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Désaccords au sein de la communauté musulmane : «Personne n’a demandé une quelconque faveur au président Sana »

1.	Le président intérimaire proclamé de la CMBF, El hadj Oumarou Kouanda, dit ne réclamer que le respect de la loi 1. Le président intérimaire proclamé de la CMBF, El hadj Oumarou Kouanda, dit ne réclamer que le respect de la loi

 

Quelques jours après les explications du président sortant de la Communauté musulmane du Burkina Faso (CMBF), el hadj Abdoul Rasmané Sana (Cf. L’Observateur paalga n° 10 127 du vendredi 26 juin 2020), c’est el hadj Oumarou Kouanda, qui a été proclamé  président intérimaire au congrès extraordinaire de Bobo, qui  nous livre à son tour sa version des faits. Dans cette interview qu’il nous a accordée, le 1er juillet 2020 à Ouagadougou, il est revenu sur les dissensions qui secouent l’instance dirigeante et leur point de désaccord avec le président sortant, avant de proposer une période transitoire de deux ans pour remettre de l’ordre au sein de la Ummah.

 

 

 

 

Pourquoi avez-vous tenu une Assemblée générale extraordinaire à Bobo-Dioulasso, les 28 et 29 octobre 2019 alors que le mandat du président Sana était toujours en cours ?

 

Depuis la rencontre de Fada N’Gourma en 2015, notre congrès avait abouti à des engagements et des recommandations que nous devions mettre en œuvre. Sur le plan statutaire, il fallait revoir les textes afin de les adapter. Du point de vue organisationnel, nous devions revisiter tous les démembrements de la Communauté musulmane, du sommet à la base, impliquant même la petite mosquée du village. Nous devions également arrêter un plan d’actions et un programme bien budgétisé pour une gestion participative de l’association. Mais après Fada, il y a eu deux ou trois rencontres du Bureau exécutif permanent, et nous nous sommes rendus compte que nous n’étions plus sur la même dynamique. Depuis le mois d’août 2017, nous n’avons plus eu de rencontres. Toutes nos tentatives dans ce sens étaient vouées à l’échec. Par moments, il y a eu un refus catégorique du président de recevoir ses collaborateurs. Les comités provinciaux qui nous ont mandatés ont commencé à s’inquiéter de la léthargie du Bureau et ont même exigé que nous leur fassions le point sur l’état de fonctionnement de la structure deux ans après le congrès de Fada. Ces comités, eux-mêmes, ont fini par envoyer des correspondances au président Sana, lui demandant expressément de les recevoir à cet effet,  mais il en a fait fi. Les divergences ont pris de l’ampleur et la rupture s’est accentuée.

 

Dans pareille situation, nos textes prévoient que nous nous asseyons en congrès extraordinaire pour trouver des solutions, mais le président ne l’a pas fait. Conformément à nos statuts, un vice-président, sur les dix, peut également convoquer un tel congrès, et c’est ce qui a été fait à Bobo-Dioulasso. Le président Sana y avait été convié et approché à maintes reprises par nos huissiers mais il n’a pas réagi jusqu’à l’heure où nous parlons. Il a au contraire choisi de recourir à la justice pour empêcher cette rencontre, mais cela été sans succès.

 

 

 

Est-ce que le quorum était atteint ?

 

 

 

Oui. Parce que nos statuts prévoient également que ces AG extraordinaires sont convoquées à la demande du tiers des membres du Bureau exécutif ou du tiers des comités provinciaux. Nous étions 33.   

 

 

 

Au-delà de ces griefs que vous venez d’énumérer, qu’est-ce que vous reprochez exactement au président Sana en  matière de gestion ?

 

 

 

D’abord, son refus d’appliquer nos propres textes. Il y a ensuite un problème d’éthique musulmane ; le responsable doit incarner un certains nombres de valeurs, mais à partir d’un moment donné, il s’est adonné à un langage discourtois, à de la diffamation, voire à des propos incendiaires en propageant de fausses alertes à l’autorité comme s’il y a une insécurité au sein de la communauté. En sus, il n’hésite pas à prendre des décisions unilatérales. La plus illustrative, c’est le choix des imams qui n’est pas de ses prérogatives. Cela incombe aux Affaires islamiques, mais il en a désigné huit. Le cheick Mahmoudou Bandé, et bien d’autres, l’ont approché afin qu’il revienne à la raison, mais rien n’y fit. Il les a nargués et appelés à démissionner s’ils ne sont pas d’accord avec sa manière de gérer. La CMBF est une association dont la gestion ne saurait être assimilée à celle d’une agence de voyage.    

 

 

 

Dans un récent entretien que le président sortant nous a accordé, il a plutôt déclaré que certaines personnes lui ont demandé des services qu’il a refusé d’honorer, ce qui n’est pas constitutif de faute grave…

 

 

 

Nous nous sommes posé des questions sur la nature de ces services. Il pouvait aller jusqu’au bout de sa logique et citer nommément ces gens. Personne n’a demandé une quelconque faveur au président Sana…

 

 

 

« L’argent reçu à titre d’aumône et celui destiné à la réfection de la grande mosquée  ne sauraient être utilisés de la même manière, c’est-à-dire partagés entre les membres du Bureau… », a-t-il aussi affirmé

 

 

 

Tout cela nous amuse. Nous n’avons jamais dit le contraire. Il y a eu une rencontre, et nous lui avons tout simplement demandé d’instruire le comité de suivi des travaux de nous faire un bilan. Il s’y est opposé. Nous étions alors étonnés, il y a eu une levée de fonds, chacun a contribué à sa manière, donc pourquoi nous n’avons pas le droit de savoir ce qui a été réuni, dépensé et ce qu’il y a comme reliquat ? Nous ne lui avons pas dit de partager cet argent, et encore moins l’aumône reçue qui revient à nos imams, muezzins et mendiants.

 

 

 

Après Fada, la rupture accentue au sein du bureau. Cela n’est-il pas aux antipodes de l’islam qui promeut l’entente, la solidarité, la cohésion, la paix en un mot ?

 

 

 

Hélas, oui ! Mais si manquement de valeurs islamiques il y a, cela ne se situe pas à notre niveau. La concertation est une valeur islamique mais qui la renie dans notre situation ? Idem pour la recherche de la transparence, l’humilité, entre autres, mais il n’en a que faire. Par contre l’islam condamne la médisance, la diffamation auxquelles d’autres n’hésitent pourtant pas à faire recours.   

 

 

 

Le ministère en charge des Cultes n’a pas accédé à la demande de prorogation de 6 mois voulue par le président sortant, d’une part,  et il ne vous pas non plus délivré un récépissé, d’autre part. N’est-ce pas la carte de la prudence qu’il a jouée en vous renvoyant dos à dos ?

 

 

 

Nous avons suivi toutes les exigences avant la tenue de l’AG extraordinaire de Bobo ; nous étions en règle puisqu’aucun manquement ne nous a été notifié. Sur cette question, nous n’avons pas demandé à l’Administration territoriale de trancher en faveur de X ou Y. Elle devait tout simplement appliquer la loi. Et ne pas appliquer la loi équivaut à choisir un camp. La loi n’est pas faite pour la communauté musulmane. Elle n’est pas faite pour Pierre ou pour Paul. Elle est faite pour être appliquée à n’importe quelle association. Ne pas appliquer la loi crée un vide juridique, et on approfondit la crise au profit de ceux qui sont hors la loi.

 

 

 

La solution à la sortie de crise peut être laquelle selon vous puisque le président sortant lance toujours un appel au dialogue ? 

 

 

 

La solution, c’est l’application de la loi. Est-ce que si je brûle un feu tricolore, la solution, c’est de négocier avec le policier ? Pour ceux qui détournent les deniers publics, est-ce que la solution, c’est de les encourager à continuer de détourner avant qu’on trouve des voies pour négocier ? Non, il faut appliquer les textes. Mais on a l’impression qu’on dit au président sortant de continuer à faire ce qu’il veut et qu’en temps opportun, on va négocier. C’est exactement ce qui se passe, et nous ne pouvons pas être d’avis avec cette manière de faire.

 

De toute façon, les 33 structures provinciales qui ont tenu l’AG extraordinaire à Bobo ont clairement dit qu’elles ne peuvent plus composer avec le président Sana. Ce n’est pas le moment de dialoguer, car ce dialogue a été demandé il y a plus de 2 ans.

 

 

 

Le Mogho Naaba lui-même avait convoqué les deux camps pour demander l’apaisement, il  vous a invités à trouver une solution avant de retourner le voir…

 

 

 

Effectivement Sa majesté a dit que la mosquée est un lieu d’adoration et ne saurait être un lieu de conflit. Elle a signifié à chacun de travailler de son côté pour que personne n’ait des sueurs froides en y allant prier. Le Mogho a même dit à el hadj Abdoul Rasmané Sana de dire à ses soutiens d’arrêter leur manœuvre. Et c’est avec satisfaction que nous accueillons la démarche du Mogho afin que nous puissions fumer le calumet de la paix.

 

 

 

Donc, pouvez-vous nous assurer qu’on ne connaîtra pas de lendemains houleux avec cette situation ?

 

 

 

Pour nous, c’est le non-respect de la loi qu’il faut craindre. Nous avons été clairvoyants depuis 2013 avant le congrès de 2015. On avait organisé un atelier sur la situation réelle de la communauté, les enjeux et les perspectives. C’est ce document phare qui doit guider nos pas dans la conduite des affaires. Si, en plus du respect de nos textes, l’autorité se montre très regardante sur les lois et leur application, nous sommes sûrs qu’on ne va pas arriver au pire.

 

Entretien réalisé par

 

Kader Traoré

 

 Aboubacar Dermé

 

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