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Décès Idriss Déby : Le G5 Sahel orphelin de son meilleur combattant

Décès Idriss Déby : Le G5 Sahel orphelin de son meilleur combattant

 

Il n’y aura donc pas de sixième mandat pour Idriss Déby Itno.

 

 

Ironie du sort, le jour même où la Commission électorale nationale indépendante (CENI) proclamait les résultats provisoires de la présidentielle du 11 avril dernier, le maréchal du Tchad, donné vainqueur dès le premier tour avec 79,32% des voix, était fauché en plein combat.

 

« Le président de la République, chef de l'Etat, chef suprême des armées, Idriss Déby Itno, vient de donner son dernier souffle en défendant l'intégrité territoriale sur le champ de bataille », selon un communiqué de l’armée lu par son porte-parole, Azem Bernandoa.

 

Comme à son habitude, il était monté au front pour faire face aux rebelles du Front de l'alternance et de la concorde au Tchad  (FACT) qui, depuis quelques jours, avaient entrepris de marcher sur N’Djamena pour le chasser du pouvoir.

 

Concernant « Super Deby », comme on le surnommait au regard de ses grandes qualités militaires, on pourrait presque dire qu’il est mort de mort naturelle, pour ne pas dire les armes à la main.

 

Celui qui disait ne pas vouloir rendre l’âme dans son lit pouvait-il rêver meilleure mort ?

 

Mais que s’est-il réellement passé ce lundi fatidique sur le champ de bataille ? 

 

L’intrépide maréchal a-t-il été touché au front par un tir ennemi ou plutôt malencontreusement fauché par une balle amie pas si amicale que ça ?

 

Qu’importe, au demeurant, les réponses à toutes ces questions, une chose est au moins certaine :  avec la disparition d’Idriss Déby, c’est une page de l’histoire contemporaine du Tchad qui se tourne.

 

Le petit berger de Berdoba était arrivé au pouvoir en chassant son prédécesseur, Hissen Habré, dont il fut le chef d’état-major des armées.

 

Succédant à l’impitoyable dictateur, il débarquait, avec dans son paquetage, des promesses d’ouverture politique, de démocratie et de liberté. Mais les promesses de son premier discours ne seront, hélas, pas tenues. Puisqu’il va régner d’une main de fer durant trente ans, bridant les libertés individuelles et collectives, violant les droits humains, embastillant opposants et activistes de la société civile, quand certains d’entre eux n’étaient pas purement et simplement assassinés, instaurant un simulacre de démocratie avec des élections qui se suivaient et se ressemblaient invariablement.   

 

N’eût été le coup du sort de la Faucheuse, il était parti pour rester scotché au pouvoir jusqu’en 2033.

 

« Le warrior » mort, c’est une ère d’incertitudes qui s’ouvre aussi bien pour le Tchad que pour le reste de la bande sahélo-saharienne et le Bassin du lac Tchad.

 

Alors qu’on se serait attendu à ce que les mécanismes constitutionnels traditionnels en cas de vacance du pouvoir soient mis en branle, on a eu plutôt  droit à un scénario classique de coup d’Etat perpétré par Mahamat Idriss Déby.

 

Fils de son père, celui qui était jusque-là le patron de la garde prétorienne, disposant de toute la puissance de feu pour tenir la hiérarchie militaire en respect, a très rapidement pris le contrôle de la situation en instaurant le Conseil militaire de transition (CMT), tout en prenant le soin  de dissoudre l’Assemblée nationale et le gouvernement.

 

Et comme son père  il y a trente ans, lui aussi, a commencé par des promesses qui, à l’évidence, n’engageront que celui qui y croira. 

 

Car si le général de corps d’armée d’à peine trente-sept ans est sorti des rangs, c’est d’abord et surtout pour que le pouvoir n’échappe pas au clan des Zaghawa et alliés.

 

Et on voit déjà, avec ses grosses bottes, celui qui s’était déjà présenté comme le dauphin putatif de son président de père mettre à profit cette transition pour passer une couche de vernis démocratique sur son pouvoir illégitime.

 

A moins que  l’évolution des choses, notamment la classe politique et la société civile, n’empêche  sa candidature dans les dix-huit mois à venir.

 

Mais au-delà du pays de François Tombalbaye, c’est tout le « Sahélistan » qui a du souci à se faire avec la disparition du maréchal du Tchad.

 

On pourrait l’aimer ou le détester à souhait, mais une chose est incontestable, « Super Deby » était de loin le soldat le plus vaillant du G5 Sahel. Un précieux allié donc  des armées de la ligne de front dans la lutte contre le terrorisme et de la Force Barkhane dont le QG se trouve à N’Djamena,

 

Ce n’est donc pas un hasard si ses troupes ont payé le plus lourd tribut dans la guerre contre les djihadistes au Mali.

 

Récemment encore, après le Sommet du G5 Sahel tenu dans la capitale tchadienne en février dernier, il avait de nouveau envoyé un millier de ses combattants dans la zone dite des « Trois frontières », où sévit l’Etat islamique dans le grand Sahara (EIGS).

 

Et ce n’est pas un hasard non plus si le président français Emmanuel Macron a réagi à cette mort brutale en parlant de perte  « d'un ami courageux qui  a œuvré pour la stabilité de la région ».

 

Pour tout dire, malgré le lourd passif démocratique mais aussi économique qu’il lègue, malgré cette transition bancale qui s’annonce, il faut rendre à Déby ce qui est à Déby. Et prier par la même occasion pour que le Tchad ne sombre pas dans le chaos, surtout avec cette avancée de colonnes rebelles du FACT.

 

Car si après le grand bazar qu’est devenue la Libye cela devait arriver, ce serait tout le Sahel et le Bassin du lac Tchad qui seraient submergés.

 

Et contre pareille éventualité apocalyptique,  on peut parier que Paris œuvrera en sous-main pour encadrer cette période de transition délicate qui commence.

 

« Elle [ France, NDLR] prend acte de l’annonce par les autorités tchadiennes de la mise en place d’un conseil militaire de transition », pouvait-on lire hier dans un communiqué de l’Elysée.

 

C’est tout dire.  

Alain Saint Robespierre

Dernière modification lemercredi, 21 avril 2021 21:16

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