-on ?

 

Je pense qu’il faut que les parties s’asseyent et se parlent.  Nous ne voulons pas que ce qui est déploré en ce qui concerne la qualité de la formation des ingénieurs du génie civil, des agents de santé, des auxiliaires de pharmacie et autres se produise au niveau des architectes.

La Conférence des Ordres de l’UEMOA, au nom de la libre circulation des architectes dans l’espace UEMOA, a établi la liste les écoles acceptées par elle et mis en place une commission pour travailler sur une valise pédagogique qui sera reversée aux Ordres et aux autorités administratives.

 

 

Propos retranscrits par

Hamidou Ouédraogo

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