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Présidentielle 2020 : Win vouka ou second tour ?

Présidentielle 2020 : Win vouka ou second tour ?

 

Cher Wambi,

 

Des 13 prétendants à la magistrature suprême, Yacouba Isaac Zida est le seul à être absent du pays et donc à laisser ses lieutenants battre la campagne pour lui par procuration. Comme tu le sais déjà, il fait l’objet d’un mandat d’arrêt pour désertion en temps de paix vu que la permission qui lui avait été accordée pour rendre visite à sa famille au Canada a expiré depuis le mois de février 2016.

 

Depuis cette date, Zida n’est plus rentré au pays. On a surtout eu droit à des annonces de retour mais sans aucun début d’exécution. Il en est ainsi de son annonce de participer le 25 septembre 2020 au congrès du Mouvement patriotique pour le salut (MPS) qui devait l’investir candidat à la présidentielle.

 

 

Depuis que sa candidature a été validée par la CENI et le Conseil constitutionnel, le retour de Zida est devenu une antienne dans la bouche des responsables du MPS qui ne se lassent pas de prêcher l’imminence de son retour au bercail. Et dans cette perspective, il se susurrait que des tractations étaient en cours entre le MPS et les autorités. Mais le président du Faso n’a jamais fait mystère de ce que le mandat d’arrêt devrait être exécuté aussitôt que Zida aura foulé le sol burkinabè.

 

Est-ce pour cela que le MPS s’est tourné vers la justice ? Je n’en sais rien. Toujours est-il que, le mercredi 18 novembre 2020, les avocats de l’exilé d’Ottawa étaient au tribunal de grande instance de Ouagadougou pour plaider l’annulation, sinon la suspension du mandat d’arrêt qui empêche leur client de rentrer au Faso. Un recours de la dernière chance il faut dire. Mais finalement cette option non plus n’a abouti, le tribunal s’étant déclaré incompétent selon des informations que j’ai pu obtenir auprès du MPS.

 

Avec ce dernier développement, et vu que la campagne prend fin aujourd’hui à 24 heures, on peut raisonnablement affirmer que Zida ne rentrera plus pour cette élection.

 

 

 

Cher Wambi, outre le front judiciaire, il y a eu un autre qui s’est ouvert devant le Conseil constitutionnel aux fins de constater la déchéance de députés de leur mandat. En effet, la publication, le 12 octobre 2020, des listes de candidatures à la députation a permis de voir que des élus nationaux avaient quitté leur parti pour porter les couleurs d’un autre parti. C’est ainsi que les partis UPC, UNIR/PS et Le Faso autrement ont introduit des requêtes pour qu’il soit mis fin aux mandats des députés démissionnaires. En conséquence, le 26 octobre 2020, le président du Parlement a saisi le Conseil constitutionnel aux fins de constater la déchéance de 16 députés de leur mandat : il s’agit des députés Désiré Traoré de l’UNIR/PS et Baoui Nama de Le Faso Autrement, des députés de l’UPC que sont Ladji Coulibaly, Lona Charles Ouattara, Jean Célestin Zouré, Moussa Tindano, Goulla Odagou, Parimani Sabdano, Julien Koulidiaty, D. Boureima Gnoumou, K. Jacques Palenfo, Hervé Konaté, Fatimata Ouédraogo, Karidia Zongo/Yanogo, Ishaga Ouédraogo et Kassoum Traoré.

 

Le Conseil constitutionnel, dans sa délibération du 13 novembre 2020, a estimé que les députés concernés ont volontairement démissionné de leurs partis d’origine. Les grands juges qui se sont dit incompétents pour constater la déchéance du mandat des députés concernés et se prononcer sur leur remplacement par leurs suppléants, ont déclaré qu’il appartient à l’Assemblée nationale de tirer les conséquences du constat de la démission volontaire desdits députés.

 

Mais, cher cousin, au point où nous en sommes, ces démissions sont sans incidence puisque nous sommes déjà à la fin de la législature. Dans le cas spécifique de ceux de l’UPC, il faut dire qu’en réalité, ils n’étaient plus avec leur parti depuis octobre 2017, mais pendant trois ans, ils ont siégé au Parlement, influencé l’adoption de certaines lois et empoché leurs émoluments. A raison de plus d’un million de nos francs par mois, on peut estimer que chaque député a touché, au bas mot, durant cette période, pas moins de 36 millions FCFA sans compter les frais de sessions parlementaires et les missions. En somme, c’est plus d’un demi-milliard que les démissionnaires ont empoché. Cela constitue un petit trésor de guerre tout de même.

 

Dans ces conditions, faut-il revoir la loi ? La balle est dans le camp des parlementaires et qui ont le pouvoir de proposer et de voter les lois.

 

Cher Wambi, comme le montre la une de L’Observateur Paalga d’aujourd’hui, les candidats aux élections couplées du 22 novembre 2020 amorcent ce jour le dernier virage du marathon électoral qui se court depuis le 31 octobre dernier et dont la ligne d’arrivée n’est autre que le palais de Kosyam. C’est en effet ce vendredi à minuit que prend fin la campagne pour les législatives et la présidentielle. Comme il fallait s’y attendre, la course à la magistrature suprême, où s’affrontent treize prétendants, aura éclipsé l’autre scrutin qui est pourtant tout aussi important puisque le président élu aura bien besoin d’une majorité des 127 sièges de députés pour gouverner.

 

Alors que les équipes de campagne s’apprêtent à ranger  matériel de sonorisation, vuvuzelas et autres, on peut se satisfaire de ce que les joutes se soient déroulées dans un climat apaisé, sans acrimonie et dans le respect mutuel. Il n’y a en effet pas eu de dérapages verbaux notables encore moins d’injures mais au contraire de gentilles piques.

 

Pour ce qui est du contenu des messages, je n’ai pas été particulièrement déçu puisque… je n’en attendais pas grand chose. En fait de projets de société ou de programmes de gouvernement, on aura eu droit, comme à l’accoutumée, à de vagues promesses rarement chiffrées et à des lieux communs sur la corruption, la bonne gouvernance ou la lutte contre le terrorisme. Cette dernière thématique  aura vu se dessiner deux camps inconciliables, les « dialoguistes » de l’opposition, qui estiment pour la plupart qu’il faut prendre langue avec cette vermine djihadiste, et la majorité présidentielle, qui n’entend pas la chose de la même oreille. Cette élection, tu le sais, est bien particulière, puisque du fait de l’insécurité, pour la première fois dans l’histoire politique de notre pays, le vote ne pourra pas s’effectuer dans de nombreuses localités où le recensement électoral n’a même pas pu être fait, privant ainsi beaucoup de nos compatriotes de leur droit civique.

 

Cher Wambi, sur cette question, la campagne qui s’achève aura été marquée notamment par le décès de quatorze éléments de nos Forces de défense et de sécurité tombés le mercredi 11 novembre dans une embuscade dans l’Oudalan  ainsi que par la mort du chauffeur d’un député suite à l’attaque de son véhicule sur l’axe Dori-Gorom-Gorom. Au regard des nouvelles peu rassurantes qui me parviennent régulièrement, j’espère seulement, cher cousin, que ces individus armés non identifiés comme on les appelle ne nous réservent pas une surprise particulièrement sanglante le jour du scrutin.

 

Si tout se passait sans encombre, ce serait déjà une première victoire quelle que soit la personne qui sortira vainqueur. A ce sujet, la question se pose de savoir si, comme en 2015, Roch qui sollicite un second mandat réussira un nouveau ‘’win vouka’’, entendez «un coup K.-O.», lui qui est arrivé cette fois dans l’arène lesté du poids de l’insécurité mais qui met en avant son expérience et son bilan social et économique ; ou si ses adversaires pourront le contraindre à un second tour malgré leur dispersion. Certes une présidentielle, c’est d’abord, comme on dit souvent, la rencontre d’un (ou d’une femme) avec son peuple, mais Zéphirin Diabré, qui était arrivé deuxième il y a cinq ans avec 29,6 % des suffrages, pourra-t-il faire aussi bien sinon mieux alors que son parti est traversé depuis de nombreuses années par des démissions successives ? Eddie Komboïgo du CDP et Kadré Désiré Ouédraogo d’Agir parviendront-ils à faire fructifier le capital de sympathie de l’ancien président Blaise Compaoré, eux qui se présentent pour la première fois  à une présidentielle ?

 

Cher Wambi, de la réponse à ces questions dépendra l’issue de la consultation, car, sans faire insulte aux autres, la plupart des neuf autres prétendants risquent de faire de la figuration avec des scores qui pourraient osciller entre 0 et 3%. En tout cas si j’ai un autre vœu à formuler, c’est que le verdict des urnes soit accepté par tous et que, si contentieux électoral il devait y avoir, on explore les voies de recours prévues par les textes. 

 

 

 

A présent, cher Wambi, je t’invite à feuilleter avec moi le carnet secret de Tipoko l’Intrigante. Comme tu pourras le constater toi-même, cette fois-ci il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent.

 

En effet, depuis que la campagne électorale a débuté il y a de cela quelque trois semaines, notre bonne dame à nous semble entrée en hibernation, tant ses précieuses indiscrétions sont devenues rares.

 

Espérons qu’après le double scrutin du 22 novembre, elle retrouvera son jeu favori à notre grand bonheur.

 

 

 

Alors qu’on se dirigeait tranquillement vers une fin de campagne sans incident dans le Boulkiemdé, voilà qu’hier jeudi 19 novembre, une rixe entre militants de l’Alliance Panafricaine pour la Refondation (APR-Tiligré) et ceux du Rassemblement patriotique pour l’Intégrité (RPI) a failli virer au drame. Tout serait parti d’une formation organisée par la direction provinciale de campagne de l’APR-Tiligré que des militants du RPI ont tenté de troubler. Selon Achille Ouédraogo, président provincial de l’APR, c’est vers 12h que deux individus ont tenté de perturber leur formation. Ayant été priés de s’en aller, les deux replient avant de revenir accompagnés de deux autres, pour cette fois-ci tenter de distribuer les logos de leur parti aux participants à la formation qui sont en fait les délégués de l’APR devant officier dans les bureaux de vote. Les tentatives de les faire quitter les lieux sont restées vaines. Le ton et la tension montent. Un perturbateur, profitant du fait que le président provincial était en discussion avec d’autres agresseurs, sort un couteau qu’il tente de le lui planter dans le torse. Une dame alerte le ciblé et un homme à côté réussit à dévier le coup, non sans voir la main entaillée par l’arme. L’agresseur jette son dévolu sur un autre militant de l’APR et là aussi il essuiera un échec.

 

Voyant qu’ils ne parviendront pas à leurs fins, les ‘’assaillants’’ prennent la fuite, abandonnant les affiches de leur parti sur les lieux. Le RPI n’ayant pas de siège à Ramongho, nous n’avons pas pu entrer en contact avec les supposés agresseurs. Revenu de Kokologho, où il était en campagne, Naboucomba Walbéogo, président régional de l’APR-Tiligré, a fustigé cet acte et dit être étonné que des individus puissent agir ainsi au moment où on prêche la cohésion. Remonté, Naboucomba Walbéogo nous a informé qu’il irait le soir même déposer une plainte au nom de son parti contre les agresseurs et le RPI. En tout cas, le pire a été évité de justesse. On n’était pas loin du drame, à entendre le récit que les responsables de l’APR nous ont conté.

 

 

 

Tipoko l'Intrigante n'apprend rien d'elle-même, elle n'invente jamais rien. Tipoko l'Intrigante est un non-être. Elle n'est ni bonne en elle-même, ni mauvaise en elle-même. Elle fonctionne par intuition, car "l'intuition c'est la faculté qu'a une femme d'être sûre d'une chose sans en avoir la certitude..."

 

 

 

Ainsi va  la vie.

 

Au revoir.

 

 

 

Ton cousin

 Passek Taalé

 

Dernière modification ledimanche, 22 novembre 2020 20:50

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