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Nouveau gouvernement RDC : Gare au syndrome de l’albatros !

Nouveau gouvernement RDC : Gare au syndrome de l’albatros !

 

«Le gouvernement est enfin là. Le président de la République, chef de l’Etat,  a enfin signé l’ordonnance».

 

Ce n’est pas nous qui le disons, mais le mot «enfin» vient de la bouche même du Premier ministre de la RDC, Sylvestre Illunga Illunkamba, qui a dévoilé au petit matin du lundi 26 août 2019 la composition de «son» gouvernement.

 

Soit trois mois après sa nomination, le 20 mai dernier, et sept mois après l’investiture du président Félix Tshisekedi.

 

 

Rarement accouchement d’un gouvernement aura été aussi long et difficile.

 

Et l’adverbe « enfin » lâché, peut-être par inadvertance par le chef du gouvernement, traduit sans doute la lassitude, voire l’agacement, qui avait fini par le gagner.  

 

Fumée blanche donc au-dessus de la primature.  « Habemus imperium ! » ont dû s’exclamer les Congolais, pour lesquels ce fameux gouvernement est resté pendant longtemps une véritable arlésienne.  

 

Si le travail a été aussi pénible, c’est que, de l’aveu même du Premier ministre, il fallait « vider tout ce qui pouvait entraver le fonctionnement du gouvernement ».   

 

C’est là un doux euphémisme quand on sait que la RDC vit une cohabitation, la première dans l’histoire politique du pays, entre la coalition Cap pour le changement (Cach) du nouveau président et le Front commun pour le Congo (FCC) du chef de l’Etat sortant qui détient la majorité à l’Assemblée nationale, au Sénat ainsi que dans les 26 provinces du pays.

 

En situation normale, la majorité parlementaire n’a pas besoin de l’aval du président pour former un gouvernement, si ce n’est requérir son avis sur certaines questions de souveraineté.

 

Or dans cette démocratie réinventée par la RDC, il a fallu négocier pied à pied sur le nombre de portefeuilles et celui de leurs titulaires.

 

C’est à peine si l’on n’a pas assisté à un vulgaire partage de butin après le hold-up électoral cautionné par la communauté internationale.

 

Des 66 postes que compte l’équipe Illunga Illunkamba, 23 échoient au Cach contre 42 au FCC qui fait main basse sur bon nombre de ministères de souveraineté et /ou juteux, comme la Défense, la Justice et les Finances. L’Intérieur et les Affaires étrangères sont cédés à Tshisekedi et compagnie.   

 

La RDC a beau être un géant territorial et même démographique, ce qui saute tout de suite aux yeux, c’est la taille de ce nouveau gouvernement. Autant dire une équipe façonnée davantage à la mesure des appétits que des défis qui accablent cette pauvre riche RDC. Et quand on sait qu’ici, comme dans bien d’Etats africains, un ministre ne vit pas de peu, on imagine ce que  ce gigantisme va coûter au budget du pays. Et pas seulement.

 

En effet, avec près de 70 ministres, comment parvenir à concilier cet effectif pléthorique avec la nécessité de l’efficacité quand on sait qu’en la matière, il en va comme du syndrome de l’albatros : trop gros pour voler. A moins que, pour éviter qu’ils ne marchent les uns sur les pieds des autres, certains soient réduits à jouer à la figuration tout en vivant de rente.   

 

Autre fait marquant de cette « team Illunga », c’est son inexpérience politique, puisque plus de trois quarts de ses membres n’ont jamais appartenu à un gouvernement.

 

C’est peut-être en cela que réside la marque du changement que veut imposer le « nouvel homme fort » de la RDC. Toutefois, cela peut constituer un obstacle rédhibitoire pour ces poussins du dernier hivernage appelés à se pencher sur de grandes questions comme la résurgence de l’épidémie d’Ébola, la pacification de plusieurs localités tenues par des milices armées, la lutte contre la corruption et la pauvreté.  

 

En tout état de cause, comme on le dit souvent, c’est au pied du mur qu’on reconnaît le maçon, et il faut les attendre à l’œuvre pour juger leurs compétences et leurs vertus.

 

Car, si en plus d’avoir mis tout ce temps à naître, le bébé doit être impotent, les commensaux de « Kin la Belle » donneraient raison à tous ceux qui ne parient pas le moindre sous sur la capacité du nouveau pouvoir d’imposer le changement après « ces compromis à l’africaine » qui ont permis au petit Kabila de quitter la présidence tout en gardant la main sur les affaires de l’Etat.

 

Salut l’artiste !   

 

Avant le premier conseil des ministres avec le président, qui s’est envolé ce même lundi vers le Japon dans le cadre de la 8e TICAD à Yokohama, les nouveaux promus doivent obtenir l’onction de l’Assemblée nationale réunie en session extraordinaire.

 

 

 

Alain Saint Robespierre  

 

Dernière modification lemardi, 27 août 2019 22:29

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