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Missiri Sawadogo, DTN athlétisme : «On ne peut pas s’entraîner sur un relief plat et être meilleur au marathon»

Missiri Sawadogo, DTN athlétisme : «On ne peut pas s’entraîner sur un relief plat et être meilleur au marathon»

 

La commission technique du marathon Paalga du Grand-Ouaga était l’une des plus cruciales dans la réussite de cet évènement sportif organisé par L’Observateur Paalga et la mairie de Ouagadougou. Le président de cette commission, Missiri Sawadogo, par ailleurs vice-président et directeur technique de la Fédération burkinabè d’athlétisme, a, dans cet entretien, levé un coin du voile sur les difficultés qu’ont les athlètes à tenir le rythme dans un marathon. Il est aussi revenu sur l’organisation de cette compétition qui compte s’inscrire dans la durée.

 

 

 

 

En tant que président de la commission technique du marathon Paalga du Grand-Ouaga, en quoi consistait votre tâche ?

 

 

 

Le marathon, comme vous le savez, est une épreuve d’athlétisme. Pour qu’il soit officiel, il faut respecter les critères techniques et réglementaires, notamment la distance qu’il faut mesurer à l’aide d’un appareil officiel approprié pour qu’elle ne soit pas inférieure à 42,195 kilomètres. Ensuite, sur le plan organisationnel, il faut absolument prévoir tous les différents postes de ravitaillement. Il faut également assurer le chronométrage exact de l’épreuve ainsi que le classement. Ce qui fait que si vous n’avez pas une équipe technique bien rodée, vous pouvez rater le coche et cela peut jouer sur la performance des athlètes ou même ternir l’image du marathon.

 

 

 

Comment avez-vous coordonné tout ce beau monde sur le terrain ?

 

 

 

Une fois que nous avons déterminé les différents points de contrôle, il faut s’assurer que tous les coureurs vont passer devant les postes. Pour s’assurer que quelqu’un ne triche pas ou ne fait pas de parachutage, nous déployons des équipes aux différents points de contrôle que nous avons déterminés. Il en est de même pour les différents points de ravitaillement et d’épongement que nous avons prévus. Et dès que le départ est donné, les chronométreurs sont sur place et n’attendent que l’arrivée. La direction technique fait le tour, notamment en ce qui concerne les premiers, avec son chrono pour s’assurer que tout le monde passe aux différents postes. Si à un moment donné un chrono est défaillant, il faut qu’on pense automatiquement à un chrono de remplacement. Ce qui fait qu’il y a au moins cinq chronométreurs manuels pour que le temps soit bien pris. C’est pourquoi tantôt on passe en tête de course et tantôt on reste derrière. En réalité, nous sommes en relation avec tous ceux qui sont aux différents postes pour nous donner des informations sur la course.

 

 

 

Quelle est votre appréciation technique de ce marathon ?

 

 

 

C’était un très beau marathon. D’abord, sur les 329 qui y ont pris part, on a eu 102 coureurs qui sont arrivés dans le temps prévu. C’est une bonne chose. Aussi, malgré le peu de temps mis à faire la publicité, le marathon a eu du monde. Donc, techniquement, il était bien organisé. Du point de vue des prix, ils étaient très alléchants. Dans l’ensemble, c’était un très beau marathon. Je crois que si on avait eu suffisamment de temps pour l’organiser et pour la publicité, ç’aurait été une très grande course. La période du marathon a été bien fixée puisqu’en décembre, il fait frais au Burkina Faso. Donc, on n’a pas de problème de pluie ni de chaleur. C’est très important pour les marathoniens.

 

 

 

Le vainqueur, Soumaïla Traoré, qui réalise 2h 19 mn, ce n’est pas le record de l’Afrique, mais un temps appréciable…

 

 

 

C’est l’une des meilleures performances de la sous-région en ce qui concerne le marathon. Comme je le disais, les conditions étaient réunies parce que le terrain n’est pas très jalonné ; ensuite il y avait la fraîcheur. Le vainqueur s’entraîne au Kenya dans des conditions plus difficiles que les nôtres. Dans l’ensemble, il y a quatre coureurs qui ont fait moins de 2h 30 mn. C’est une grande première pour nous. Lors des marathons que nous avons organisés avant, les gens ont effectué des performances comprises entre 2h 35 et 2h 40 mn. Je pense que c’était très bien. Ils avaient presque le même niveau, ce qui fait que la concurrence était rude.

 

 

 

Au-delà du vainqueur, on remarque que les athlètes venus de l’étranger ont écrasé la course. Pourquoi le Burkina Faso n’arrive pas à s’imposer dans cette épreuve ?

 

 

 

Sachez qu’il y a quatre grands facteurs qui font que les athlètes burkinabè ne peuvent pas être performants au marathon. D’abord, on travaille en basse altitude. Il n’y a pas un seul coureur qui peut s’imposer lors d’un marathon si on travaille en basse altitude. Ce n’est pas possible ! Le relief du Burkina est plat. Nous sommes, je crois, à 200 m d’altitude à Ouagadougou et à 400 ou 500 m à Bobo-Dioulasso. C’est très plat, alors qu’il faut travailler à des hauteurs d’au moins 1000 m d’altitude afin d’exceller dans un marathon et d’arriver sans trop de difficultés. C’est un handicap majeur pour tous les pays qui ont des athlètes qui travaillent en basse altitude. Ce qu’il faudrait, c’est aller faire de grands séjours en haute altitude comme au Kenya, en Ethiopie, en Erythrée, etc. Le deuxième problème qui est assez fondamental, c’est le climat. Il fait très chaud dans notre pays. Quand les marathoniens s’entraînent, ils s’usent vite avant 1 heure de course. Ce qui fait que les conditions d’entraînement sont très difficiles. On ne peut pas faire de longues séances dans les courses de fond au Burkina Faso. Le troisième handicap, c’est l’entraînement, la récupération et la nourriture. Vous voyez, un marathonien mange plus qu’un lanceur poids, même si ça peut paraître curieux. Il est mince, mais ce qu’il consomme après chaque séance de travail est incalculable. Alors que nos athlètes n’ont pas les moyens de manger à leur faim et d’avoir beaucoup de réserves. En outre, ils n’ont pas beaucoup de temps pour s’entraîner à cause de la chaleur et ne dorment pas suffisamment. Un marathonien peut dormir pendant 8 à 16 heures ou même 20 heures par jour. Il lui faut plus de 10h de sommeil après une séance de 30 ou 50 kilomètres de course. Pourtant nos athlètes n’ont pas ce temps. Le quatrième facteur, c’est l’absence d’entraîneur de pointe dans les courses de demi-fond et de fond.

 

Je suis un expert de l’IAF. La plupart des entraîneurs locaux, c’est moi qui les ai formés. Mais tous ont des problèmes au niveau de la classification ou de l’entraînement des jeunes dans les demi-fond et fond. Chaque fois qu’on arrive en stage, il n’y a pas un seul qui ne se plante quand il s’agit de l’entraînement de demi-fond et fond. Nous avons commencé à sortir quelques entraîneurs de pointe comme Seydou Konaté, Jean Marc Lompo, Sidi Boro, etc.

 

 

 

On a aussi constaté que la première Burkinabè, la jeune Samatou Tiendé, est très active au niveau des courses de fond. N’y a-t-il pas un risque à affronter les marathons à son jeune âge ?

 

 

 

C’est moi-même qui entraîne Samatou. Elle a été découverte par un certain Nébié qui était à Banfora en tant que professeur d’éducation physique et sportive, il y a 5 ans. Quand cet entraîneur est parti, la fille avait des difficultés. Elle a même fini 6e au championnat national de 2016. L’on se posait des questions sur son sort. J’étais obligé de rencontrer ses parents pour leur demander de la laisser venir à Bobo-Dioulasso afin que je m’occupe d’elle, parce que si elle restait à Banfora, sa carrière ne connaîtrait pas de suite. Actuellement, elle est nettement au-dessus de toutes ses camarades. C’est seulement cette année qu’elle a fait une course de plus de 10 km.

 

Nous évaluons nos athlètes. Les statistiques sur son poids et sa taille confirment qu’elle peut s’aventurer dans les courses de longue distance. Lors de notre premier semi-marathon à Bobo, elle a fini 7e. C’était son premier test. Pour cette compétition, je lui ai dit de trottiner doucement et de courir autour de 3h 55 mn. Mais elle a fait 3h 35 mn. Ce qui veut dire que ce n’est pas une petite fille. Elle a au moins 6 ans d’entraînement dans les jambes. Et elle fait un marathon par an. 

 

C’est cette année qu’elle a participé à un semi-marathon. Comme il n’y avait pas beaucoup de professionnelles, l’enjeu n’était pas grand. Elle n’est pas encore préparée pour les grands marathons, mais je crois que petit à petit, si on voit que ça peut lui donner beaucoup plus de chance de s’en sortir, on avisera.

 

 

 

Si les années à venir c’est encore vous le président de la commission technique, quels sont les aspects sur lesquels vous serez regardant ?  

 

 

 

Pour qu’un marathon ait du succès, il faut donner l’information très tôt aux athlètes, parce que les meilleurs ne participent pas à plus d’une compétition par an. L’information va leur permettre de faire leur choix. Au niveau national, comme nous avons commencé à avoir plusieurs marathons, il faut donner l’information à tout le monde. En outre, il y a les prix. Ils sont alléchants, mais je crois qu’il y a un grand fossé entre le premier et le troisième. De 3 millions, on passe à 1,5 million, puis 750 000 F. Les apprenants sont intéressés par les autres primes. Il faut donc les attirer.

 

 

 

Interview réalisée par

 

Kader Traoré

 

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