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Enrôlement Burkinabè de l’étranger : «Honnêtement, c’est une grande et étonnante surprise» (Newton Ahmed Barry, président de la CENI)

Enrôlement   Burkinabè de l’étranger : «Honnêtement,  c’est une grande et étonnante surprise» (Newton Ahmed Barry,  président  de la CENI)

 

A l’instar d’autres pays africains, le Burkina Faso organisera de nouvelles élections en cette année 2020. La Commission électorale nationale indépendante (CENI), cheville ouvrière de l’organisation de ces consultations, est présentement sur la brèche pour réussir sa mission. Le mardi 21 janvier, son président, Newton Ahmed Barry, a rencontré la presse à Ouagadougou. Aux acteurs des médias il a fait le point de l’opération d’enrôlement des Burkinabè de l’étranger qui, au 17e jour de l’opération, n’étaient que 14 185 enrôlés. Pour le président de la CENI, cela constitue une grande et étonnante surprise. 

 

 

 

 

Nous sommes à une année électorale. Quel est l’état des lieux aujourd’hui des préparatifs au niveau de la CENI ?

 

 

 

C’est le 25 juillet 2019 que le gouvernement a pris un décret autorisant la CENI à constituer le fichier électoral des Burkinabè de l’étranger, parce que c’est la première fois que nos compatriotes de la diaspora vont pouvoir voter. Ledit décret autorise aussi la Commission à procéder à la révision en interne du fichier électoral. Pour des questions opérationnelles, nous avons travaillé à élaborer un chronogramme pour nous permettre d’accomplir dans les meilleures conditions la mission découlant du décret ci-dessus évoqué. Ce chronogramme comporte deux phases dont la première est la constitution du fichier électoral des Burkinabè de l’étranger, qui va du 4 au 26 janvier 2020, soit 23 jours d’enrôlement. La première phase a donc déjà commencé, et le 20 janvier nous en étions à la 17e journée. Nous avons, à la date indiquée, commencé l’enrôlement dans la plupart de nos ambassades et consulats généraux, à l’exception de quatre ambassades, parce que là nos kits, qui contiennent du lithium dans les batteries, n’ont pas été acceptés dans un premier temps. Il y a eu des difficultés à les faire entrer en Arabie Saoudite et également des problèmes d’acheminement en Allemagne. En Allemagne justement, l’opération a commencé quelques jours après, aux Etats-Unis une semaine après, et au Canada il y a à peine une semaine. En Arabie Saoudite nous sommes en attente de son démarrage. Dans l’ensemble de nos ambassades et consulats, en dehors de l’Arabie Saoudite, le processus d’enrôlement est en cours.

 

 

 

Le Dialogue politique de juillet 2019 a décidé d’une révision du Code électoral en vigueur pour qu’à l’extérieur du Burkina, les bureaux de vote soient installés, non seulement dans les ambassades et consulats généraux, mais aussi «en tout autre lieu en accord avec le pays hôte». Où en est-on avec ces recommandations ?

 

 

 

En juillet dernier, il y a eu effectivement un Dialogue politique qui a conclu à deux décisions importantes qui devaient permettre de conduire le processus de constitution du fichier électoral des Burkinabè de l’étranger. Ce Dialogue politique a dit de ramener la carte d’électeur qu’on avait supprimée le 30 juillet 2018. Il a aussi souhaité qu’à l’étranger, l’enrôlement puisse se faire en dehors de nos ambassades et de nos consulats avec l’accord des pays hôtes. Au regard de ces deux recommandations, la CENI a paramétré ses dispositifs techniques pour délivrer la carte d’électeur.

 

Concernant le deuxième volet, elle a travaillé avec ses démembrements à identifier les lieux qui pourraient éventuellement être retenus pour l’opération. Nous avons écrit au ministère des Affaires étrangères d’instruire ses ambassades d’entrer en contact avec les pays hôtes afin d’obtenir l’autorisation.

 

 

 

Quelle est alors la situation actuellement sur le terrain avec vos opérateurs de kits ?  

 

 

 

Actuellement nous avons un dispositif opérationnel qui peut monter en puissance. Présentement nous ne sommes pas débordés. Que ce soit dans nos ambassades ou dans nos consulats généraux, nos kits chôment. Les sollicitations ne sont pas telles que les gens puissent être débordés. Techniquement on peut enrôler 100 personnes par jour. A Abidjan par exemple nous avons 20 kits, à Soubré nous en avons 10. Nous en avons 10 également à Bouaké. Normalement si nos kits devaient être sollicités, nous aurions chaque jour en Côte d’Ivoire 4 000 inscrits. Pour que nous procédions à l’enrôlement dans une ambassade ou dans un consulat, il faut qu’il y ait des immatriculés dont le seuil atteint au moins 500. Partout où nous avons 500 immatriculés, nous mettons des dispositifs qui permettent aux gens de s’enrôler. Les chiffres au 17e jour sont de 14 185 enrôlés dans l’ensemble de nos 22 ambassades et consulats généraux. Nous étions partis pour 1,5 à 2 millions d’enrôlés à l’étranger. Il reste, à la date d’aujourd’hui 21 janvier 2020, en gros 5 jours pour la fin de l’opération d’enrôlement à l’étranger.

 

 

 

Qu’en est-il de la deuxième phase, qui porte sur la révision des listes électorales biométriques ?

 

 

 

La CENI travaille maintenant à la deuxième phase, qui doit consister en la révision du fichier électoral à l’interne. Cette révision doit commencer le 3 février prochain par un lancement officiel. Pour cette phase, nous avons divisé le pays en trois zones : dans la première zone, nous avons 4 602 points d’enrôlement ; dans les deux autres zones, nous en avons 4 600 environ. Dans chaque zone nous restons 14 jours. Le 31 mars, l’opération doit avoir pris fin. La CENI va ensuite travailler sur les personnes déplacées. Il y a une étude qui est en train d’être conduite pour voir comment intégrer ces personnes-là dans le cadre des votes à venir. Le Dialogue politique avait recommandé que nous mettions tout en œuvre pour permettre à ces personnes-là de voter. En matière d’attente au niveau national, nous partons des chiffres qui sont donnés par l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD). Comme chaque année nous avons à peu près 600 000 nouveaux jeunes, et que depuis 2015 nous n’avons pas procédé à un enrôlement, en faisant le calcul nous devrons actuellement être en situation d’avoir 4 millions d’électeurs nouveaux. Selon toujours l’INSD, en 2020 on doit avoir un fichier électoral de 10 millions d’électeurs. Cette projection de l’Institut correspond à la réalité.

 

 

 

Combien de nos chancelleries sont concernées par cette opération ?

 

 

 

Les ambassades à travers le monde et dans lesquelles le processus de constitution du fichier électoral se déroule actuellement sont dans 22 pays au total. Dans ces pays, il y en a où nous avons l’ambassade et le consulat. Si vous prenez la Côte d’Ivoire, nous y avons une ambassade et trois consulats, en France une ambassade et un consulat, au Ghana une ambassade et deux consulats.

 

 

 

Sur une estimation de deux millions d’électeurs, on est à cinq jours de la clôture de l’opération à quatorze mille enrôlés. Est-ce que ce n’est pas déjà un échec ? Quel commentaire faites-vous de ces chiffres ?

 

 

 

C’est plutôt une grande surprise ! Vous avez tous été témoins du débat sur le vote des Burkinabè de l’étranger. Vous avez vu la passion sous-jacente à ce processus. C’est pour cela que nous avons eu peur et avons recruté huit cents opérateurs de kits pour l’étranger, parce que nous ne voulions pas être débordés. Mais une semaine après, nous avons dû en remercier certains parce qu’ils étaient en stand-by et ne travaillaient pas. Honnêtement c’est une grande et étonnante surprise. Qu’elle en est la raison ? C’est maintenant qu’il faut regarder ensemble pour faire le diagnostic.

 

 

 

Est-ce que cela n’est pas lié à un manque de communication ?

 

 

 

C’est possible ! Au niveau de la CENI depuis deux ans, je pense que vous nous en serez gré, nous sommes en campagne pour le début de l’enrôlement des Burkinabè de l’étranger. L’année dernière en décembre, nos commissaires sont partis dans les différentes ambassades et les consulats pour expliquer aux compatriotes que leur enrôlement se ferait en fin 2019 ou en tout cas début 2020 dans le cadre des élections générales. Nos commissaires ont rencontré les forces vives des Burkinabè de l’étranger et les associations pour leur dire que l’enrôlement allait avoir lieu. Nous avions indiqué que, quand on est à l’étranger, la condition pour être enrôlé, c’est d’être immatriculé par l’ambassade ou le consulat. Nous avons fait des visuels sur cette question. En novembre 2019 quand le décret qui nous autorise à enrôler les Burkinabè de l’étranger a été pris, nous avons encore missionné nos commissaires dans les différents pays. Et nous leur avons dit que le processus commençait le 4 janvier.

 

En interne nous avons en septembre rencontré toute la classe politique, les OSC pour leur donner toutes les informations y relatives et le chronogramme qui va nous conduire jusqu’au 4 janvier. Nous avons fait mieux. Nous sommes allés dans les QG des grands regroupements politiques : l’opposition et la majorité, nous sommes allés au Conseil national des OSC pour marteler et discuter avec eux, en leur donnant le calendrier du début de l’enrôlement à l’étranger. Vous avez certainement vu  passer dans les réseaux sociaux, dans les médias les insertions en ce qui concerne les enrôlements à l’étranger. Pour donner un cachet spécial à l’opération, le 4 janvier nous avons fait une  inauguration spéciale qui a draîné du monde. On ne communique jamais assez. Mais en ce qui concerne la communication, la CENI a fait ce qui était possible pour que celui qui veut se faire enrôler prenne les dispositions  pour avoir les documents nécessaires. La CENI a fait ce qu’elle devait faire.   

 

 

 

La CENI se contentera-t-elle de ces chiffres, ou y aura-t-il un autre processus qui sera enclenché pour combler le gap?

 

 

 

Il faut faire un bon diagnostic de cette situation surprenante. Les associations qui ont rédigé des pétitions depuis trois ans pour demander que les Burkinabè de l’étranger puissent voter dépassent 5 000. Ça veut dire que, si ne serait-ce que les premiers responsables de ces associations s’étaient enrôlés, on serait aujourd’hui à 5000 inscrits en Côte d’Ivoire. Si malgré tout on n’en est qu’à 2000 en Côte d’Ivoire, il faut diagnostiquer tout le processus pour comprendre ce qui s’est passé.

 

Techniquement le dispositif n’a pas de souci. Pourquoi les gens ne viennent pas ? C’est une autre question.

 

 

 

Est-il possible de proroger la date de l’enrôlement ?

 

 

 

La CENI fera le point à la fin. Sur l’enrôlement la prérogative n’appartient pas à la CENI. C’est le gouvernement qui décide.

 

 

 

De par le passé, il y a eu une campagne pour délivrer à moindre coût ou gratuitement les CNIB. Alors que cette année il n’y a pas eu cela. Qu’est-ce qui pourrait être fait pour ceux qui auront leur pièce expirée au moment de l’échéance ?

 

 

 

Je ne suis pas au courant de la délivrance gratuite des CNIB, et Dieu seul sait que je suis dans le landernau depuis longtemps. Ce que je sais, c’est qu’en 2010, il y a eu un processus où certains opérateurs économiques et un certain nombre de partenaires techniques et financiers ont payé pour les plus démunis, pour qu’ils puissent avoir des CNIB. Ce qui avait fait qu’on pouvait obtenir la CNIB à 500 francs CFA. Je ne me souviens pas qu’il y a eu des opérations gratuites de CNIB.

 

 

 

Qu’est-ce qui peut-être fait ?

 

 

 

L’ONI avait évoqué un certain nombre de dispositifs par rapport aux CNIB qui devaient arriver à expiration. Il a fait monter en puissance un dispositif pour délivrer les cartes d’identité. Parviendra-t-il à résorber le gap ? Je n’en sais rien. Ce qui est en discussion, c’est de voir si le gouvernement pouvait proroger la durée de validité des CNIB qui expirent en 2020. Ce qui permettrait à ceux qui ne pourront pas renouveler leur CNIB qui a expiré de les utiliser pour les besoins de l’enrôlement biométrique. Mais je répète que c’est une idée qui se discute. Ce n’est pas encore une décision.

 

 

 

Les kits de la CENI même avec le sceau de la valise diplomatique ont été bloqués dans certains pays, notamment les USA, le Canada, l’Allemagne et en Arabie Saoudite. Qu’est-ce qui explique cela ? Est-ce que c’est un manque de collaboration avec le gouvernement ? 

 

 

 

Aux Etats-Unis, ce n’est pas permis d’entrer avec le lithium. Tous nos colis étaient revêtus du sceau de la valise diplomatique. Ils ont pris le temps de vérifier nos colis surtout qu’il y avait du lithium. Après une semaine, ils ont finalement permis que les valises entrent. Là où nous avons jusqu’à présent des difficultés, c’est en Arabie Saoudite. Ce n’est pas un manque de collaboration avec le gouvernement.

 

 

 

A New York (Etats-Unis), il y a eu une pétition pour récuser le président de la CECI. Quelle suite réserverez-vous à cette pétition ?

 

 

 

La loi dit que quand on met les démembrements en place, le contentieux, c’est dans les huit jours qui suivent que vous devez le soumettre, c'est-à-dire que si vous voulez récuser quelqu’un vous ne devez pas le faire en dehors des huit jours. Nous avons mis en place les démembrements de New York entre le 1er et le 15 novembre. Aujourd’hui celui qui veut le récuser peut toujours aller devant les juridictions. Mais il est forclos. Même quand vous n’aimez pas quelqu’un, si vous êtes forclos par rapport à une action, on ne le fait pas parce qu’on vous déteste.  C’est la loi.

 

Deuxièmement, la loi dit que le représentant de la CENI à l’étranger est désigné au sein des associations reconnues par l’ambassade ou le consulat. Et la CENI, elle, s’adresse au consul ou à l’ambassadeur pour lui demander les associations ou la société civile reconnues qui sont susceptibles de compétir pour les démembrements. C’est ce que nous avons fait. La personne en question a été élue normalement. Concernant le reste, nous considérons que c’est un autre débat. Nous considérons que ce débat n’a pas lieu d’être.

 

 

 

En Côte d’Ivoire il semblerait qu’il y a une distribution parallèle d’actes de naissance.

 

 

 

La CENI s’occupe de l’enrôlement des électeurs. Les CNIB ne sont pas de notre ressort. L’ambassadeur du Burkina en Côte d’Ivoire a répondu à cette question, et c’est lui qui est le représentant de l’Etat burkinabè là-bas.

 

 

 

Le processus d’enrôlement à l’étranger étant un échec, êtes-vous inquiet pour le processus à l’interne qui démarre le 3 février prochain?

 

 

 

Jusqu’à présent les révisions du fichier électoral ne permettent pas d’avoir beaucoup d’enrôlés. C’est un constat. C’est pour cela que depuis nous n’avons cessé d’attirer l’attention des acteurs pour que chacun puisse s’impliquer. Il y a des facteurs objectifs qui vont faire que de toute façon on n’atteigne pas les projections. En plus de la question de la sécurité aujourd’hui, qui a engendré beaucoup de déplacés, nous sommes un peuple de migrants, et les migrations concernent les jeunes. A partir de décembre quand les jeunes finissent les récoltes ils partent en migration. Ainsi quand vous partez dans nos villages après décembre il y a beaucoup de chance que vous n’en trouviez pas beaucoup. C’est le dispositif même qui a un certain nombre de problèmes. C’est pour ça que nous tirons la sonnette d’alarme pour que nous ne soyons pas aussi surpris pour l’intérieur que nous le sommes pour l’extérieur. 

 

 

 

Qu’est-ce qui va être fait pour les déplacés et les zones touchées par l’insécurité ?

 

 

 

Nous travaillons avec une commission de sécurité pour évaluer la situation exacte, c’est-à-dire quels sont les villages où les populations sont totalement parties. Et si elles sont parties, est-il possible de les tracer ? Si nous avons ces réponses avec l’étude nous allons paramétrer une réponse pour permettre d’enrôler dans un premier temps les personnes déplacées et leur permettre de voter ensuite en novembre 2020.

 

 

 

Propos recueillis et retranscrits par :

 

D. Evariste Ouédraogo

 

Lévi Constantin Konfé

 

Bernard Kaboré

 

 

 

Encadré

 

 

Révision des listes électorales biométriques

 

 

 

Les conditions :

 

-       Avoir 18 ans révolus, ou les avoir à la date du scrutin

 

-       Avoir sa CNIB ou son passeport ordinaire en cours de validité

 

 

 

Répartition par zone et dates du déroulement de  l’opération

 

 

 

Zone 1 : du 03 au 16 février 2020

 

Poni, Comoé, Léraba, Bougouriba, Ioba, Sissili, Nahouri, Ziro, Balé, Tuy, Kénédougou, Banwa, Mouhoun, Boulkiemdé, Sanguié, Nayala, Sourou, Kossi, Noumbiel.

 

 

 

Zone 2 : du 23 février au 07 mars 2020

 

Soum, Oudalan, Séno, Bam, Sanmatenga, Namentenga, Yagha, Gnagna, Komandjari, Gourma, Boulgou, Kompienga, Koulpélogo, Tapoa.

 

 

 

Zone 3 : du 14 au 27 mars 2020

Lorum, Yatenga, Zandoma, Passoré, Oubritenga, Ganzourgou, Kourittenga, Kadiogo, Bazèga, Zoundwéogo, Houet, Kourwéogo.

Dernière modification lemercredi, 22 janvier 2020 18:23

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