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Côte d’Ivoire : A qui profite la mort de Wattao ?

Côte d’Ivoire : A qui profite la mort de Wattao ?

Avec son physique herculéen de champion de lutte gréco-romaine, on le croyait presque  increvable. Et pourtant, «Wattao», Issiaka Ouattara de son vrai nom, est décédé à l’âge de 53 ans le dimanche 5 janvier 2020 à New York  où il avait été évacué  le 13 décembre dernier.

 

De quoi le géant à la célèbre barbe est-il mort ? La dengue comme disent certains ? Un diabète avancé détecté très tardivement comme l’indique la version officielle ? A moins que ce ne soit  un empoisonnement comme le prétend Dame Rumeur ? 

En tout cas «Saa Bélébélé» («Gros serpent» en dioula) a passé l’arme à gauche

Celui qui vient de disparaître a véritablement  fait irruption sur la scène politique ivoirienne à la faveur de la rébellion qui a éclaté le 19 septembre 2002 à Bouaké.

Fidèle parmi les fidèles  de Guillaume Soro, il faisait partie de la dizaine de comzones (Commandants de zone) chargés d’administrer les régions sous contrôle des Forces nouvelles, exploitant les richesses locales et se payant sur la bête, jusqu’à la crise postélectorale de 2010-2011 quand ils finirent par installer Alassane Dramane Ouattara au pouvoir à coup de kalachnikovs et d’armes lourdes.

On revoit d’ailleurs Wattao faisant enfiler une chemise à un Laurent Gbagbo hagard que les forces coalisées (Forces nouvelles, armée française, mercenaires burkinabè) venait de déloger de sa résidence bunkérisée. C’était  le début d’une fulgurante  ascension  à la fois militaire et sociale. Simple sous-officier entré dans l’armée en 1986 grâce à ses talents de mécanicien, il a été bombardé colonel-major comme tant d’autres de ses camarades et a dirigé un moment la garde républicaine,  rattachée directement à la présidence.

Celui qu’on avait aussi affublé du surnom peu flatteur de «Whisky»,  en raison de son penchant prononcé pour ce spiritueux, s’était révélé opportunément homme d’affaires grâce aux facilités qu’offre la gestion du pouvoir et peut-être au fabuleux trésor de guerre amassé durant les années troubles. Même s’il a toujours nié les accusations, son nom est cité fréquemment dans le  fameux casse de l’agence de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) le  24 septembre 2003 à Bouaké.

Et comble de l’insolence, l’ex-chef rebelle a sombré l’âme en peine dans un bling-bling qui jure avec les idéaux du «justicier» qu’il a voulu être en prenant les armes : voitures de luxe, gourmettes et bijoux en or, fêtes bien arrosées à domicile ou dans les  chaudes boîtes de nuit abidjanaises ; c’était presque un rattrapage social pour celui qui n’avait pas hérité d’une vieille tante milliardaire. Il est issu d’une famille nombreuse et modeste de Doropo à l’extrême nord-est de la Côte d’Ivoire.

Celui dont le nom a été chanté par de nombreux artistes du couper-décaler s’éclipse au moment où le pays d’Houphouët est traversé par une crise sourde dont on ne sait pas sur quoi elle va déboucher. Elle est née des mésintelligences  entre les alliés d’hier qui sont devenus ennemis à mort depuis que Guillaume Soro et Henri Konan Bédié  ont refusé d’intégrer le Rassemblement des houphouëtistes  pour la démocratie et la paix (RHDP) au grand dam d’ADO. Soro fait d’ailleurs l’objet, depuis  le 23 décembre 2019, d’un mandat d’arrêt international pour de présumés tentative de déstabilisation et  détournement de 1,5 milliard de francs CFA. Des accusations basées notamment sur un enregistrement que les «adolâtres» tiennent pour authentique et récent alors que  pour les «soroïstes»,  ce «putsch tape » daterait de 2017 et leur champion avait en réalité joué le jeu face à un espion stipendié par le pouvoir.

Dans l’audio, à charge, on entend d’ailleurs cette voix supposée être celle de l’ancien président du Parlement affirmer qu’en dehors de Zakaria Koné, tous les comzones lui sont restés fidèles malgré les multiples tentatives de débauchage à coup de promotions TGV et d’espèces sonnantes et trébuchantes.

Du coup la question se pose de savoir à qui «profite» la mort de Wattao. Cela, d’autant plus que chaque camp redouble de compassion  pour un «jeune frère» pour reprendre la formule d’ADO, «un des piliers  du 19 septembre 2002», comme l’affirme  Guillaume Soro ou plus généralement un «ami»  comme l’ont écrit de nombreuses personnalités de tous bords sur les réseaux sociaux.  Pour ajouter à ce climat de sympathie générale pour le défunt, le président ivoirien a affirmé hier que des obsèques officielles seraient organisées au retour de la dépouille.

Au moins, pour être cynique,  la mort lui aura épargné le choix cornélien auquel seront confrontés  tous les ex-comzones dans cette impitoyable guerre entre le petit Soro et son mentor ADO. Ce dernier les avait reçus en audience le 24 décembre dernier pour manifestement évoquer les déboires judiciaires de leur camarade et faire le point de ses fidèles.

 

Hugues Richard Sama

Dernière modification lemardi, 07 janvier 2020 21:31

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