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Zimbabwe

Une bien maigres récoltes pour une si longue tournée

C’est avec une sébile loin d’être pleine que Morgan Tsvangirai, parti faire la manche en Amérique et en Europe, va regagner son pays dans les heures qui suivent. Il boucle en effet en France sa longue tournée d’une quinzaine de jours qu’il a entreprise dans les pays du Nord, où il a fait un plaidoyer dans le but de récolter des fonds pour sortir le Zimbabwe de la crise économique dans laquelle il est englué depuis des années.

Il retourne donc au bercail un peu déçu par des donateurs qui n’ont pas voulu cracher dans le bassinet les quelque 10 milliards de dollars nécessaires à la relance de la machine économique de son pays. Cependant, faisant bon cœur contre mauvaise fortune, Morgan Tsvangirai a déclaré que l’argent que les bailleurs ont consenti à lui donner suffira à financer certains secteurs prioritaires de base comme la santé, l’éducation et l’agriculture.

Mais s’il rentre quelque peu bredouille à Harare, c’est principalement à cause de son président, Robert Mugabe, que les Occidentaux n’affectionnent pas particulièrement et qui a toujours, selon eux, une nette influence sur le gouvernement. En clair, les bailleurs de fonds ne font pas confiance à papy Bob et ils craignent de voir leurs aides détournées de son objectif premier.

Une attitude qu’on comprend aisément quand on sait le climat de méfiance et de défiance qui existe entre Mugabe et les dirigeants des pays du Nord.

Ainsi, puisqu’ils n’aiment pas le vieux Bob, les Occidentaux ne sont pas prêts à faire un geste salvateur pour son pays. Ils espèrent par cette tactique contribuer à affaiblir le président et à le pousser vers la sortie. Une stratégie qui est loin d’être payante et dont les effets pourraient être fatal non pas à Robert Mugabe mais à Morgan Tsvangirai, le chouchou de la communauté internationale.

Pour cette raison : le Premier ministre a été imposé à Mugabe pour sortir le pays de la crise économique, alimentaire, sanitaire, politique et sociale. Dans un pays où sévit une folle inflation et où l’Etat, parce que désargenté, est défaillant dans bien de domaines, ne pas le soutenir financièrement et techniquement, c’est rendre inopérant le gouvernement.

Et les pots cassés, c’est le Premier ministre qui va les récolter, puisque c’est lui qui est devant et conduit l’action gouvernemental. La preuve, c’est lui qui court partout pour réunir des fonds tandis que Mugabe se la coule douce à Harare. Donc rentrer au pays avec une si « maigre » récolte est davantage l’échec personnel de Tsvangirai que celui de Mugabe.

Au finish, les populations ne verront plus une différence entre la gestion des affaires publiques par Mugabe et celle sous Tsvangirai. En effet, ce qui compte plus aux yeux des populations, c’est ce qui est fait pour les soulager de leurs souffrances quotidiennes. Or, sans argent, l’actuel gouvernement zimbabwéen ne fera pas de miracle.

C’est alors qu’il sera impopulaire… Et si Morgan Tsvangirai ne parvient pas à résoudre les problèmes basiques de ses concitoyens, bonjour les troubles sociaux.

C’est pour cela que les Occidentaux se doivent de soutenir financièrement l’action et les initiatives du Premier ministre, car c’est la seule façon d’accroître son aura démocratique contre Mugabe. C’est seulement cela qui l’aidera à balayer et Mugabe et son parti du pouvoir lors des prochaines consultations électorales.

En voulant punir le chef de l’Etat, c’est en réalité au Premier ministre et aux populations que les Occidentaux vont faire le plus de mal.

San Evariste Barro

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