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Investiture de Romuald Wadagni: La démocratie béninoise revient de loin

 

Le 24 mai 2026, dimanche de la solennité chrétienne de la Pentecôte a été marqué par un cérémonial de laïcité républicaine de la plus haute importance au Bénin, pays des plus grands cénacles du Vodou, vitrine iconique des cultes traditionnels africains.

En effet, le Palais de la Marina a abrité la cérémonie d’investiture de Romuald Wadagni, dauphin et successeur du président Patrice Talon

 

Parieurs à vos marques ! Qui de l’Esprit-Saint de la Trinité ou d’Ogou du panthéon du Vodou a soufflé sur Romuald Wadagni au moment où il a prêté serment et arboré le Grand collier des Ordres nationaux du Bénin ? Sans persifler mais revenir sérieusement à nos moutons, les milliers d’invités, Béninois et partenaires du Bénin venus d’ailleurs dont les 3 pays de l’AES, penseront pour beaucoup d’entre eux, à la continuité de la république, à la stabilité des institutions, revenues de loin. C’est connu, le Bénin n’est pas passé loin de rater le coche de l’élection présidentielle du 12 avril 2026. La faute à une mutinerie dans l’armée, dirigée par le lieutenant-colonel Pascal Tigri, qui avait presque renversé le président Patrice Talon. Il avait fallu la prompte réaction de pays voisins, le Nigeria et la Côte d’Ivoire, sous couvert de la CEDEAO, pour sauver le régime du président Talon. L’exception de la démocratie béninoise, dans une Afrique francophone à l’épreuve de la recherche de la stabilité des institutions de l’Etat et de l’implémentation de la bonne gouvernance, est donc sauve ! Romuald Wadagni est le 4e président démocratiquement élu qui succède à un autre président élu, Patrice Talon.

 

Mais Patrice Talon laisse un Bénin qui a mal à sa démocratie à cause de ses réformes contraignantes. En effet, à la dernière élection présidentielle, seulement 2 partis ont pu compétir à cause du système de parrainage dont a été victime, le parti Les Démocrates, réputé être la vraie opposition. Par ailleurs, d’autres opposants sont en exil ou en prison, condamnés ou empêtrés dans des affaires judiciaires qui, pour certains analystes, ont des dessous politiques. De fait, c’est un parti présidentiel ultra dominant qui a vu son porte-fanion, Romuald Wadagni, l’emporter sans coup férir avec 94,27 % des suffrages exprimés.

 

‘’A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire’’ ? Ou est-ce plutôt le choix de la mesure pour fuir ces tintamarres assourdissants de fastes indignes des conditions de vie dans des populations de nos pays que l’investiture de Romuald Wadagni a été des plus sobres. Sauf erreur ou omission, pas de ballet d’avions présidentiels venus assister au couronnement du ’’frère, ami et collègue’’, pas de djanjobas folkloriques dans les permanences de partis ou dans les rues, ni même de vedettes de la chanson venues déclamer des pro dadas aux présidents sortant et entrant. C’est dans une simplicité remarquable faite d’un tête-à-tête Patrice Talon/Romuald Wadagni, suivi d’un discours devant le public des invités, de la récitation de la formule de prestation de serment, la main droite levée au-dessus de la Constitution béninoise et le port du Grand collier, suivi de 21 coups de canon, que le nouveau président est entré en fonction.

 

L’exception de la démocratie béninoise continue donc son petit bonhomme de chemin avec un technocrate des finances de 49 ans aux commandes. Il promet un meilleur développement territorial avec 6 pôles de croissance décentralisés, mettant l’accent sur l’agriculture, le tourisme, l’industrie et l’innovation technologique. Wadagni promet par ailleurs plus de liberté et de démocratie aux Béninois, appelés à plus de cohésion sociale. Enfin, le 3e grand axe de son action durant le septennat à venir concerne la diplomatie et la sécurité. Le nouveau président entend poursuivre la sécurisation de la région septentrionale, victime d’incursions des groupes terroristes avec un renforcement des équipements militaires et aussi une approche diplomatique apaisée avec les pays voisins.

 

Rendez-vous en 2033 ! Les grands axes prioritaires de la politique du sobre et besogneux technocrate garantiront-ils la poursuite de l’exception béninoise ?

 

 

 

Zéphirin Kpoda   

 

 

 

Dernière modification lelundi, 25 mai 2026 21:46

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