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Ballon d’or 2019 : L’Afrique victime de ses propres turpitudes

Le sénégalais Sadio Mané Le sénégalais Sadio Mané

L’Argentin Lionel Messi a décroché son 6e ballon d’or au cours d’une soirée de gala organisée par le journal France Football le lundi 2 décembre à Paris. Un sacre qui fait du sociétaire du FC Barcelone le joueur le plus capé de l’histoire du Ballon d’or.

 

Il devance désormais son grand rival, Christiano Ronaldo, avec un trophée de plus. Il s’en tire avec 686 points des votants contre 679 pour Virgil Van Dijk de Liverpool et 476 pour Cristiano Ronaldo. Le Sénégalais Sadio Mané arrive en 4e position.

Cette distinction récompense une fois de plus l’immense carrière de l’Argentin, dont les statistiques sont assez impressionnantes pour l’année civile 2019. En effet, la Pulga s’adosse sur son titre de champion d’Espagne, 39 buts marqués et 13 passes décisives. Il jouit aussi d’une demi-finale en ligue des champions et d’une 3e place en Copa America, sans oublier son titre de Soulier d’or européen, le meilleur joueur de la FIFA (Best). Il a tout simplement été extraordinaire en 2019.

Mais si Messi est sans conteste le meilleur joueur de la planète, il se trouve que le Sénégalais Sadio Mané et le Néerlandais Vigil Van Dijk ont connu une saison plus qu’aboutie. Et c’est sans doute ce qui explique la polémique née de l’attribution de cette prestigieuse distinction à l’Argentin. En effet, l’ancien pensionnaire de Génération Foot au Sénégal est co-meilleur buteur du championnat anglais et a inscrit 31 buts pour 8 passes décisives. En plus de remporter la ligue des champions, compétition majeure en Europe, Mané est vice-champion d’Afrique avec les Lions de la Teranga. Ce palmarès, beaucoup le pensaient suffisant pour lui permettre de monter sur la plus haute marche du podium. Mais finalement, c’est de la 4e place qu’il devra se contenter. Plusieurs arguments peuvent expliquer l’échec de l’avant-centre des Reds : d’abord, il y a le critère même d’attribution du ballon d’or, qui est flou. Ce sont les performances collectives et individuelles (palmarès) pendant l’année considérée, la classe (talent et fair-play) et la carrière du joueur qui sont prises en compte.

Déjà sur le dernier critère, il est difficile de comparer la carrière d’un joueur de 27 ans à celle d’un autre qui a 32 piges. L’un trace ses sillons pendant que l’autre est au soir d’une riche carrière. A ce niveau, c’est même ces critères qu’il faut réactualiser. Et ce n’est pas tout. Sadio Mané ne bénéficie pas du même tapage médiatique que Messi qui, lui, est adulé par la planète sport comme un Dieu. Et aujourd’hui, avec la domination des réseaux sociaux, Sadio n’a pas plus de followers sur Tweeter, Instagram ou You Tube que Messi. Malheureusement, le poids de ces stars est lié à l’image dont elles bénéficient et même à leur valeur marchande. Si Christiano Ronaldo s’est retrouvé sur le podium, ce n’est surtout pas pour ses performances au cours de l’année, mais sans aucun doute pour le capital de sympathie dont il jouit.

Il y a aussi que beaucoup ont vite fait de lier l’échec de l’Africain Mané à une sorte de racisme. Les plus enragés diront que si le capitaine des Lions était un Européen, il aurait remporté le trophée haut la main. C’est peut-être possible, mais franchir le Rubicon de la discrimination est malsain. De toute façon, s’il y a racisme, les Africains en sont sans aucun doute les premiers coupables. La preuve, lorsqu’on regarde de près les votes, on se rend compte que l’Europe a voté majoritairement pour le Néerlandais Van Dijk. Les 2 Amériques (Nord et Latine) ont porté leur choix sur Messi. L’Afrique n’a accordé que 24% au sacre de Mané. Cherchons donc nos turpitudes ailleurs. En un mot comme en mille, au-delà de la subjectivité du vote, c’est une sorte de jalousie entre Africains dont le Sénégalais est victime. C’est une bêtise monumentale, car si on ne s’aime pas, on ne pourra pas exiger des autres qu’ils nous auréolent. Inconsciemment, on se dit qu’«au lieu que ce soit mon frère, mieux vaut que ce soit un étranger». Triste !

Peut-être qu’in fine, c’est même le corps électoral qu’il faut réactualiser. Ce sont les mêmes qui votent depuis des décennies, or certains d’entre eux ne sont plus en contact direct avec le sport-roi. Difficile dans ce cas d’avoir des votes objectifs, encore que cela n’existe pratiquement pas.

 

Kader Traoré

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