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«L’Observateur Toubabou » : Retour sur la soirée de dédicace

«L’Observateur Toubabou » : Retour sur la soirée de dédicace

Fraîchement diplômé de l’école de journalisme de sciences-Po Paris, Thibault Bluy est venu en juillet 2015 travailler comme reporteur pour L’Observateur Paalga, pionnier des quotidiens privés d’Afrique de l’Ouest francophone. A la fois chronique d’actualité et récit initiatique, « L’Observateur Toubabou » (Blanc en langue nationale dioula) est son premier ouvrage. Dans un témoignage original à la langue métissée, ce livre vous propose de revivre les évènements fondateurs de notre histoire récente : le premier attentat djihadiste à avoir  frappé Ouagadougou, mais aussi l’échec du coup d’Etat du général Diendéré ainsi que la montée en puissance des koglweogo. La présentation de l’ouvrage et la dédicace ont eu lieu le vendredi 27 novembre 2020 à Ouagadougou au Centre de presse Nobert-Zongo (CPN-Z).

 

 

Son prénom français Thibault  l’a vite familiarisé avec ses collègues de L’Observateur Paalga, car l’homonyme « Tibo » existe au Burkina en pays Moaga. Quand il commande du « sagbo » (pâte de mil) à la sauce oseille comme repas de midi, il le dévore avec plaisir à la table du déjeuner. Les barrières tombent définitivement et « le petit nassara » (petit Blanc, traduit du français au mooré) devient l’homme du terroir, simple et affable. Et cette simplicité lui ouvre beaucoup de portes.  

        

La 1re partie du livre nous replonge dans le putsch du 15 septembre 2015, perpétré par le Régiment de sécurité présidentielle (RSP), avec le général Diendéré aux commandes, et la résistance citoyenne qui s’en est suivie. On y trouve le Tour du Faso, un bon prétexte pour visiter le Burkina profond. C’est une opportunité de rencontres qui a permis à l’auteur du livre de constituer une savoureuse galerie de personnages. «De la démocratie au Burkina» est un regard de L’Observateur Toubabou» sur l’élection présidentielle de 2015. C’est une radioscopie du paysage politique de l’ère post-Compaoré mais qui projette une lumière sur le récent scrutin de 2020.  L’année 2015 plonge le Burkina dans l’insécurité et la violence terroriste avec l’attentat du Cappuccino. Dans les récits des premiers jours et premières heures après l’attaque, le reporteur français nous tend une photographie de Ouagadougou meurtrie mais qui résiste et revient peu à peu à la vie. A l’est du pays apparaissent les premières frondes des milices d’autodéfense koglweogo, dans un défi sans précédent à l’autorité de l’Etat. L’auteur y fait «un diagnostic» du phénomène. Pour Thibault Bluy, le séjour au Pays des hommes intègres est une immersion africaine mais armé de sa plume, le jeune Toubabou (il est né en 1992) veut ratisser large et décide de faire un petit tour de l’Afrique de l’Ouest.

 

L’ouvrage, dans sa seconde partie, est composé de 4 récits de voyages qui, du  Burkina Faso, nous amène au Ghana, en Côte d’Ivoire, au Togo et au Bénin. L’homme de lettres garde le réflexe de garnir ses carnets de voyage  de récits pouvant faire l’objet de publication.  Mais la littérature de voyage serait-elle un genre dédaigné  par les auteurs africains ? Elle est née de la rencontre entre l’Occident et le reste du monde. Le premier écrivain voyageur fut Marco Polo (1254-1324) qui a ouvert  les peuples d’Europe à la connaissance de la Chine et de sa route de soie. Tout une lignée d’écrivains se sont engagés dans le sillage de l’illustre vénitien pour nous faire découvrir ou redécouvrir le monde. Pour Edouard Ouédraogo, directeur de publication de L’Observateur Paalga qui a préfacé le livre, « L’Observateur Toubabou » s’inscrit dans une longue tradition de lettrés occidentaux partis à la découverte d’autrui. Le Burkina Faso intéresse-t-il les flâneurs et «arpenteurs infatigables » de la planète ? Hormis Pierre Loti, qui évoque notre pays dans « Le roman d’un spahi », et encore, seulement la beauté de son coucher de soleil, « notre terre est quasi absente de la littérature et du journalisme de voyage ». Que pourra-t-on dire du regard que Thibault Bluy  promène sur ces terres d’Afrique  parcourues et sur ses hommes ? Il parle de la posture prise en ces termes : «Ecrire pour promouvoir une autre perspective. Pas celle d’un envoyé spécial, ni d’un correspondant expatrié, mais d’un Français qui va progressivement se glisser dans la peau d’un reporteur burkinabè ». Il n’y parviendra jamais pleinement, puisque même après une année sous le soleil africain, l’inconnu le considérera toujours comme un étranger. « L’Observateur Toubabou » essaie d’exploiter cet interstice en relatant tout ce qui a frappé le blanc sans forcément trouver sa place dans L’Observateur Paalga, le journal national pour lequel il a travaillé».  Pour Saïdou Alcény Barry, présentateur de l’ouvrage, Bluy dans ses récits réussit un exercice difficile : « Etre suffisamment à l’écart pour restituer la scène dans un plan général et suffisant proche, pour regarder au-dessus de l’épaule afin de mieux comprendre ces hommes et ce qui les meut ». L’épicentre de la francophonie se déplace vers l’Afrique et «L’Observateur Toubabou », parlant du continent noir, utilise un style qu’il s’est forgé et qui fait l’intérêt de cet ouvrage. Selon Alcény Barry, la langue dans laquelle nous parle l’auteur est un régal. «Il a trouvé une recette qui utilise les mots anciens et les assaisonne de trouvailles renversantes, d’africanismes et de néologismes dont les journalistes de L’Observateur Paalga ont le secret », soutient-il. Le présentateur du livre poursuit en affirmant : «Chez Bluy, il y a une grande soif des mots qu’il étanche en parsemant sa prose de mots rares, de mots anciens quasiment disparus et de  mots acclimatés à la réalité burkinabè ».  Mathias Tankoano, président du Conseil supérieur de la communication (CSC), et Abdoul Karim Sango, ministre de la Culture, étaient présents à la dédicace pour féliciter l’auteur. Pour M. Sango, «cet ouvrage participe de ce dialogue de cultures entre les peuples parce que l’un des objectifs que l’auteur s’est fixé, c’est de faire connaître le Burkina Faso au public français sous un angle meilleur que celui qu’on a l’habitude de voir dans les médias».  

 

Dieudonné Ouédraogo

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