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Foyers de tension en Afrique de l’Ouest : « A Conakry y a drap, à Abidjan y a drap, à Lagos drap bâtard »

Foyers de tension en Afrique de l’Ouest : « A Conakry y a drap, à Abidjan y a drap, à Lagos drap bâtard »

 

L’Afrique de l’Ouest serait elle à la dérive ? Il y a lieu de se poser la question tant les foyers de tension s’y multiplient. Il y avait déjà le terrorisme endémique dans lequel sont plongés depuis des années le Mali, le Niger et le Burkina.

 

Un phénomène qui sape les fondations de l’Etat et entraîne des crises économiques, sociales et humanitaires avec des millions de déplacés, des milliers d’écoles fermées, sans compter tous les morts civils et militaires qu’on ne cesse de déplorer ; une crise dont personne n’aperçoit le bout du tunnel dans cette bande sahélo-saharienne où les terroristes dictent leur loi aux armées nationales et à leurs alliés.

 

Et comme si cela ne suffisait pas à notre malheur, voici que les troisièmes mandats  d’Alassane Ouattara et d’Alpha Condé menacent de mettre leurs deux pays à feu et à sang.

 

Soixante-douze heures après la tenue de la présidentielle guinéenne, alors que l’opposant Cellou Dalein Diallo s’est déjà autoproclamé vainqueur et que la CENI a commencé à égrener ses résultats provisoires, qui placent le président sortant en tête, le bilan des victimes s’alourdit au fur et à mesure que les résultats sortent. Des heurts entre manifestants et forces de l’ordre auraient fait, selon certaines sources, entre 9 et 16 morts. Autant de dépouilles que le professeur Alpha Condé devra enjamber pour renouveler son bail à Sékoutoureya. En attendant, le plus que probable vainqueur de cette consultation tachée de sang appelle au calme et à la sérénité, promettant de travailler avec tous les Guinéens s’il est réélu, c’est-à-dire quand la forfaiture sera consommée.

 

Même scénario chez son voisin ivoirien. «A Conakry y a drap… à Abidjan y a drap…», est-on tenté de dire pour reprendre le refrain d’Alpha Blondy dans la chanson « multipartisme ». Car au pays d’Houphouët aussi, la présidentielle du 31 octobre s’annonce lourde de tous les dangers. Entre les mots d’ordre de désobéissance civile et de boycott actif prônés par l’opposition et les violences intercommunautaires qui refont surface, la question de savoir comment ces élections vont se passer ne se pose presque plus, et l’on se demande plutôt quel en sera le bilan humain et matériel. Dernière montée en date de cette tension, des affrontements à Dabou entre Dioula et Adjoukrou qui auraient fait 3 morts dont certains à coups de machette.

 

Il faut même craindre que cette situation ne fasse le jeu des terroristes qui profitent souvent du désordre à l’intérieur des Etats pour mieux s’enraciner.

 

Conakry, Abidjan et maintenant Abuja et Lagos au Nigeria où les manifestations contre les violences policières ont dégénéré en émeutes malgré l’instauration du couvre-feu à Lagos et dans d’autres grandes villes du pays. Là également les cadavres s’accumulent après la dispersion brutale de jeunes révoltés au cours de ce que les Nigérians ont déjà qualifié de «bloody Tuesday». Et pendant ce temps, «Baba go slow», qui n’a jamais été pressé comme l’indique son sobriquet, prend tout son temps pour éteindre l’incendie qui menace pourtant la stabilité de son régime.

 

Avec un tel environnement sous-régional qui n’incite pas à l’optimisme, on se demande qui viendra sauver qui et si la CEDEAO pourra se démultiplier pour circonscrire ces multiples départs de feu, elle qui est déjà tant et tant sollicitée.

 

 

 

H. Marie Ouédraogo

 

Dernière modification lejeudi, 22 octobre 2020 22:08

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